LIVRE XII
» pâtissant ! poursuit-elle, tu me consoles... y^ mais j'ai froid. Un peu de feu, je t'en » supplie. »
Puis, d'un accent bref et haché: <« — Bar- )) bare ! donne-moi ces fruits... De grâce ! » approche-moi de ce feu... Pour t'atten- » drir, faut-il pleurer?... Je ne puis, je » n'ai pas de larmes.
» — Dieu de justice et de bonté ! que t'a- )) vons-nous fait!... dit le prince. Peux- tu M laisser souffrir ainsi tes malheureuses
» créatures! n'est-ce point assez de tor-
)) tures!... par pitié! par pitié! la mort! »
En ce moment des cris lointains perçaient
les airs, et c'étaient ceux de la victoire
Mais les captifs n'entendent point ces annonces de délivrance... Des pas approchent du donjon. Un guichet pratiqué dans la fatale porte s'ouvre à la hâte; et Alamède, ô secours inespéré ! voit passer à travers l'étroite ouverture un panier renfermant des alimens et un vase contenant du vin.
Il s'empare de la corbeille ; et aussitôt la princesse dévore avec avidité la nourriture
qui lui est offerte. I.e prince, que la soif consume, a saisi le breuvai^e et boit. Déjà ses forces revenaient lorsqu'un papier jeté dans la corbeille, et qu'en sa précipitatioii il n'avait point remarqué avan.t de désaltérer ses lèvres desséchées, un papier écrit lui offre ces mots : « — Le fort est au nio- )) ment de se rendre, vous allez être déii- >) vrés....; mais gardez-vous de boire ce )) vin; les traîtres l'ont empoisonné. »
L'écriture était d'izorin : le prince se croyait sauvé, et la mort coule dans ses veines.
La reine est revenue à elle ; le calme rentre en ses organes; elle recouvre sa raison; et tendant une coupe à son ami, elle veut à son tour étanclier sa soif; mais Aiamède ne répond à sa demande que par un geste d'horreur : contre les murs il jette le vase et l'a brisé en mille pièces.
A cette violence inattendue qui semble un acte de démence, Zénaïre regarde le prince; les derniers rayons du jour éclairaient encore ses traits : elle recule épou-