‹ IpsiboéChapitre 177 sur 287 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

descend un sentier raboteux que croisent les rameaux de la forêt, et longe un ruisseau rapide dont les eaux roulent en cascades : de nouveaux cris se font entendre... 11 prête une oreille attentive. .. Non, ses sens ne le trompent point : il vole où l'on implore un secours.... Dieu! que vient-il d'apercevoir !

Six guerriers en emljuscade ont fondu sur la fille de Raymond et sur sa faible escorte. Les aumôniers et les dames du palais ont fui par des routes diverses; et leurs torches qu'ils ont jetées, jonchant le sol sans s'être éteintes, éclairent la funeste rive. Tandis que la moitié des assaillans poursuit les prêtres et les femmes , l'autre s'est emparée de la reine. En vain Zénaïre éplorée s'est jetée aux pieds des barbares ; ni la magie de la beauté , ni les accens de la prière n'ont de puissance sur leurs âmes : sans l'écouter ils la saisissent, et sans la regarder ils l'entraînent.

« — Lâches! s'écrie tout à coup une voixj » arrêtez!.... »

A ce cri répété par les échos d'alentour,

les traîtres étonnés tournent la tête; et un cavalier armé de pied en cap , figure noire et menaçante sortie des ténèbres du Lois, s'offre à leurs regards effrayés.

Le paladin brandit sa lance ; et son coursier irnpétueux, bondissant entre les sapins, à moitié caché par les ombres, semble, comme l'hippogriffe d'Atlant, prêt à développer des ailes.... Avant que les ravisseurs , revenus de leur étonnement , aient tiré leurs fers du fourreau , Alamède s'est précipité sur eux , et leur chef est tombé sous ses coups.

Les deux autres agens du duc veulent remonter à cheval; mais, attaqués avec fureur , ils ne peuvent y réussir.... Le vaillant jouvencel triomphe; il n'a plus qu'un rival à vaincre.

Hélas! les trois guerriers qui poursuivaient l'escorte de la reine accourent au bruit du combat ; et Zénaïre au désespoir, voyant ce renfort ennemi, tombe éperdue au pied d'un arbre, en poussant des cris de détresse.

Les nouveaux assaillans , fermes sur les

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atçons et la lance en arrêt, s'élancent vers le brave inconiiu..... Frappé par une triple atteinte , le coursier d'Alamède n'a pu résister à la violence du choc ; il chancelle et mord la j^oussière.

Cependant, se débarrassant de ses étriers, l'orphelin , armé de son glaive, se relève et combat encore. Etourdi de sa chute, il est hors d'état de résister à quatre adversaires, et pourtant il continue avec acharnement la plus inégale des luttes.... Appuyé contre un vieux sapin , il déploie en héros exercé l'adresse la plus intrépide. A la fois il attaque, il pare, il recule, il avance, il frappe.... Mais, 6 douleur! un fer ennemi vient d'être enfoncé dans ses flancs î Bien que la blessure soit peu profonde, il sent tpi'il va perdre ses forces, il voit qu'il est près de périr.... Soudain une pensée lumineuse éclaire ses esprits troublés. Il se souvient qu'il porte, caché sous ses armes, le

soleil d'or des invisibles Saisissant l'an-

j^uste symbole , non loin d'une torche allumée il la présente radieuse aux satellites du Grand Ordre; et d'mie voix fmte il

s'écrie : « — Osez verser le sang d'un )) chef!... Guerriers! je suis le comte Ed- )) gar ! M

Au signe sacré des grands-maîtres , au nom puissant du comte Edgar, à sa voix qu'ils ont reconnue , les combattans , pétrifiés , ont humblement baissé leurs

glaives, et l'affreux combat a cessé.

Aussitôt l'élève d'Eral, monté sur un tertre voisin , lève sa flamberge sanglante , et du ton d'un chef absolu , avec la dignité d'un prince : « — Retirez-vous , » a-t-il repris , » le fils d'ipsiboé vous l'ordonne. »

Le nom magique d'ipsiboé complète la force du charme Ce talisman irrésistible achève de subjuguer les assaillans. Courbant leurs fronts humiliés , ils obéissent sans murmure j et remontés sur leurs coursiers, ils s'éloignent silencieusement, laissant le page d'Aiguemar aussi surpris de sa puissance qu'ils peuvent l'être de sa conduite,

La reine, presque évanouie, avait vu l'étonnante bataille et sa fin plus étonnante encore. Elle avait reconnu l'auda-

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