‹ IpsiboéChapitre 187 sur 287 · LIVRE IX. 8g · texte numérisé non relu

LIVRE IX. 8g

y> — Reine, je l'ignore moi-même. J'ai » le malheur, depuis long-temps, d'être )) voué à l'inconnu : Je n^en sais rien est )) ma devise. Aussi , en quelles difficultés » me jettent ceux qui pensent pouvoir me » dire : Rappelez- vous donc qui vous » êtes ! »

Le trait a porté. Les jfatales expressions , que Zénaïre ne se rappelle que trop, viennent de résonner à son oreille comme un arrêt terrible et vengeur. Une vive rougeur a coloré son visage. Ses genoux tremblent, elle s'assied.

(c — Comment pourrai- je , » re]|)rend-elle , » faire rendre le coursier à son maître, si )) ce maître m'est inconnu ?

» — Que Votre Majesté donne ordre » qu'il soi t condui t à la grill e d e son cb à teau , >) près des premières barrières. Celai it qui » il appartient, ce matin, l'y réclamera.

» — -A quel signe le reconnaître?

» — ^ A son étrange vêtement, et à son air

» plus étrange encore. Sa taille maigre est

)) d'un squelette.,, son teint de plomb d'un

» exhumé. Une des robes de sa mie lui sert

3e Eclit. Tome IL 8

QO IPSIBOÉ.

» de costume et d'armure; et ce voile à re- T) plis flottans, serré autour de ses flancs )) nus , cache à demi son corps osseux.

)) — O ciel ! » dit la reine surprise , « en » cet état qui l'a réduit?

)) — L'amour , » lui répond l'orphelin ; ce l'humiliation qu'il endure lui est imposée :») par sa mie , comme preuve de sa tendresse. T) C'est le triomphe de l'orgueil; dédains, )) mortifications et souffrances, voilà le par- » tage du preux qui follement offre son cœur » aux beautés nobles et hautaines!....

)) — L'hymen , » a repris la princesse , y) sera le prix de son dévouement?

» — Je le souhaite , » dit Alamède , (( mais je crains pour lui le contraire. Peut- » être , quand aux pieds de sa dame il vien- "» dra tomber couvert de blessures et mou- ^) rant, n'aura- t-il, pour toute récompense y> et pour seul accueil , que ces mots : )) Guerrier ! f apprécie vos services ; vous J) avez pris les armes pour moi , mais » Qvez-vous exposé vos jour s'^ »

En tenant ce langage, sa voix affaiblie , lente , grave et entrecoupée , contrastait

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avec l'ironie maligne de son regard. Zénaïre ne peut supporter davantage d'aussi cruelles railleries. Elle se lève; et pâle , troublée : (c — Je me retire , lui dit-elle ; il faut du » calme à vos esprits. Cet entretien épuise » vos forces , et je crains de le prolonger ; y) mais avant de m'éloigner, je dois vous » adresser , ô mon généreux libérateur ! les » témoignages bien sincères de ma vive re- >) connaissance. Je n'oublierai jamais vos y) services, vos dangers, votre dévouement ', )) et je.... y>

L'orphelin l'interrompt: (c — Princesse, y> répond-il froidement, « comme vous, je » n'oublierai rien : un jour s'exprimer dans » vin sens et le lendemain dans un autre , » est l'usage des Majestés; mais de même » que leur personne, leur langage est tou- )) jours sacré. Je suis donc pleinementtouclié » des augustes expressions que daigne m'a- » dresser ma souveraine. Toutes ses paroles » ont été par moi soigneusement recueillies'; » et dressées avec ordre en ma mémoire , » elles y seront conservées avec respect. Le

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» faisceau peut-être est étrange ; mais c'est » un monument royal. »

Le sarcasme était trop amer. La fille de Raymond , courroucée , rappelle sa suite autour d'elle. Avec froideur et dignité , elle n'adresse plus au malade que des mots vagues et polis ; puis d'un air plein de majesté elles sort de l'appartement.

Mais que son cœur est déchiré , et qu'il va l'être plus encore !.... Une lettre de son père lui est remise : le souverain de Barcelone lui mande sa prochaine arrivée ; Louis y II a répudié sa femme Eléonore de Guienne. Une assemblée d'évéques français a prononcé la sentence du divorce (i); et le monarque de Lutèce ayant demandé la main de Zénaïre , Raymond Bérenger vient à Aix y conclure ce grand hymen .

Déjà le héros espagnol a promis sa fille à Louis. Il sent que par ce mariage il s'acquiert un allié puissant ; il n'ignore point

(0 Voyez Anquetil, Hist. de France ^ t. IL

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