LIVRE I
» et d'avoir ainsi dérangé la symétrie de son
)) orgueil. »
A cette époque , la reine Zénaïre tille de Raymond Bérenger, comte de Barcelone , gouvernait la Provence et tenait sa cour à Aix. Célèbre par ses charmes, elle l'était aussi par ses vertus et sa bienfaisance ] mais , liélas ! son royaume , livré à toutes les horreurs des discordes civiles, offrait le tableau déplorable du désordre et de l'anarchie.
En ces temps mallieureux, l'art de régner ne passait cependant point encore pour un problème dont il fallait chercher la solution pour la plus grande gloire des rhéteurs et la plus haute fortune des factieux. Les hommes n'avaient imaginé aucun des lumineux modes de gouvernement développés depuis, revus, corrigés, commentés, et parvenus jusqu'à notre âge avec thèmes , variations et brevets de perfectionnement; ils n'avaient point fait les merveilleuses découvertes politiques qui , comme on le sait , rendent aujourd'hui parmi nous le repos et le bonheur immuables : néanmoins ils se croyaient
éclairés , et peut-être ils l'étaient aussi ; car pour y voir est-il besoin d'astres ? Quand Dieu dit 3 « Que la lumière soit » , aussitôt la lumière fiit; et pourtant il n'avait créé ni la lune ni le soleil , et les étoiles étaient à faire.
Les souverains du douzième siècle , toujours cliancelans sur leur trône, luttaient parfois en même temps contre les princes étrangers, leur clergé, leurs grands, et leurs peuples. En leurs états , et selon leur besoin , chaque parti divers triomphait tour à tour : aussi les lois rendues la veiûe n'étaient plus celles du lendemain ; les personnages fêtés le matin souvent le soir étaient proscrits. Une place était un passage , une ordonnance un passe-temps , une élévation un essai ; et le grand char des potentats, ou s'arrêtant ou reculant, soit accrochéj soit embourbé, changeait de coursiers à toute heure et n'avançait que pour verser (i). Aussi, faut-il bien l'avouer,
(i) Ployez Vtcçon y Histoire générale de la Provence ^lovae IL— -Procop. de hell. Goth. 1. I. — Cassiod. var. lib. V,p. 43 et seq.