‹ IpsiboéChapitre 130 sur 287 · LIVRE VI. 27g · texte numérisé non relu

LIVRE VI. 27g

nèlre en ses lignes , carrés , et cercles.

Tout à coup relevant son front , et comme cherchant à se débarrasser d'un poids accablant : (( — Ma folie est irréparable, )) se lit le léger Alamède- ce mais la pleurer ne ) sert à rien , l'oublier est donc le plus sage. ) En portant les yeux en arrière , je ne ) vois que malheurs et fautes : or donc chas- ) sons les souvenirs. Réfléchir est prudent ) sans doute ; mais sur le présent et l'avenir ) de tristes méditations ne m'offriraient I) nulle ressource : ainsi plus de réflexions ! »

Aussi ravi de sa décision, qu'un astrolome de sa lunette, lorsque par elle, dans 'espace, il aperçoit une comète et qu'il lui découvre une queue, Alamède poursuit sa marche.

c( — Pourquoi m'afifligerais-je ! reprend-il -, » j'ai pu faire une extravagance, mais je )) ij'ai commis aucun crime. Je suis vigou- » reux , jeune et gai; pour chaque homme )) ici-bas , il est mille carrières , et pour tous » une Providence. C'est l'iieure de Tad- )) versilé qui prépare les jours prospères ; et

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y) pour mieux goûter le bonheur il faut pas-- )) ser par l'infortune. ))

Consolé par ce raisonnement, qui lui paraît sans réplique ^ il s'assied, d'un air sans souci , sur un banc de pierre auprès d'un antique bâtiment, dont une rangée de colonnes massives orne le vaste frontispice. Mais tout est sombre autour de lui j le portique sous lequel il se repose n'est éclairé que par une lampe à lueur funèbre. Le plus morne silence y règne. Les fenêtres de l'édifice sont grillées ; ses murailles sont hautes et lugubres ; et l'orphelin ne doute point qu'il ne se trouve en un faubourg, aux prisons de la capitale.

Quel contraste entre les galeries éblouissantes du plus magnifique des palais , et les arcades ténébreuses du plus sinistre des

séjours! Le jouvencel, en soupirant, se

rappelle Zénaïre j mais ce n'est plus avec ivresse. Le regard d'indignation qu'elle lui a lancé ne s'effacera plus de son esprit. La déité enchanteressene lui paraît plus qu'une prinôesse alllère^ et se montrant à ses jeux

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courroucée d'une offense qui ne provenait que d'un excès d'admiration , elle a comme dissipé la nuée radieuse et céleste dont l'avait enveloppée son enthousiasme. Pour lui, Zénaïre , imparfaite , a perdu ses divins près liges. L'orgueil blessé qu'elle a fait éclater l'a descendue des sommités merveilleuses où son imagination l'avait transportée. Des reines, c'est toujours la plus belle; des mortelles , c'est le chef-d'œuvre ; mais ce n'est enfin qu'une reine, ce n'est jamais qu'une mortelle.

L'orphelin , d'après les demi-révélations d'Ipsiboé , ne doit vouer que de la haine à la tille des Bérengers. 11 s'indigne contre lui-même en songeant avec quelle idolâtrie il se prosterna devant elle.... Ali ! s'il désire la revoir, c'est pour se venger, parla plus froide indifférence et par le plus profond dédain, du déplorable aecueil qu'elle a fait aux premiers élans de son cœur.

« — J'ai mérité ce qui m'arrive , » se répète le jouvencel.... ce Qu'allais-je chercher )) à la cour! J'ai fait comme l'oiseau étourdi 3"= Edit. Tome l. aj

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y) qui voit du luisant, s'y élance, et tombe.- )) barbouillé, dans la glu. ))

Un citadin à longue robe (i) s'avance sous le péristyle. Alamède court à sa rencontre et lui demande en quels lieux il se trouve. (( — Ce majestueux édifice , répond » froidement l'inconnu, est le palais du » duc de Roquemire. «

Du duc de Roquemire! Quel hasard

étrange et presque merveilleux a conduit l'orphelin sous ces murs! La Providence, qui le protège, a guidé ses pas elle-même, et lui indique clairement la route qu'il doit suivre.

La lettre de la dame de Saint-Chrisogone au duc de Roquemire ne l'a jamais quitté ; il peut la présenter ce soir même. Mais ayant perdu l'écrit où Ipsiboé lui apprenait son nom, sa destinée et son rang, quelle conduite tiendra-t-il?.... 11 n'a plus

(i)Des robes longues et traînantes étaient les cobluuies (le la bourgeoisie. — J^apon , Hist. de. Pro pence.

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