LIVRE IX
sorte d'égarement, telle que la possédée d'Endor en apercevant Samuel; et, tenant dans une de ses mains ime baguette jaune empreinte de caractères hébraïques, elle eût semblé Assuérus tendant le sceptre d'or à Estlier, si Alamède en ce moment eût eu la moindre ressemblance avec la fille de Mardochée (i).
(( — O mon fils !... » s'est-elle écriée.
Elle arrête son char. L'orphelin s'élance vers elle : contre son cœur elle le presse ; et tandis que ses fiers coursiers reprennent leur essor rapide, l'enthousiaste Ipsiboé, revenue de ses premiers transports, lui adresse les mots suivans :
« — Eh quoi ! c'est seul et perdu dans » les forets, comme l'animal timide et sau- » vage, que je devais te retrouver!... Quand » la belle et noble Provence tourne ses » avides regards vers une aurore libératrice, » quoi, cette aurore, se voilant, au lieu de » s'élever radieuse, se perd sous de sombres
(1) Fille adoptive. Esther était sa nièce.
)) nuées ! Nouveau Samson déshonoré
» qu'a plongé dans les fers une moderne » Dalila, ne peux-tu relever ton front et » renverser le temple impie ! Indigne hérin tier de trois siècles de gloire , vois couler » les pleurs que ton amour infâme m'ar- )) racbe .'...Mère tendre et chrétienne infati- )) gable, j'ai donc vainement de contrée )) en contrée, et de chapelle en chapelle , » imploré pour toi le Seigneur; tu traliis )) toutes mes espérances. Ah ! lorsque, au )) pied des saints autels je courais supplier » pour toi les effigies miraculeuses et les )) surnaturelles voix de nos Thébaïdes su- » blimes (i), les prêtres des lointaines rives )) se demandaient avec surprise : <c Quelle )) est cette pèlerine inconnue , dont la foi D) vive et les prières remplissent nos en- )) ceintes pieuses des parfums de l'amour
(i) Alors , sur les rives incultes de la Durauce , et dans des champs encore déserts, s'étaient établis une légion d'anachorètes, à l'exemple des Pères du désert. Hlst. de Provence jVim^ow.