‹ IpsiboéChapitre 39 sur 287 · LIVRE II. 'jS · texte numérisé non relu

LIVRE II. 'jS

Effrayé à l'aspect d'Alamède, le faucon, jetant un cri sauvage , s'envole en secouant ses sonnettes; mais par malheur ses serres, prises dans le châle de sa maîtresse , enlèvent aussi un coin flottant du voile qui couvrait ses épaules. Tandis qu'Ipsiboé retient par l'autre bout la draperie qu'emporte le noble oiseau, un membre captif de la famille écureuille est parvenu à s'échapper ; mais s'étant jeté maladroitement dans le fatal paquet de filasse, il s'y prend comme en un lacet , et reste pendu par la patte au trop perfide peloton. Pendant ce temps l'indomptable chèvre, épouvantée par les cris et les clochettes du faucon, traversait d'une de ses cornes la robe de sa conductrice, et, empêtrée dans sa longue queue, bondissait sur un sol glissant. Hélas ! l'indigne affront d'une chute menaçait à chaque secousse la chancelante souveraine de cette peuplade insurgée.

A cette scène inattendue , toutes les noires pensées d'Alamède se sont évanouies; et la gaîté rentre en son âme. La dame de Saint-Chrisogone vient d'aperce-

voir l'orphelin. En sa joie inexprimable, elle abandonne aussitôt sa laisse à la chèvre, son châle au faucon et sa filasse aux écureuils. Chacun des animaux prisonniers s'élance libre et au hasard : Ipsiboé dans un désordre complet ne s'occupe ni d'eux ni d'elle; ses bras s'ouvrent pour Alamède.

Après le départ du templier et de sa suite , oubliant pour un moment ses vastes plans politiques et religieux, elle s'était rendue à un petit bâtiment voisin dena. demeure, où vivaient ses animaux favoris; et, revenue à des soins plus doux , elle s'offrait maintenant à l'élève d'Éral non comme le fanatique chef d'une société ténébreuse 1, mais comme la simple habitante d'une métairie solitaire.

c( — Alamède ! cher Alamède ! s'écriey) t-elle en un vif transport , enfin je te re- » vois et t'embrasse ! »

Touché de cet accueil vraiment maternel, l'orphelin la presse contre son cœur, et lui exprime non moins vivement son dévouement et sa tendresse. Au bout de quelques inslans , Ipsiboé se dégage d'entre

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