LIVRE SECOND
Le jeune Izorin , que venait de quitter le sire de MonteroUes , avait pris la route du castel d'Aiguemar (i). Dévoué à Alamède, il ne pouvait se consoler d'en être séparé, et ne songeait qu'aux moyens de se retrouver auprès de lui. Mais comment l'espérer ? S'introduire au château malgré la défense du marquis était un essai périlleux ; et parvenir jusqu'au captif, sans être vu et arrêté , était une entreprise impossible.
C'était à la générosité d'Alamède qu'Izorin devait la jolie chaumière qu'il habitait , et où sa mère avait paisiblement terminé ses derniers jours. Se retraçant les bienfaits de l'orphelin , il marche à pas lents le long des fossés extérieurs du manoir et
(i) Le castel d'Aiguemar n'était pas à une distance très considérable de la ville d'Aix.
autour de ses donjons grisâtres. Les vitrages de l'antique chapelle étincelaient aux feux du matin , sous les pampres de verdure qui , croissant entre les pierres , s'enlaçaient en festons d'arcade en arcade. Les créneaux étaient couverts de claies nommées hourdis; chaque sentinelle était à son poste j les ponts étaient levés j «t le manoir, dont toutes les entrées étaient défendues par des retranchemens , des palissades, des mâchicoulis et des barbacanes ( i ), avait entièrement l'apparence d'une forteresse en état de siège.
«—Abominable prison î se disait Izorin ; y> que je voudrais voir ces fossés comblés » et ces murailles au niveau du sol !... Peut- » être le seront-ils aussi avant peu ; car le )) fier châtelain s'est rangé parmi les enney> mis de la reine j Zénaïre lève des troupes » pour combattre les Toulousains, et il a » osé lui refuser les cinq chevaliers et demi
(i) Voyez la description d'un ancien cliâteau et d'un siège dans le roman de Claris, mss. de la bibliothèque, n° 7534-