LIVRE XI
qu'il est à sec : ses murs délabrés par le temps ont comblé lentement et peu à peu la profondeur du bassin; contre la muraille est encore attachée une poulie garnie de sa chaîne de fer : ce — • Nous sommes sau- » vés ! » s'écrie le prince, ce Zénaïre î en- » toure-moi de tes bras; presse-toi forte- » ment sur mon sein : le divin protecteur » des malheureux ne nous abandonnera )> point. ï)
Tl dit : la fille de Raymond s'enlace autour de son amant, comme la vigne à l'ormeau fidèle; et Alamède, saisissant la chaîne du puits, se laisse glisser doucement au fond de l'abîme sauveur.
Là , sur un amas de décombres , au milieu d'épaisses ténèbres, ils se sont assis épuisés. Bientôt la fraîcheur humide du terrain leur a rendu toutes leurs forces; leur respiration n'est plus oppressée; mais
quelle affreuse position! Us n'ont
échappé à la mort que pour quelques instans peut-être; ils sont sans secours, sans lumière, en une espèce de tombeau. N'importe! ils se parlent, ils s'entendent; leurs 3e EcUt Tome II. i5
cœurs battent l'un près de l'autre.... Il est encore des joies pour eux.
Doux enchantement de la jeunesse ! magique pouvoir de l'amour!.... Leur ténél)reux refuge, ses insectes venimeux, ses exhalaisons glaciales, rien n'a d'horreurs et tout s'oublie. Plus d'effroi pour elle , il est là:... pour lui plus d'angoisses, elle vit.
L'amour croît dans les infortunes, il s'exalte avec les revers. Zénaïre laisse tomber quelques larmes sur le sein d'Alainède; mais ce ne sont ni celles de la faiblesse , ni celles de la douleur : ce sont les pleurs du sentiment , les pleurs de la re- -îonnaissance. Elle voudrait souffrir plus encore pour lui devoir encore davantage.
Tous deux, fiers de leurs maux présèns, se trouvent heureux au gouffre obscur qui , devenu pour eux l'univers, met à l'épreuve leur tendresse , les isole de tous les humains , et permet enfin à leurs cœurs toutes les effusions de l'amour.
Plusieurs heures se sont écoulées. L in-