ACTE V
Mais ta fille, avançant, lui dit : « Me voici prête. Je l'ai bien résolu ; sans regret, sans émoi, Je veux donner mes jours pour la Grèce et pour toi. Sèche, sèche ces pleurs dans tes yeux, ô mon père 1 J'approche de Tautel, victime volontaire.
Va couvrir d'un laurier ton sceptre fortuné Et reviens sur les bords où ton aïeul est né. Sans que personne ici me fasse violence, [ Je tends au fer mon cou^ d'un cœur ferme, en silence. » Alors, tous, à ces mots, admirent la valeur, O Reine, de ta fille et plaignent ton malheur. Du prophète Calchas la figure assombrie Domine l'assemblée, il se recueille, il prie. • Puis il place le glaive aux tranchants acérés ) Dans la corbeille d^or entre les grains sacrés, Et couronne le front de la vierge immobile.
L'arbitre des combats, le magnanime Achille, Dont le dessein hardi cède à la volonté Extrême de ta fille, a sur l'autel porté L'eau lustrale, et la verse, et s'écrie : <' déesse.
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Fille de Zeus, retentissante chasseresse,
Qui le fauve aux abois perces d'un trait volant,
Qui roules dans la nuit ton disque étincelant,
Reçois avec faveur, Artémis redoutable,
Ce pur sang d'une vierge et sois-nous secourable ! »
Il dit, et tout autour, muets, en rangs pressés,
Les chefs et les soldats tiennent leurs yeux baissés.
Le prêtre va saisir par le pommeau le glaive;
Pour frapper sûrement déjà son bras se lève.
Cruelle attente, hélas 1 ce bras levé, chacun
Le fixait malgré lui dans un effroi commun.
Enfin le bruit du coup résonne à notre oreille.
Mais, ô divin prodige, incroyable merveille!
Comment et dans quel lieu s'en fut-il retiré.
Le beau corps virginal que nous avions pleuré ?
Une biche était là, sur l'autel étendue,
Enorme de sa taille, agréable à la vue;
Ses membres palpitaient encore et de son flanc
Avec profusion coulait un flot sanglant.
De la foule à l'instant monte une clameur grande;