LIVRE X. l
fernal, y précipitent leur salut et s'ouvrent l'abîme éternel (i).
Mais quel cri d'alarme est jeté I quel inconcevable tumulte! quelle scène d'horreur et de confusion! Les profanateurs
épouvantés, poussant tout à coup d'affreux hurlemens, se sont ressaisis de leurs armes. Un sifflement aigu fend les airs j une fumée épaisse emplit la salle; un craquement général ébranle l'édifice. Les manichéens égarés, et comme frappés d'anatlième par le Dieu qu'ils osaient braver, se choquent, se poussent, se renversent; et, fuyant le bûcher maudit , semblent des larves homicides que d'invisibles furies poursuivent.
Quelle puissance vengeresse avait donc tonné sur ces monstres ? La dame de Saint- Chrisogone. Parvenue avec vingt guerriers au monastère d'Ingolza, elle en avait trouvé
(i) Voyez j sur leurs cérémonies sacrilèges Vit. sanct. Bern.j 1. III. Petr. Vols, vu petr. hr. bihl. Clun.,^.i%%.
l64 IPSIBOÉ.
le pont relevé, et n'avait pu joindre Bruys. Forcée de différer l'attaque , elle s'était cachée dans un bois voisin , puis avait donné l'ordre à l'un de ses soldats les j)kis dévoués de passer le fossé à la nage, et d'aller mettre le feu au repaire impur de la secte.
A cette intention, par ses soins, et à l'insu des manichéens , depuis long-temps des matières combusti!)les avaient été portées autour du bâtiment sacrilège. En un instant, la tom' s'embrase; l'éclat de l'aurore s'efface devant les colonnes noires qui obscurcissent les cieux ; et les brigands, du milieu des flammes incendiaires, s'élancent vers leurs ennemis.
Mais entre eux toute communicalion est coupée: le pont-levis étant en feu, la sortie
du fort est fermée Alors , sous une
pluie de flèches, les assiégés se précipitent dans les fossés, essaient de les traverser; et au dehors comme au dedans ils ne rencontrent que la mort.
Durant l'eflroyable massacre, la fanatique Ipsiboé, près des remparts extérieurs.