LIVRE I. 3l
table , inconnue mais puissante, étendant ses fils mystérieux en cent lieux à la fois , et fanatisant ses adeptes, travaillait sourdement , disait-on , à la régénération des peuples : et au milieu de la désorganisation générale, les paladins joutaient aux tournois, les prélats brillaient à la cbasse (i), les troubadours chantaient la paix , et Zénaïre tenait des cours d'amour.
Un mélange de raison et de folie, de terreur et de gaîté , de courage et d'inaction , de précautions et d'imprévoyance, de fêtes et de conspirations, régnait à la brillante
affluaient aux premiers siècles ; et leurs initiations étaient calquées sur celles des prêtres d'Isis. Celle que je décris fut une des marquantes de l'époque. Voyez les Annales de Propence.
(i) Voyez La Curne Sainte - Palaye, t. III. — Le Petit Jehan de Saintré. — Millot, Histoire de Frcmcej, tome I , page 239. — Canon ('u concile de Latran, en 1179, sur le faste déployé à la chasse par les prélats. « — Jusque dans les églises, dit » l'abbé Fleury, Histoire ecclésiastique ^ on en- 5> tendait aboyer leurs chiens de chasse et crier » leurs oiseaux de proie. »
cour de Zénaïre. Pourvu que l'éti((uette royale fiit ponctuellement observée , le grand-sénéclial du palais ne voyait point l'état en péril j et les jeunes chevaliers , admirateurs de leur belle souveraine, pourvu qu'ils eussent leurs lances prêtes, croyaient le royaume invincible.
Pour comble de maux, la domination des ordres militaires et religieux s'accroissait chaque jour (i). Toutes les saines idées étaient renversées, tous les droits étaient incertains , toutes les puissances déplacées et toutes les places confondues. Les forteresses royales étaient de paisibles solitudes , et les cloîtres religieux des cita-
(i) Millot, Elémens de l^hist. de France j t. I , p. Q.'25. — Un Canon du pape Urbain II ^ au concile de Nîmes, décida que les moines et les chanoines étaient des anges, puisqu'ils annonçaient les volontés de Dieu. « Les moines, dit ce canon , n'ont- » ils pas six ailes comme les chérubins; deux figu- » rées par le capuce , deux par les manches , et j) les deux autres par le reste de l'habit ? Voilà » bien certaincmeiit les six ailes. )> (Abbé Millot, Elémens de l'histoire de France j 1. 1, p. 2 16. )