LIVRE XII
Et relevant son visage pâle comme la ligure en marbre que vient d'achever le sculpteur, elle lui sourit à travers ses larmes.... 3 mais ce n'est point le sourire de l'espérance , ce n'est que celui de l'amour.
Alors sur le sein d'Alamède elle penche sa tête abattue ; et pour quelques instans elle oublie et sa prison et ses douleurs. Mais avec trop de passion , le prince a pressé son amie doucement elle se retire....
« — Alamède! vois où nous sommes!...
» Le Ciel seul peut briser nos fers ; ah ! « gardons-nous de l'offenser ! »
Elle dit , et s' agenouillant , elle implore le Créateur; le prince a suivi son exemple; et la foi ranime leurs âmes.
Zénaïre veut se lever... mais les souffrances de la veille avaient déjà miné ses forces ; l'excès des maux» et des fatigues anéantit ses facultés ; et un engourdissement léthargique vient appesantir sa paupière.
Elle porte un œil inquiet sur sa couche
et sur son amant. Le prince a saisi sa [lensée.
« — Ma bien-aimée, je te le juie, je )) respecterai ton repos. Dors en paix et y> sans nulle crainte sur cette couche dou- » loureuse; dors du sommeil de la vertu , y) je veillerai sur toi.... et sur moi. »
Il a dit : avec confiance elle apprête son lit funèbre j des anneaux de sa chevelure ëp arsel' infortunée essuie ses larmes j et comprimant un long soupir , elle ferme les yeux et s'endort.
Alors seul à ses tristes pensées , Alamède, prenant la lampe , a fait le tour de sa prison. Point de fenêtres, nulle issue ; il n'ajiercoit autour de lui que des caractères tracés sur le mur par d'autres ^ictimes de la tyrannie : ce sont les dates de la mort, lescmprein tes du désespoir,les imprécations de la rage, les derniers mots de l'agonie.
Alamèdelit etfrissonne.... llsentses cheveux se dresser; et une sueur froide mouille son front. Que celte enceinte a vu de crimes ! qu'elle a ouï de gémissemcns ! Ses prédécesseurs y subirent toutes les horreurs