LIVRE XII. 25t
Alors de bruyantes clameurs parviennent jusqu'à son oreille. On monte l'escalier de la tour. Seraient-ce des libérateurs , ou sont-ce de nouveaux bourreaux ? Elle entend prononcer son nom , et se détourne avec horreur de la porte qui se renverse sous la hache retentissante. Pour elle, il n'est plus d'espérance ; elle a l'afifreuse certitude qu'Alamède n'existe plus...
Elle arrête un instant ses yeux sur sa dépouille inanimée , sur ce lis flétri , dont les formes gracieuses et la beauté conservent encore leur éclat, même entre les bras de la mort... Ensuite de ses longs cheveux elle s'enveloppe le visage pour ne plus voir , ni être vue..... Et, de sa couche funéraire, s'adressant aux soldats armés qui s'ouvrent vers elle un passage, elle exhale ces derniers mots :
ce — Inconnus ! qui que vous soyez , vous yy êtes inutiles en ces lieux. Si vous arrivez » en sauveurs, je n'ai plus besoin de se- » cours; si vous êtes des assassins, j'ai reçu » le coup de la mort. »
202 IPSIEOÉ.
Cependant, à la fin du jour, ainsi qu'Alamède l'avait vu , une des toiu's de la citadelle avait été prise d'assaut; mais Araalric aussitôt y avait fait mettre le feu; avait foit couper la galerie crénelée qui de la tour menait au fort; et les écroulcmens et les flammes que l'élève d'Eral avait pris pour des vertiges de son cerveau n'étaient rien moins qu'illusions.
Sur un l)âtiment isolé , au milieu d'un embrasement, les guerriers vainqueurs vont
LlATiE XII. 253
périr, lorsqu'un incident imprévu assure le triomphe à leurs armes. Tandis que tous les preux d'Amalric combattaient au nord de la place, un des serviteurs du manoir ( et c'était sans doute Izorin ) ouvrait au midi la poterne à une poignée d'assaillans.
Bientôt par ce passage secret Pvaymond et ses braves cohortes s'introduisent dans le castel. Ils délivrent leurs devanciers ; la victoire suit leurs bannières. Les sires de Sabran et de Simiane périssent de la main du monarque ; la citadelle enfin est soumise; et, selon l'usage des héros en pareille circonstance, la garnison entière, généreuse-r ment sauvée de la honte , est passée au fil de l'épée (i).
A peine débarqué à Marseille , le roi Piaymond s'était porté vers Aix à marches
(i) Raymond Bérenger finit par triompher des comtes de Toulouse et de Forcalquier. Il rétablit la paix en Provence. Voyez Hist. de Provence de Papou.
forcées. De toutes parts le long de la route , des milices volontaires étaient venues se ranger sous ses étendards : les partisans de Zénaïre avaient volé à sa rencontre ; et son armée, grossie à chaque pas, était arrivée formidable sous les murs de la capitale. Là , en une bataille rangée, dans l'espace de quelques heures, Alphonse, complètement défait, avait perdu son nouveau trône, et vers ses états avait fui. Tandis que plusieurs légions poursuivaient ce chef détesté, le roi Raymond accourait au castel perfide , où déjà, par le bruit public, il savait sa fille captive.
Les ombres de la nuit couvraient la forteresse de Sabran. Raymond , vainqueur, a fait chercher de tous côtés son auguste fille : inutiles perquisitions!.. Les prisons et les souterrains, tout est vide, tout est désert : aucun prisonnier au castel ; et nul renseignement ne peut être donné par les défenseurs d'Amalric , qui tous ont péri dans l'assaut :