‹ IpsiboéChapitre 47 sur 287 · LIVRE H · texte numérisé non relu

LIVRE H

» poursuivre l'alléluia personnifié, tour- » nanl et courant devant eux sous la forme » d'une toupie (i). Et la France vit un » concile soutenir qu'ici-bas les femmes )) n'étaient point de l'espèce humaine (2)... )) Lois absurdes, chaînes honteuses, soyez » anéanties pour jamais! Voiles de l'igno- » rance, tombez!.... Et vous, liberté sainte M et sublime ! aurore régénératrice ! rayon )) des vérités éternelles! apparaissez à l'u-

» nivers ! Le\,ez-vous, nations tom-

» bées!.... Salut à la terre afifrancliie! ))

Elle dit; et sa voix inspirée retentit au loin sur la plage, telle qu'une prophétie di-

(1) Chaque église avait alors sa coutume aljsurde. Je m'alDstienclrai d'entrer dans les détails. Quant à la toupie portant le nom à\tlléluiaj voyez, à cet égard, Duradier, Récréât, hisi.j t. I, p. 122. — L'abbé Le Bœuf. — Archives de Vévêché dP Arles ^ etc.

(2) Ce fut le concile de Mâcon, en 585. Voyez Gregor. turon., Hisf.jl. VIII. — Poligonia triuin^ pluitrix., p. 123. — Saint-Fois. , Essais sur Paris ^ t. II , p. 79. — Abbé Millot , Elém. de V histoire de France j tome L

vine. Eu achevant son discours , elle s'était leve'e. Son visage , tourné du côté de l'orient et sur lequel tombait alors un rayon de l'astre des nuits, resplendissait d'une clarté mystérieuse. L'orphelin saisi de respect, l'œil fasciné,l'âmeravie,se croit dans milieu consacré, devant une puissance céleste; et prêt à fléchir le genou , il la contemple avec enthousiasme.

« — Alamède, continue-t-elle , si la moy) narcliie légitime est relevée par nos efforts, » plusieurs pouvoirs en équihbre, établis » par un pacte auguste, la raffermiront sur )) sesbases, et, détendant les droits du prince, )) soutiendront aussi ceux du peuple. ^Ifcl est y) l'espoir, tel est le but du grand ordre des y") invisibles. Déjà cette noble réunion de » tous les esprits vertueux et indépendans » du royaume est immense comme ses vues, y> affermie comme ses principes. C'est une )) nouvelle colonne qui s'élève lentement et » en secret, mais sur laquelle s'appuieront )) désormais les mortels qui savent penser et )) les mortels qui veulent croire. C'est un » arbre sacré que rien ne déracinera, don-l

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y) les rameaux un jour couvriront peut-être » l'Europe, et sous lequel courront les » peuples. Les membres de ce corps nais- » sant, déjà, sans se montrer, sont partout j » sans paraître agir, ils travaillent • sachant )) tout, ils n'énoncent rien. Ils voient tout » et ne sont pas vus. »

La dame de Saint-Chrisogone s'interrompt subitement.... La lune s'est cachée sous les nues, etla torche résineuse est prête à s'éteindre : (c — J'en ai dit assez , reprendy) elle; page du marquis d'Aiguemar! jure » de ne jamais révéler les paroles sorties de y> mes lèvres.

» —Je le jure, dit Alamède.

» — Brume orageuse!... » poursuit-elle avec véhémence et comme ayant le droit décommander aux élémens, « onde glacée!

» cyprès antiques! et vous, désert sauvage, .» silence! »

Puis se tournant vers l'orphelin :

» — A regret je te quitte, adieu ! )> L'expression de sa figure n'est plus la même : sur ses traits , par une brusque •transition , leplus profondcalme succède aux

plus impétueux transports. Avec abandon et simplesse elle lui a tendu la main : f< — Eloigne- toi, l'aube va paraître... Puis- >y sent mes vœux être exaucés! Puissent » bientôt tous les humains se présenter )) ainsi une main fraternelle ! Puissé-je voir » unies et d'accord les trois puissances di- » visées qui se combattent sur ce globe, les » rois, les prêtres et les peuples! »

Le vif et léger Alamède n'a pu s'empêcher de sourire. 11 s'est rappelé le désir qu'avait aussi Ipsiboé, l'heure d'auparavant, de grouper ensemble autour d'elle , de voir marcher d'un bon accord, et de faire fraterniser... une clièvre, im faucon, et des écureuils , êtres non moins difliciles à mettre en harmonie que villageois, prêtres et princes.

En ce moment une horloge souterraine a fait entendre un son prolongé : « — Trois » lieures sonnent ! s'écrie la dame de Saint- » Chrisogone; hélas! l'heure comptée est » perdue... Je suis appelée, je te laisse, >»

Et dans sa précipitation, voulant s'envelopper de son châle, elle le jette sur le

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