LIVRE -XII
» cités où je quittais le trône et les hommes » pour l'amour et la li])erté ? Dieu ! quels » momens ! quels souvenirs ! Et je me croyais » alors à plaindre !...
» — Bien que notre sort présent soit hor- )) rible, » interrompt le prince accablé, « il pourrait l'être plus encore. Nous som- )) mes captifs , mais non séparés ; nous » souffrons tous deux , mais ensemble.
)) — Alamède, est-ce par pitié qu'Amal- » rie nous a réunis !... Non, c'est une bar- )) barie de plus. Le monstre se connaît en )) tortures ; il a voulu que chacun de nous » ajoute à ses propres angoisses celles de y> l'objet adoré ; il a voulu doubler nos y) supplices : nous aurons deux fois à )) mourir. »
Elle dit. La prison n'était presque plus éclairée. Déjà les poignantes douleurs de la faim qu' Alamède dissimulait avaient décomposé ses traits; et un reste de jour douteux , projetant sur lui ses reflets , donnait à sa physionomie l'expression la plus sinistre.
Zénaïre, au contraire, brûlée par une
fièvre intérieure, n'avait jamais paru plus belle. Ses lèvres vermeilles, ses yeux brillans, ses joues vivement colorées, paraissaient défier la tombe ; et , telle que l'arcen-ciel radieux se dessinant sur la tempête, au sein des désolations elle s'offrait éblouissante.
Leurs regards fixent en silence la clarté qui fuit lentement le long des murailles funèbres..,, elle se perd.... elle disparaît.... Ils demeurent anéantis, comme si cette dernière lueur était leur dernière espérance ; et n'ayant plus ni la force ni la volonté de se mouvoir, ils restent sans voix , sans souvenir, sans idée, ainsi que deux pierres de plus parmi les pieiTCs du donjon.
En cet effroyable état de stupeur et d'anéantissement, ils ont laissé couler plusieurs
heures Un peu avant l'aube du jour, la
princesse a repris ses sens.
w — Alamède ! » s'est-elle écriée.
Ah ! malgré le supplice de la faim, il a sa première pensée : avant tout son cœur a
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parlé. Quelle est sa première demande ? JNoii pas la vie , mais Alamède.
« — Bientôt le jour va reparaître , m répond le prince avec effort, « et le jour de V la délivrance. »
La fille de Raymond tressaille. <( — Est- )) ce bien , » reprend-elle avec terreur, (C ton )) accent que je viens d'entendre ? D'où )) ^ ient qu'il m'a fait frémir ? Ta voix a pris )) un son étrange : tient -elle déjà de la )) tombe?.... Le jour de la délivrance, dis-
)) tu! Entends-tu par ces mots, la
» mort ?.... Approcbe, où est ta main ?
)) — Dans la tienne.
» — Qu'elle est froide.' jela sens à peine... )j Oh! presse-moi contre ton sein. »
Elle se traîne péniblement jusqu'à lui , et, s'appuyant sur sa poitrine, « — Je » suis mieux , » a-t-elle ajouté; « j'entends )) les battemens de ton cœur; avec eux je » reviens à la vie. »
)) — L'aube paraît, » dit Alamède, » enïi core quelques heures de couraj^^e , et nos )) maux seront terminés. Ce matin le fort )) sera pris, ce matin nous serons sauvés. » :^' Edit. Tome II. 21
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Elle sourit, mais quel sourire.' Pénible , patient et forcé , il peint mieux l'agonie de l'âme que ne le ferait la parole. Triste comme un reflet de lune sur un océan orageux , il est la lueur des désastres.
Le fils de Bozon se lève, et le retour de la lumière semble lui rendre sa vigueur ; il s'élance à la meurtrière : « — Les voilà ! )) l'assaut recommence. Les assaillans se )) précipitent à la poterne des fossés ; ils la » frappent à coups de hache....
» — Alamède! » interrompt la reine, (( j'entends une bruyante clameur... qu'an- » noncerait-elle?...
» — O bonheur ! un nouveau renfort de )) guerriers : ce sont les troupes de Ray-
>i mond C'est ton père, Alphonse est
)) vaincu.
» — Arbitre éternel ! Dieu puissant ! » s'écrie Zénaïre à genoux , « accorde la vic- )) toire A ses armes , jette un œil de pitié » sur nous!
)) — La poterne résiste encore.... Elle est )) donc de fer ou d'airain. Mais au nord de >) la citadelle une autre escalade est tentée. .