LIVRE XII
» Les assiégés font une sortie : quelle con- » fusion! quelle mêlée.'... »
En effet , le sire de Sabran , ses plus intrépides soldats , et son ami Giraud de Simiane, avaient fondu sur l'ennemi. La bataille la plus terrible se livre aux portes du castel. Amalric , enflammant les siens , se signale par sa vaillance, et tout recule devant lui.
Mais , forcé de céder au nombre , le chef, après de longs combats, rentre eu bon ordre dans la place, et s'y renferme de nouveau. Sa sortie a eu le succès qu'il en attendait ; son entreprise a réussi ; car tandis que les assiégeans, quittant les murailles crénelées, s'élançaient sur lui avec rage, ses preux restés sur les remparts, brisaient les échelles abandonnées ; et la prise du castel par escalade redevenait encore impossible.
Durant toute la journée , l'œil fixé sur le théâtre du carnage , l'élève d'Eral tour à tour avait espéré ou frémi. Une fois, à la porte du donjon, des émissaires d' Amalric étaient venus prêter l'oreille aux gémissemens des victimes , et s'assurer de leur tré-
pas.... Le soleil touche à l'horizon, les assaillans perdent courage, et le fort paraît imprenable.
Les souiTrances pliysiques d'AlamèJe étaient alors portées à leur comble; sa force morale seule le soutenait encore , et le dé- ])arrassant en quelque sorte de sa dépouille 'expirante , le rendait comme inaltentif aux frissons du corps défaillant.
Vers le soir sa voix s'affaiblit ; ses paroles s'entrecoupent ; son accent, lugul3re et confus , n'est presque plus un son humain -, et son œil , fixe , terrifié , a comme le regard du spectre.
Cependant il s'écrie soudain avec un reste d'énergie : ce — Zénaïre , nos preux triom- -») plient!.... A l'extrémité du fort ils ont » planté de nouvelles échelles ; ils mon-
» tent ils atteignent les créneaux ils
» sont maîtres d'une tourelle Quelle
» épouvante! quel massacre!.... »
La princesse ne répond point. Assise sur la paille au fond de la prison , la tête cachée entre ses genoux , elle est repliée sur elle-