LIVRE VU
pu toucher son cœur. Leurs hommages et leur encens n'étaient reçus qu'avec dédain. Elle ne voyait dans leurs transports qu'un enthousiasme joué , dans leurs désirs qu'ambition, et dans leurs soumissions que bassesse. Plus ses amans s'humiliaient, moins ils lui paraissaient dignes d'elle. Son orgueil était satisfait, jamais son cœur n'avait pu l'être.
Son pouvoir ne lui semblait plus qu'une éternelle servitude, et ses plaisirs que des fatigues : ennuyée de sa magnificence, elle se sentait accablée du lourd fardeau de sa fortune.
Rompant par des folies imprévues l'uniformité monotone des fêtes sans joies de sa cour, Alamède l'avait étonnée... Au milieu d'esclaves soumis, d'êtres factices, trompeurs et maniérés , un homme fier, naturel et libre, se montrant soudain à ses yeux, était une nouveauté piquante. L'exaltation d'un cœur vrai l'avait flattée, l'avait émue; et les traits charmans d' Alamède s'étaient gravés dans sa mémoire.
Elle n'avait point douté que le jeune enthousiaste ne saisît avec transport l'occasion de venir tomber de nouveau à ses
pieds : oh ! que son refus l'a surprise !
qu'il a dû surtout la blesser ! Un écuyer l'ose braver! Elle appelle et l'on ne vient point!.... 11 était donc possible qu'un mortel présomptueux pût à la fois vouloir résister à ses charmes et désobéir à ses ordres. Jamais une pareille pensée n'était venue à son esprit. Le voir et le charmer est son vœu ; rabattre sa fierté est son but ; le subjuguer est son désir. Plus elle s'occupe de lui, et plus ses offenses l'irritent. Qu'eût répondu l'altière reine si quelqu'un eût osé lui dire que ce courroux toujours croissant était un prélude d'amour.
Le grand maréchal du palais, à l'heure convenue, s'est rendu chez le sire de MonteroUes. Bientôt après la porte s'ouvre, et l'élève d'Eral a paru.
11 salue le prince d'un air étonné, mais