LIVRE Tiir
» à la mienne. Ah ! qu'un cœur batte en- )) fin pour moi ! je ne demande qu'un cœur » à la terre. ))
C'en était trop pour la princesse ! Jusqu'à ce moment le devoir de son rang et la fierté de son âme avaient soutenu sa faiblesse 5 ils cèdent enfin à l'amour. Au pied d'un tertre de verdure , formé de marches en gazon , elle tombe presque défaillante , et caclie son visage en ses mains.... Zénaïre verse des larmes.
» — Eh quoi ! » s'écrie l'orphelin en s'élançant vers elle, (c vous êtes jeune, belle, )) puissante.... Vous êtes reine , et vous » pleurez !
» — O Alamède! » répond- elle de l'accent le plus douloureux, te c'est parce que )) je suis reine que je pleure. 3)
Qui peindrait les transports du jouvencel à ces douces et tendres paroles! Dans son ivresse inexprimable, il s'est jeté à ses genoux , étend ses bras avec amour... et va la presser sur son cœur.,., lorsque, épuisé par le sang qu'il a perdu , et par les émotions violentes qu'il a ressenties , il perd le sen-
timent et la vue. Soudain l'air manque à sa poitrine ; comme mourans ses yeux se ferment 3 et sa tête pâle et glacée tombe sur les genoux de la reine.
Mais en cet accident funeste , dont elle ignore la vraie cause, Zénaïre n'a pu voir qu'une offense nouvelle, qu'un oubli de toute bienséance, et qu'un délire impardonnable. Elle n'avait point fixé ses regards sur lui , de crainte de rencontrer ses yeux ; et bien que le ciel commençât à s'éclairer , elle n'avait point remarqué l'affreux changement de ses traits.
Le repoussant avec courroux , craignant tout et d'elle et de lui , elle cherche au hasard en sa pensée le langage le plus terrible , et croit, pour son propre salut, ne pouvoir assez s'irriter. Hélas ! l'inconcevable amour ne se plaît que dans les extrêmes. Elle prononce ces paroles :
(( — Retirez-vous , audacieux ! Oubliez- » vous donc qui je suis ! . . . Rappelez-vous )) donc qui vous êtes î... Vous croyez-vous » le droit de m'outrager pour m'avoir sauvée » cette nuit par je ne sais quels moyens