LIVRE XI
premiers destins. Toutes leurs chaînes sont brisées; ils commencent une vie nouvelle ; et , vue au miroir fantastique de la jeunesse et du sentiment, la route de l'exil, parée de fleurs et de guirlandes, leur semble l'avenue des félicités.
Après leur prière ils se relèvent... Hélas ! un funeste spectacle attriste aussitôt leurs regards. Le disque pâle du soleil , que recouvre ime nuée pluvieuse, lance sa lumière incertaine sur le théâtre de l'incendie ; la destruction les environne ; du milieu des monceaux de cendres qui couvrent le sol d'ingolza s'élèvent çà et là des touffes de flammes que le vent fait tourbillonner , et qui , bouches infernales , paraissent vomir encore les anathèmes sur la montagne réprouvée.
Ils franchissent avec peine les ruines fumantes de la tour, et parviennent aux remparts déserts du couvent. Là sont entassés des cadavres ; là , autour du plateau brûlant, l'eau morte des anciens fossés est comme la ceinture sanglante du rocher des
désolations. Le souffle orageux des autans agite cette onde odieuse ; et , soulevant le vêtement des soldats expirés, rend en quelque sorte à l'immobilité du trépas les convulsions de l'agonie.
Le vieux pont-levis n'existe plus, mais un autre l'a remplacé. Plusieurs manichéensj pendant le combat, avaient jeté de longues pièces de bois en travers des fossés et par là,*s'éciiappant du cloître,
Bruys et quelques-uns des siens s'étaient soustraits à leurs vainqueurs et au massacre général .
Sur ce même pont secourable le prince a fait passer Zénaïrej ils ont fui la plage des crimes j devant eux , à peu de distance , est une nature riante ; ils sont comme sortis du chaos. Joyeux, se tenant par la main, ils redescendent aux vallons ; et ,sous leurs ombrages fleuris, ils croient, semblables aux premiers époux , entrer en libre jouissance des premiers jardins de la terre.
Au bout d'vme verte prairie , ils découytent un toit rustique j un vieillard leur