LIVRE IX. III
sang des Raymonds, sur le premier des grands du royaume, est un forfait irrémissible. Un conseil de guerre s'assemble; et du prétendu meurtrier la condamnation est certaine.
Le maréchal prince d'Orange préside le conseil de guerre qui va juger l'orphelin d'Aiguemar: et la reine au désespoir, trompée par le faux rapport des officiers de son palais, abandonne à toute la rigueur des lois celui qu'une voix universelle a déclaré coupable d'assassinat. Elle n'ignore pomt l'attachement que porte le roi son père au sénéchal qu'il a placé près d'elle. Elle sait qu'il l'accablerait de son courroux, s'il n'était tiré une prompte vengeance de 1 homicide ; et la malheureuse princesse attend, dans une anxiété inexprimable, l'arrêt qui va briser son cœur.
Parmi les membres du conseil , il en est qui , s'étant rendus en secret près d'elle , l'ont quittée avec le projet de sauver les jours d'Alamède. Sans doute elle aura plaidé la cause de son libérateur^ mais
craignant de laisser lire en son âme, elle n'a point osé commander- et lorsque le pouvoir en est réduit à prier, il est plus sage à lui de se taire.
L'arrêt est prononcé dans la nuit. Lois anciennes, décrets nouveaux, vieux édits, modernes statuts , tout a été fouiJlé , compvdsé, discuté, interprété, analysé, et ajusté à la circonstance en l'espace de moins d'une heure. Le guerrier nommé rapporteur auprès du tribunal suprême, a il'alDord prouvé incontestablement que le dernier acte d'Alamède était la suite inévitable de ses antécédens. 11 a fait lumineusement ressortir de l'historique de sa vie, sinon des crimes constatés, du moins son aptitude aux crimes. Il a démontré clairement que tout habile observateur aulait pu remarquer, dès le jour de* son arrivée à la cour, sa tendance à l'assassinat. Puis le savant logicien, après une pérorai- .son touchante sur la clémence et l'humanité, a conclu à peine de mort.
Cependant une voix s'est élevée pour faire valoir en faveur de l'accusé les circon-