LIVRE II. 3y
» qu'il lui doit d'après les aveux de ses » fiefs (i). Si la fille de R.aymond triom- )) plie , malheur au manoir du rebelle ! »
Izorin, oji l'a déjà dit, ne manquait point d'instruction ; il avait profité des études de son maître et avait puisé çà et là quelques idées sor toutes choses. A cette époque, la censure académique (car cette belle institution a pour berceau les temps barbares) n'avait encore défendu dans les écoles , comme impies ou séditieux , qu'Homère , Horace, \irgile et Cicéron (2). A ces auteurs messéans elle avait substitué des écrivains convenables ; et ( selon le dire de saint Odon ) les belles pages de saint Prudence, les poésies de saint Avit et Ja prose
(1) Voyez les notes rapportées par Laroque à la fin du ban et de l' arrière-ban, — Devoir un deuiichevalier paraît extraordinaire ; cependant ceja s'explique. Chaque vassal fourni par le suzerain était tenu à un service de quarante jours; le demichevalier était celui qui n'en servait que vingt.
(2) Vo}ez T^ita Odonis. — J^ita Majoli. — lue Beuf, Etat des sciences depuis Cliarlemagne , etc. t. II, pages ii3 et 114.
de Juvencus, dédommageaient amplement la jeunesse de la perte des livres païens (i). Des méchans osent affirmer ( mais qui croit à la calomnie !. .) que les redresseurs littéraires d'aujourd'hui, dans leurs arrêts impartiaux , nous reproduisent les talens , les lumières et les jugemens de leurs illustres devanciers.
Le pâtre d'Aiguemar, en son enfance , avait reçu, ainsi qu'Alamède, des leçons de musique de la vieille Béatrix, veuve de l'ancien sommelier du marquis. Béatrix , sœur d'un troubadour et enthousiaste de l'art d'Orphée , leur avait appris d'anciens airs, des lais, des ballades, des rondeaux 3 et les deux élèves, doués d'une voix harmonieuse, s'accompagnaient passablement sur la mandore et la guitare.
Sous une des tours du château, dans l'espoir d'être entendu de son maître, le villageois s'arrête et chante.
Par ordre d'un tyran sauvage, En un castel,
(1) Voyez les mêmes auteurs.