LIVRE V
porté jusqu'à la démence. La témérité du bel inconnu lui semble non provenir de l'insolence, mais tenir de l'adoration. Sa faute même prouve sa candeur, il s'oublie de si bonne foi ! il est si jeune et si novice ! ses yeux sont si brillans et si doux! tant d'exaltation est si rare ! . . . Ab! déjà, au tribunal des belles, l'orpbelin d'Aiguemar est absous.
La fille de Piaymond s'est tournée vers les dames de sa cour : malgré sa ponctuelle exactitude à observer les lois sévères de l'étiquette , elle n'a pu retenir un sourire; et l'assemblée , miroir fidèle de la reine , répète à l'instant avec joie le léger signe de bienveillance.
Mais les cbevaliers qui suivaient Alamède, indignés de voir le cortège arrêté par un obscur servant d'armes, ne peuvent contenir plus long-temps leur fureur.
L'un d'eux lui adresse ces mots ; «— > Auy> dacieux gabeur ! que signifient ces )) jongleries ? C'est trop désbonorer nos » rangs ! Retire - toi I ou crains mon )) gîai\ e. ))
24o IPSIBOÉ.
Les vents emportent la menace.... L'orphelin conserve la même attitude, il n'écoute ni ne répond.
Le guerrier tire son épée , et la prenant par la pointe il en frappe violemment du pommeau le silencieux écuyer. Le coup a porté entre les épaules d'Alamède, qui, étourdi du choc inattendu, chancelle, laisse échapper son casque , et va heurter de son front la crinière de son coursier.
Un cri d'effroi part du balcon... L'orphelin redresse sa tête abattue. . . Le courroux éclate en ses yeux. L'affront public qu'il vient de recevoir a bouleversé ses esprits ; la soif de la vengeance le dévore j et l'intrépide élève d'Eral, en ce moment de désespoir, attaquerait toute une armée, affronterait tous les périls , et combattrait tout un royaume.
11 s'élance avec impétuosité sur le preux qui l'a insulté; et déjà contre sa cuirasse ayant rompu sa lance en éclats, il voit rouler ensemble sur la poussière le cavalier qu'il a vaincu et le drapeau des MonteroUes Certes, au rajigdu paladin, sur-