LIVRE I. l
» harmonie et son physique et son moral. » Cette inconnue était
)> — Ipsiboé de Saint-Chrisogone. C'est » à merveille: mais Alamède?
» — Alamède était soijjs sa mante, âge )) de trois ou quatre mois ^ la dame en fit » présent au marquis.
» — Singulier genre de cadeau ! Et le » suzerain l'accepta?
,) — 11 fit mieux ; n'ayant point d'enfans , » il déclara qu'il l'adoptait 5 et long-temps y) on crut au hameau que le jeune et bel » orphehn serait l'héritier d'Aiguemar.
» — Aurait-on cessé de le croire ?
)) — Oui, et en voici la raison. L'opinion )) politique d'Eral changea tout à coup il » y a cinq ans; l'homme dévoué à la race )) des Bozons se jeta dans le parti des Tou- » lousains, et Ipsiboé furieuse vint l'acca* » hier en son castel de tout le poids de son » indignation. On eût dit la reine Médée » incendiant la Toison d'or pour se sauver )) des Argonautes.
)) — Et qu'advint-il de cette scène ?
)) ■ — Que le châtelain d'Aiguemar prit
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» en horreur Ipsiboé ; qu'elle disparut cinq » ans du pays • et qu'Eral , qui de son élève y> avait fait son page , et qui comptait en )) faire son héritier , lui retira son affectiony) Néanmoins la gi^âce de l'aimable orphe- )î lin 5 son zèle empressé, sa tendresse dé- )) vouée, son esprit, sa jeunesse, commen- » çaient à lui regagner l'amour de son père )) adoptif, lorsque la dame de Saint-Chri- » sogone est venue , pour ainsi dire , re- )) tomber des nues au milieu de son marais, j) comme la pomme de discorde sur la table j) du dieu Pelée aux belles noces de Cana.
» — Elle n'aime donc point Alamède ?
» — Bien au contraire , elle l'adore. A )) peine arrivée dans ses humides domaines, » elle l'a mandé auprès d'elle j mais le mar- )) c|uis a intimé l'ordre à son page de ne plus » sortir du manoir. De plus , il a chassé du )i castel tous ceux qui passent pour être » les partisans d'Ipsiboé, et par malheur je )) me suis trouvé de ce nombre. Alamède » est au désespoir, le châtelain est en fureur , » Tpsiboé est aux abois, et la contrée est eu w rumeur.
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» — Mais cette femme singulière n'au- » rait-elle point à redouter les violences du » suzerain?
» — Seigneur, aucun danger ne l'effraie; w le ciel verse sur elle ses grâces. J'ai ouï )) raconter qu'un jour étant en un péril ex- » trème, elle appela le grand saint Cliriso- » gone à son aide, et que sur une cloche » volante, à carillon libérateur, il accourut » incontinent. Cependant ce fait remar- » quable ne fut pas parfaitement prouvé.
» — Es-tu monté à son laboratoire ?
» — Jamais personne n'y pénètre. Elle y » attise de grands fourneaux, elle y broie de » petites herbes, elle y dissout des miné- » raux , elle y tamise des poussières. Aussi )) savante qu'Esculape, qui, selon l'histoire )) romaine, ressuscitait les Immortels, elle » compose un suc admirable qui guérit » toutes les plaies du corps; et l'on assure » qu'elle cherche en ce moment deux ou » trois plantes qu'elle nomme des pana- » cées, qui, habilement confondues, pres- » surées , réduites et sucrées , formeront un
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» élixir merveilleux qui donnera la vieétei- » nelle.
)) — Ainsi soit-il , répond le cher.
» —Vous m'avez mal compris, seigneur.
» J'entends par la vie éternelle l'immortalité » s m' la terre
» •~- Pour moi, je l'aime autant dans les )) cieux , interrompt le noble croisé. Votre >• folle de Saint- Chrisogone est-elle seult en » son marais ?
» — Votre folle! murmure Izorin me-
» content ; il en est peu dans nos provinces » qui parlent d'ipsiboé sur ce ton.
)) — Vassal! point d'observations! a repris » le guerrier hautain j contente-toi de me )) répondre. Ta visionnaire aux alambics » mène-t-elle une vie solitaire?
» — Solitaire! pas précisément , réphque o ïzorin courroucé. Depuis son retour parmi » lîous, elle a reçu chez elle, dit-on, secrè- » îement et déguisés , des bannerets du plus y) bautparage, des commandeurs, des saints » prélats, des suzerains, des héros fameux, » des chefs auprès desquels peut-être oi