LIVRE vr
» de Roquemire m'attend, et je veux à l'in- )) stantle voir.
» — Mon maître, » reprend le concierge d'une voix un peu radoucie, « nie reçoit au- » cune dépêche.... que des mains de ses mes- )) sagers. Quel est votre nom?
y) — Que t'importe !... Ouvre, animal re- 7) vêche , et tais-toi ! »
Surpris de ce ton impérieux , et peu accoutumé à être traité de la sorte , le gardien du sombre édifice commence à croire que nécessairement celui qui s'exprime avec une telle arrogance a le droit d'être impertinent ; et pour lui ce droit est si noble! ce privilège est si sacré !
« — Qui vous envoie? a-t-il repris.
» — Ipsiboé, dit l'orpbelin.
» — Est-il V rai ! répétez encore ! Quoi ! sei-
» gueur! c'est?....
» — Ipsiboé ; m'entends - tu bien ? Ipsiy) boé. »
Mais déjà le concierge a quitté le guichet. Les ferremens de la porte s'ébranlent j les lourdes traverses se baissent; les nombreux verrous sont tirés; la clef tourmente les ser-
rures j les gonds tournent j les baltans crient j et le vestibule est ouvert.
Le jouvencel jette un regard malin et triomphant sur l'inconnu du péristyle, (c — Si ton état est le commerce, lui dit-il w ironiquement, si tu transportes sur ces )) plages les riches denrées de l'Afrique, ré- )) jouis-toi : car puisqu'un étranger est en- » tré dans le palais des Roquemires, peut- » être aussi tes chameaux chargés traverse- » ront les mers à la nage, n
La grande porte est refermée. Alamède est introduit dans une salle pavée de marbre et environnée de statues; elle est vaste, sombre, déserte; et les décors en sont sévères.
« — Seigneur! dit humblement le con- » cierge, daignez m'attendre en cette en- » ceinte. Je cours vous annoncer au grand- » maître. »
L'élève d'Eral, resté seul, et peu inquiet de sa singulière position, s'applaudit de son audacieuse confiance. Déterminé à ne jamais se laisser intimider, il ignore ce qu'il va dire, sait moins epicore ce qu'il va faire,