LIVRE I
mis de l'ordre public; mais il était parti pour TEspagne, une femme le remplaçait , et la carrière des révolutions était ouverte aux audacieux.
Parmi les grands vassaux du royaume y les uns, honteux d'être gouvernés par une princesse^ correspondaient secrètement avec Alphonse Jourdain , et lui promettaient aide et secours. D'autres, mécontens de \ oir la Provence relever de l'Etat romain , ne reconnaissaient pour chef suprême que l'empereur Frédéric , et l'appelaient de tous leurs voeux. Quelques vieux châtelains prétendaient que les comtes de ïou louse et de Barcelone étaient également usurpateurs ; ils affirmaient qu'il existait un héritier mâle des Bozons; et en attendant sa venue, ils croyaient, provisoirement, ne devoir obéir à personne. Quelques jeunes croisés, revenant de la Palestine, montraient un acte de Foulques, roi de Jérusalem , qui les autorisait, au nom de la chrétienté, â se former en leur patrie une principauté indépendante, et à s'y gôu-
verner par leurs propres lois ( i). Une partie des commerçans provençaux en relation avec Gênes et Pise, rêvaient la république universelle (2). Une partie du clergé s'occupait, sans en être prié, de la rédaction d'une constitution lliéocratique à promulguer quand faire se pourrait. Les pauvres demandaient une loi agraire, les riches un accroissement de Liens , les nobles un peu plus de privilèges (3). A travers tous ces partis, une grande association secrète nommée les invisibles (4) , cachée mais redou-
(1) Cet acte est relaté tout au long dans les Preuves à l'appui de l'hist, dg Prov, j de l'abbé Papon.
(2) Voyez les auteurs provençaux déjà cités.
(3) Voyez les auteurs provençaux déjà cités.
(4) Il ne faut pas confondre cette association avec celle des francs-juges , surnommés aussi les invisibles. Cette dernière était tout-à-fait aristocratique, et remontait au règne de Charlemagne. {^Voyez note sur le tribunal secret, préface ^Hermann d' Unna par M. le baron de Bock. ) Les sociétés secrètes ne sont point d'invention moderne ; elles