LIVRE XII. 2/\g
vantée.... Tout ce que la terreur a de plus sini/ître, tout ce que la pensée a de plus délirant, tout ce que la souffrance a de plus aigu, tout ce que le désespoir a de plus déchirant j étaient empreints sur sou visage.
(( — Alamède ! pourquoi cette subite
y) horreur ? O ciel ! qu'as- tu ? qu'ép roi i-
)) ves-tu?
» — Rien! » reprend le prince égaré.
(( Je suis bien , très bien 5... je suis mieux, )>
Et sa main avec un mouvement convuisif, essuyait les gouttes glacées qui coulaient
de son front livide Puis , péniblement
il ajoute : « — Zénaïre , le fort est pris.
y) — D'où le sais-tu? Qui te l'a dit?
)) — IS 'importe ! Remercions le Seigneur. y> Tu vas être libre et sauvée.
)) — Je vais être libre et sauvée ! » répète la princesse éperdue. (C Que dis-tu ! )) qui? moi seule?.... et toi?.... ))
En prononçant ces paroles, elle aperçoit au milieu des débris du vase cassé le fatal papier d'Izorin. Elle s'élance, le ramasse.... et en a lu le contenu.
« — Cher Alamède! s'écrie-t-elle en des transes inexprimables , « as-tu touché à ce » breuvage?,..
» — Non, » répond-il, (c rassure-toi
» Déjà nos chevaliers vainqueurs...
)) — Et , sans toi , sans ton existence , que » m'importent nos chevaliers, le fort, la j) liberté, l'univers!.... As-tu touché à ce » breuvage?...
» — Ne t' alarme point, je suis bien. Je » puis me lever; et bientôt... »
La perfide boisson agit; sa voix meurt, et son sang s'arrête... Il veut se rapprocher de la meurtrière , vains efforts! ses membres s'engourdissent, ses lèvres se contractent, et son cœur a cessé de battre Il
tombe au pied de la muraille.
Zénaïre a saisi sa main. Cette main est déjà glacée comme le marbre des caveaux : « -—Il n'est plus !... » s'est-elle écriée.
Puis d'un son de voix déchirant: « — Non, » tu n'es pas mort, » reprend-elle. « Tu » n'as pu me quitter ainsi;... tu n'aurais pu » m'alDandonner avec cette froide barba- » rie... tu ne m'avais pas dit Adieu. »