LIVRE U
L'avis d'izorin est adopté. Vers la fin du jour, Béatrix étant revenue près d'Alamède, toute l'éloquence du captif est mise en œuvre pour l'attendrir ; et vivement attachée à son élève, la sommelière peu à peu se laisse ébranler et convaincre.
(( — Mais, dit-elle prête à céder, pour- » quoi vouloir absolument vous rendre au- » près d'Ipsiboé ?
y) — N'est-ce point elle, répond l'orphe- » lin, qui me reçut à l'entrée de la vie? » Si j'ai été élevé au castel d'Aiguemar, et » soigné dès le berceau par ma bonne » Béatrix, ne lui dois-je pas ce bonheur ? )) Oublier de pareils bienfaits serait man- » quer aux plus saints devoirs; et si je n'é- » tais qu\in ingrat, mériterais-je vos affec- » tions ? ... »
En prononçant ce# derniers mots , sa lèvre à demi relevée donnait à son visage une expression de tendresse plaisante et de malice aôectueuse qu'heureusement la sommelière ne remarqua point. « — Partons , » dit-elle en soupirant ; puissiez-vous ne
)) point vous repentir de votre nocturne )) entre\ ue avec la dame du marais ! »
Alamède s'est revêtu des habits d'Izorin. 11 descend l'escalier de la tour et suit la vieille Béatrix. Le marquis Eral étant malade , le service du fort était négligé. Ici , les postes étaient déserts; là, le factionnaire dormait ; partout les clefs étaient aux portes: le jouvencel baisse lui-même le pont-levis, et avec la rapidité de l'oiseau s'éloigne de la citadelle.
(Jutre son attachement pour la dame de Saiut-Chrisogone, un motif puissant l'attirait vers elle. Ipsiboé savait le secret de sa naissance , et lui avait promis de le lui révéler lorsqu'il aurait atteint sa vnigtième année. Cette époque était arrivée , et l'or- ])helin brûlait d'a]]^rendre enfin a quelle famille il appartenait.
11 a descendu la montagne au sommet de laquelle s'élevaient les tours d'Aiguemar. Le ciel était étoile ; mais des nuages épars le traversaient rapidement; et un vent d'ouest soufflant avec force, tantôt éclair-