‹ IpsiboéChapitre 110 sur 287 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Une foule de jeunes beautés semblables aux nymphes d'Idalie grau]:)ées à l'entour de Cypris, forment la cour de Zénaïre. Leurs charmes piquans et voluptueux, leurs vêtemens riches et légers, leurs mouvemens pleins d'abandon et de grâces , tout en elles captiverait si la princesse n'était là.... L'ivresse d'Alamèdeest à son comlDle : un voile enchanté couvre sa vue ; ce n'est plus qu'à travers une sorte de vapeur à moitié éclairée qu'il peut apercevoir Zénaïre.... Il ne sait plus ce qu'il regarde, il ne comprend plus ce qu'il sent... il croit voir les nues entr'ouvertes , et le ciel fabuleux des Grecs divinisant une mortelle.

Le poids de son casque l'accable, et sa respiration est étouffée. Il cherche à lever sa visière; mais sa main tremblante n'y peut réussir. Il suffoque, sa tête se perd, et toutes les recommandations de Hugues sont oubliées. . . L'orphelin , arrachant son casque, arrête brusquement son coursier.

Resté immobile sous le balcon , il interrompt l'ordre de la marche. Sa tête est nue, et ses yeux étincelans fixent la reine avec

ivresse. Son cliarmant visage, animé par l'exaltation de ses esprits, peint l'enthousiasme naiT de ses pensées. Le désordre de sa chevelure bouclée, le vif incarnat de ses joues, l'expression singulière de sa physionomie, l'inconvenance de sa conduite, son air à la fois modeste et audacieux, ont vivement frappé Zénaïre et les dames de son palais. Tous les regards se portent sur Alamède, qui, comme se croyant seul à contempler un tableau divin, ou comme métamorphosé en statue, ne se doute nullement qu'il est alors l'acteur d'une scène; qu'une rumeur publique s^élève contre le rôle étrange qu'il joue j qu'il manque aux bienséances sociales ; et que son impertinente folie va , désorganisant toute une fête, irriter la cour et la ville.

Tout autre écuyer, sans nul doute, eût, par une telle conduite , offensé la reineet ses dames; mais la gracieuse figure d'Alamède^ en extase devant la beauté, portait son excuse avec elle. Zénaïre pardonne en son cœur au poursuivant d'armes fcnthousiasme qui , produit par fécla' de ses charmes, s'est

Page 1