LIVRE Vï
L'astre a l'air de se rire d'eux, et le peuple se rit de l'astre.
Voici le vieillard Siméon. Que porte-t-il? un panier d'œufs frais. Que fait-il? il bénit le ])enple. Pourquoi des oeufs? que vous importe.
Grand dieu ! pour une fête, quelle scène ! . . Le massacre des innocens. Une foule d'enfans en chemises rouges se sauvent devant des archers à mine féroce, et jettent des cris elfrayans. Les flèches volent, les fuyards tombent. Dans la mêlée ils s'estropient; mais le public s'amuse.... On s'en moque. Quelques plaintes se font entendre, mais cela s'étouffe... et l'on rit.
Après saint Jean le précurseur, Judas Iscariote se montre à la tête des douze apôtres; il compte les douze deniers qu'il tient enfermés dans sa bourse... Enfin apparaît ] 'homme-Dieu, et comment ?. . . . Hissé sur les larges épaules d'un géant nommé saint Christophe, ce — Par cette image édiy> fiante, )) disait à l'orphelin un béat, c( les » chrétiens sont tous avertis qu'il leur faut
» porter Dieu dans leur cœur , et hausser » vers lui leurs pensées.... »
Alamède hausse les épaules.
La procession paraissait terminée, lorsque les cris de joie de la multitude annoncent un nouveau détachement. Ce sont des officiers centaures galopant après le cortège au bruit assourdissant de cors^ de clochettes, de tambours, de fifres, de cornemuses et de cymbales. Malheureusement ils ont ordre de n'écraser personne , ce qui les rend peu intéressans. Ils portent des épaulettes et des scapulaires, comme marques d'un désir de fusion entre les armées et l'église. Quant au bas de leur corps, il est passé, à partir de la ceinture, en un palefi'oi de carton bien caparaçonné, à queue traînante et à longue crinière. Ces nouveaux chirons trottent, ca-^ racolent et se cabrent; mais leurs pieds de derrière, mieux exercés, et auxquels ils attachent une préférence marquée , font souvent honte aux pieds de devant. C'est la queue qui mène la tête.... Cela se voit encore tous les jours.