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LIVRE XI

pour la Palestine; mais sa démarche, ses menaces , ses prières mêmes furent vaines. Bertrand, inflexible dans ses résolutions, refusa de quitter son royaume ; et dès lors sa perte fut jurée.

)) Bertrand II n'avait qu'un fils; partageant l'engouement public , Fernand voulut prendre la croix et combattre les infidèles. Son père en vain pour l'arrêter mit tous les moyens en usage , son autorité fut méconnue ; Fernand s'échappa du palais , et sans suite , en simple chevalier , il rejoignit l'armée de Bouillon (i).

» Je n'entreprendrai point, 6 mon fils î le récit des brillans exploits de ton illustre père. Digne héritier de Bozon le Grand, il se signala aux sièges de Nicée et d'Antioche , se couvrit de lauriers à la bataille d'Ascalon , et l'un des premiers planta l'étendard du Sauveur sur les murs de Jérusalem.

y> Hélas ! la gloire , presque toujours ,

(i) Godefroi de Bouillon.

"6^ Edit. Tome l\. 17

ig4 iPSiBOÉ.

est suivie par les infortunes. L'homme heureux contracte une dette que tôt ou tard il paie au malheur. Au funeste assaut de Damas , où , trahis par leurs propres frères , les chrétiens furent repoussés , ton père fut iait prisonnier.

» J'étais en Palestine à cette époque , et faisais partie de cette fameuse phalange d'amazones , nommées les dames aux pieds d'or (i) , qu'immortalisa la victoire. Je n'étais que la fille d'un riche laboureur du Tirol ; ce qui t'explique mes paroles : (c Ton dernier aïeul fut un serf, h Je n'avais reçu du ciel en partage ni rang , ni titres, ni puissance ; mais j'étais belle, enthousiaste ; et dans un cloître renommé j'avais passé mes premiers ans.

M Sous les auspices de l'abbesse qui ,

( 1 ) Dès la première croisade , on vit dans les rangs de nos armées les belles comtesses de Flandre , tle Blois, de Toulouse, et même plusieurs souveraines. T^oyez Michaud; Hist. des Croisades.

Quant à la fameuse phalange des dames aux pieds doi-j voyez Gaule poétique ^ Mt^rchangv'

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