‹ IpsiboéChapitre 31 sur 287 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

nue trop nombreuse, s'était dispersée : il n'était plus resté au marais qu'une seule famille, puis qu'une seule personne nommée Ariparia. Cette dernière bohémienne, d'une figure hideuse, avait alors tellement épouvanté la contrée par ses sortilèges, que la vallée de Saint-Chrisogone était devenue une sorte d'Averne dont les villageois d'Aiguemar fuyaient l'approche avec horreur.

Déjà même une partie du hameau voisin avait été abandonnée lorsque Ariparia disparut. Les uns prétendirent que l'enfer avait englouti sa proie; d'autres, qu'elle résidait encore à Saint-Chrisogone, mais sous une forme invisible. Un seul habitant du canton soutint qu'un jour d'orage elle était tombée dans un des étangs du marais , et y avait perdu la vie.

Environ dix ans après cet événement, une inconnue vint s'installer au bâtiment des Egyptiens : c'était Ipsiboé. Aussitôt dans le pays la frayeur passée se réveilla. Vainement l'étrangère ne répandit que des bienfaits autour d'elle, sa physionomie extraordinaire , sa vie mystérieuse et ca-

chée, ses costumes extravagans, son langage déclamatoire, ses extases religieuses, ses expériences chimiques, tout en elle parut suspect.

Cependant humaine et sensible, elle était pieuse Jusqu'au fanatisme, et haïssait la sorcellerie. Elle parvint, avec le temps, à se faire aimer du vulgaire; mais, malgré sa bonté connue , elle en était toujours redoutée.

Alamède est à peu de distance de la maison aux prestiges. Un murmure confus 4e voix a frappé son oreille. Il se croyait en une solitude sauvage dont nul autre qu'Ipsiboé n'osait foiiler le sol fétide. Quelle est son extrême surprise au tableau qui s'offre à sa vue !

La grille du magique édifice ouvre ses deux battans de fer; et plusieurs hommes armés de glaives, vêtus de brun et masqués, se rangent en haie le long des murs extérieurs. Us portent en leurs mains de longues torches dont la flamme presque violette, obscurcie par une épaisse fumée ,

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