LIVRE X. iSl
Après une marclie de plusieurs heures , Zénaïre , appuyée sur Alamède , ralentit ses pas fatigués. L'aube du matin allait poindre. Frappée par le sort, et proscrite, elle lève les yeux sur l'unique défenseur qui lui reste," son seul espoir, sa seule force, et peut-être son seul ami. Leurs regards se rencontrent j elle soupire.... Ah! ce n'est point le trône qu'elle perd, ni les grandeurs qu'elle abandonne , qui sur la plage solitaire sont venus faire battre son cœur. . . . Non : sans oser se l'avouer, Zénaïre, trahie par la fortune , se sent heureuse, en ce moment , d'une chute qui , pour ainsi dire , la jette délaissée et sans sceptre entre les bras de son amant. .
Sa bouche ne lui parle point ; mais l'expression de son visage a prononcé plus que des mots. Ils étaient seuls , l'air était pur et balsamique ; les brises de la nuit soupiraient doucement autour d'eux; nulle dignité souveraine ne leur défendait en ces lieux les doux aveux du sentiment ; aucun cérémonial glacé ne les enlaçait de ses chaînes ; nul témoin perfide et jaloux n'im-
posait la feinte à l'orgueil ; entre eux, Ic^; tourmens , les hasards, les privations et les fatigues, tout était devenu commun ; tout les rapprocliait l'un de l'autre: et les douces ombres de la forêt, les tendres harmonies de la nature, les solitudes de la nuit et de l'amour, remplissaient l'àme des amans do leurs voluptés ineffables.
« — Reposez-vous quelques momens, »
dit Alamède à Zénaïre , ce nous sommes y> échappés aux dangers.
)) — Les dangers ! » répète la reine avec lui mouvement d'effroi, et comme sortant d'un long rêve.
Puis avec calme, et souriant : « — Ala- )) mède ! à quoi donc pensais-je?... je les » avais presque oubliés. »
Elle s'assied au pied d'un orme, sur une pierre que recouvre un tapis de mousse et de pampres de lierre. Son sein est oppressé ;' ses membres sont tremblans ; et contre l'arbre protecteur elle penciie sa tête abattue.
0 vanité de la grandeur ! hier encore la l)elle et puissante Zénaïre s'offrait aux re-