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)) disjoindre, qu'un seul parti puissant à » combattre.
» — Mais il nous manque un chef, un » Bozon. Que le vrai monarque se montre.
w — Je le répète, il va paraître. Mais le » suprême conseil des sages (i)a-t-il écrit » sa grande charte ?
» — Oui, le pacte fondamental est presque » entièrement rédigé.
» — Que le nouveau règne, s'écrie la )> dame de Saint-Chrisogone avec un noble » enthousiasme, soit enfin celui de la jus- » tice ! Que l'homme ne soit plus l'esclave » de l'homme ! Que la dignité humaine ne » soit plus avilie par les autorités absolues! y> Que la table sacrée des lois, comme l'astre » de la lumière , soit commune à tous les » mortels! Qu'un peuple ne soit plus un » troupeau dont le chef, semblable au bou- » cher , vende , à son gré, la chair ou le sang! ». Que le premier des privilèges soit le talent ! y> Que la première des noblesses soit la vertu !
(i) C'était le surnom donné au chef de l'ordre.
y> Que le fardeau des charges publiques pèse » sans distinction sur tous les sujets du » royaume! et que le sceptre souverain , s'in- » clinant avec un saint respect devant le j) tabernacle des lois , ne puisse plus jamais » devenir dans la main d'aucun potentat la » verge de la tyrannie ! »
Elle dit : la majesté de son maintien , le feu de son regard , la magie entraînante de ses paroles , et la sublimité de ses désirs , frappent d'une admiration inconnue le jeune orphelin d'Aiguemar. Le rire moqueur , que l'instant d'auparavant il avait eu peine à l'etenir, a fait place sur son visage à une gravité réfléchie. Ipsiboé, génie magnanime, a changé tout à coup d'aspect à ses yeux; et c'est maintenant la vénération plutôt que la curiosité, qui l'enchaîne à sa place et qui l'y relient immobile.
Le grand-maître n'a répondu à la dame de Saint-Chrisogonequ'enbaisant humblement sa main. Ils se sont éloignés peu à peu, et la garde a suivi leurs pas. Déjà l'élève d'Eral n'aperçoit plus qu'à peine les guerriers sous l'épais brouillard que parcourent en sens
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divers leurs torches flamboyantes; il quitte alors le buisson qui l'avait caché, et se rapproche de l'habitation d'Ipsiboé, qu'un flambeau résineux , placé contre la muraille , éclairait seul et faiblement. Alors des pas pressés de chevaux retentissent au loin sur la plage. Le duc et sa nombreuse escorte seront bientôt hors du marais.
Alamède, craignant que sa protectrice n'ait suivi l'illustre étranger , s'arrête , inquiet et rêveur, auprès de la grille de fer : il n'ose pénétrer indiscrètement dan^ la mystérieuse demeure, et se contente d'y jeter un. regard furtif
A la pâle lueur d'une lampe de bronze suspendue à l'un des piliers intérieurs, il aperçoit au milieu d'une salle ronde , à murailles nues et verdâtres , une table en pierre noire et luisante ^ environnée de plusieurs sièges. Sur cette table s'élève une statue représentant Madelène repentante ; et autour de l'image chrétienne sont placés , sans ordre apparent , un globe céleste , un triangle, ime cassolette antique, une crosse d'évèque, un miroir symbolique, un ser-
pent d'airain, an arbre artificiel , une châsse enfermant des reliques, un cylindre, un buste royal , une coupe , un diadème , une bible, une hache, et un crucifix.
L'enceinte, dépourvue de fenêtres et sans cheminée, est non moins froide qu'une caverne 5 l'eau y suinte le long des murs, et le plancher en est humide. Le jouvencel a distingué dans l'éloignement, à droite de la grande table , des lances et un faisceau d'armes; à gauche, une trappe levée ouvrant sur les marches d'un souterrain ; et vis-à-vis l'entrée un long rideau noir cachant quelque objet mystérieux.
La lampe funèbre vacille, et sa clarté s'éteint par degrés. Meubles, instrumens et tenture , tout se brouille et se perd dans l'ombre. . . Mais l'esprit frappé d'Alamède, perçant à travers les ténèbres, y crée des images nouvelles ; il lui semble que le rideau noir soulève ses draperies menaçantes ; il croit voir errer sous ses plis des formes vagues et tronquées; un poignard à lame sanglante s'est comme réfléchi sur le mur ; il croit entendre un sourd murmure, . . .;