LIVRE I. II
gazetiers obscurs du brillant siècle des lumières.
Fatigué des continuelles divagations d'Izorin, le chevalier n^C**8ouriait plus. Essayant une nouvelle question : (C — En ma )) première jeunesse, reprend-il, je me sou- » viens d'avoir joué sur ces rives avec le » page d'Aiguemar : ses parens étaient alors » inconnus; a-t-on percé depuis ce mys- » tère, et sait-on qui est Alamède?
)) — Non : quant à sa naissance , on l'i- )) gnore ; mais quant à son entrée au castel, » voici l'aventure en deux mots ; c'est un )) récit qui fait rêver,
)) Quoique vous reveniez du Saint-Sé~ )) pulcre , ce qui est presque sortir du tom- » beau , vous n'ignorez pas que trois fac- » tions divisent le royaume de Provence : » les défenseurs des Bérengers, comtes de )) Barcelone, dynastie régnante; les parti- » sans des Jourdains, comtes de Toulouse, )) qui prétendent avoir des droits au trône » et qui arment depuis long-temps ; enfin ■» les admirateurs du temps passé, qui pleu- )) rent la race des Bozons , et regardent
» avec ia même haine et le )nème mépris s> les Joiirdains et les Bérengers, qu'ils trai- » tent tous d'usurpateurs (i).
» — Ton préaH^JÊJhle est-il fini ? » interrompt l'impatient Hugues j « enfin parle- >^ ras-tu d'Alamède?
)ï — Un peu de modération, seigneur ; >î point de narration sans début, comme » sans chaire point de sermon. Le marquis » Eral, admirateur des jours anciens, était » du parti des Bozons il y a vingt ans. A » cette époque , un soir vers la onzième » heure , une femme d'une taille élevée , » d'une figure extraordinaire et d^une tourj) nure insolite , se présente à la porte du » château d'Aiguemar. Elle était envelop- » pée d'un manteau à triple collet , et par- » lait un langage à double sens. Sa robe y> était brodée d'images et ses discours se- )^ mes de figures , ce qui , d'après les re- » marquesduchapelaiu, mettait en parfaite
(i) Voyez Histoire de Provence j de Papon , volume Il , in-4".