LIVRE VIII
fleurs, et couverts d'habits cliamarrës de rubans, se rendent en pèlerinage à la grotte de Sainte-Richilde. Leurs vétemens , chargés de devises , sont de diverses couleurs ; et chaque amant porte en ses mains la coupe de la fidélité : il ne peut boire qu'à ce vase.
hesjjéjiitens d'amour, selon leurs statuts révérés, doivent rechercher les tourmens en l'honneur de la foi jurée. Pour prouver l'excès de leur flamme , il leur faut braver avec opiniâtreté les saisons les plus rigoureuses et les plus cruelles souffrances. Pendant les chaleurs de l'été, ils doivent, sous des manteaux de laine , gravir des rochers calcinés par les rayons brûlans du soleil ; et quand mugissent les hivers , il leur faut errer lentement, vêtus d'une légère toile, sur la neige où souffle la bise. Il n'est, disent ces enthousiastes , qu'un bien et qu'un mai en ce monde j c'est être aimé ou ne pas l'être, c'est trouver ou perdre une amie.
La procession passe avec ordre ; déjà les pénitens sont \q\n , et leurs chants ne s'^n-
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tendent plus. Le jouvencel et la princesse sont restés à leur même place. Tous deux soupirent et se taisent.
Zénaïre s'arrache la première à sa rêverie mélancolique. (( — Quelle bizarre institu- » tion ! )i dit-elle d'une voix altérée ; « quel- » les lois et quels vœux absurdes ! que d'iri- » sensés sur cette terre !
» — Si les gallois, dit Alanlède , sont » heureux par le sentiment , je ne les » trouve point insensés. S'il est un excès )) pardonnable, ce doit être l'excès d'a- )) mour.
y> — Mais leurs pénibles sacrifices....
» — A qui aime, rien n'est pénible. Qui » peut être seul et heureux? qui peut » même être seul et bon?... Où trouver le » bonheur ici-bas , si ce n'est dans les » tendres communications du cœur, dans » les sacrifices mutuels ! Malheur à qui » vit et meurt seul ! De l'enfer quel est le » supplice? ne pouvoir plus jamais aimer.
» — Où se rendent ces fanatiques? » interrompt la reine troublée.
(c — Sans doute à quelque sainte cha-
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» pelle 3 toute âme tendre aime à piier : » l'ambition ni les grandeurs n'occupent » point ces fanatiques. En eux la vanité des )) hauts rangs ne vient point flétrir les » pensées , n'a point séché les sentimens , » n'a pas mis à nu l'existence, et des champs » fleuris du bel âge n'a point fait une plaine » aride. »
11 dit : la reine se détourne, et cache son émotion croissante. Ils sont sortis de la forêt 5 et les tours crénelées de Moralin se sont déployées à leurs yeux. Parvenue aux murailles qui ferment le parc du château , la princesse ouvre une porte dérobée, et va rentrer dans ses jardins. L'orphelin d'Aiguemar s'arrête, et d'un ton plaintif a repris : ce — Reine, je ne vous suis plus y> utile.... ma tâche est remplie , je vous » laisse.
» Alamède ! » interrompt Zénaïre , « oh ! )) ne me quittez point encore!... »
Elle ditj sur sa physionomie angélique, en sa prière, en son accent, quels tendres regrets exprimés î que d'involontaires
aveux ! . . . . L'élève d'Eral se maîtrise , et répond avec fermeté :
« — Ma résolution est prise, je dois vous « fuir.... et pour toujours.
)) — Quoi ! mon palais ?
» — Je le déteste.
» — Mon amitié?
» — Je la rejette.
» — Ma voix?...
)) — Je ne veux plus l'entendre. ))
Puis, avec l'énergie brûlante du sentiment : « ■ — Cette soirée, n continue-t-il, <c a changé tout entier mon être. Loin des » grands, des cours et des villes , je veux à )) jamais m'exiler. Où es-tu, hameau d'Ai- » guemar! Et qu'ai-je fait en te quittant!... )) Heureux champs de la liberté, vous rou- )) vrirez-vous devant moi!... Je le sens, un y) vallon désert est désormais le seul asile , )) le seul séjour qui me convienne. J'irai » sur des plages lointaines ensevelir ma des- » tinée.... En quelque retraite sauvage peut- )) être trouverai-je une amie.... et peut-être ); une voix, un jour, daignera répondre