‹ IpsiboéChapitre 264 sur 287 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

même; et frémissant sans remuer, elle n'a plus qu'un instinct de souffrances et de ferreur , qui place son être tout entier entre l'immoljilité et la convulsion : sa respiration , ]iour ainsi dire inanimée , n'est ni la mort ni l'existence.

<c — Oui , )) poursuit le prince d'un ton lent et sépulcral ; a oui, je le crois , ils sont

» vainqueurs Mais un voile couvre

)) mes veux; tout est indistinct.... tout se )) brouille... Chaque objet se perd à ma y) vue : que dis-je ! mon cerveau sans doute » est maintenant frappé de vertiges.... Je )) vois des fantômes, du sang, des glaives, » un écroulement et des flammes. »

Il se tourne vers Zénaïre.... Immobile comme l'urne des mausolées, hélas! elle n'entend plus la voix dont naguère le son chéri allait si rapidement à son cœur : elle est évanouie..., ou morte. Le prince pousse lui cri horrible , semblable à celui de la victime que vient de poignarder l'assassin, et se précipite vers elle....

(( — Zénaïre! ma Zénaïre !.,. »

Elle soulève sa tête mourante , et tressaille comme n'ayant plus conservé le souvenir de sa présence. Ses joues sont pourpres et ses lèvres blanches ; elle presse entre ses dents quelques anneaux de ses longs cheveux : le délire s'est emparé d'elle ; ses fibres sont brûlantes ; son œil , vif mais sans expression, est à la fois ardent et terne. Elle regarde son ami comme essayant de le reconnaître ; et le rire le plus affreux succède à ce lugubre examen.

D'un air cidrae et d'un ton glacial : « — 11 y> est tard, dit-elle, j'ai faim. ))

Puis cherchant à montrer du doigt un des coins obscurs du donjon : a — Oui, j'ai )) faim, donne-moi ces fruits. »

C'en est trop !... le prince succombe à ce complément des supplices. Chancelant, il tombe auprès d'elle ; et l'entourant encore de ses bras : « •— O ma bien-aimée ! . . . s'é- » crie-t-il, attends l... ne meurs point avant » moi ! »

Zénaïre, bien que privée de la raison, paraît sensible à ses caresses. « — Ami com-

Page 1