LIVRE m
Je gymnase féodal où le jouvencel tant de fois, guidant ses compagnons croisés, i^rit d'assaut un tertre figurant Antiochej traversa, vainqueur, un ruisseau qu'il nommait le Jourdain; s'élança, le glaive à la main , sur un monceau de ramées qui représentait Jérusalem, et s'agenouilla humblement devant quelques pierres qui lui semblaient le saint Sépulcre.... (i). Alamède, en soupirant, détourne la tête.... Eh quoi! pas encore vingt ans, et déjà d'amers souvenirs!... Hélas! les jeux de sa belliqueuse enfance, essais de vaillance et de gloire, se repeignent à sa pensée comme un lointain d'enchantemens. Telles sont les illusions humaines : les plaisirs , quand nous les goûtons, sont à peine des jouissances ^ quand ils ont fui, quand vaguement le souvenir
(1) Alors c'étaient là les jeux et exercices de presque tous les jeunes gens destinés à être un jour chevaliers. ( p^oyezle P. Le Moine, Poème de Saint- Louis ,1^1. — La Curne Sainte-Palaye , Mémoires SU}- l'ancienne chevalerie ^ t. L )
îoS IPSIBOÉ.
nous les rappelle, il nous semble que ces joies passées étaient de célestes délices.
Mais une idée mélancolique n'accable pas long-temps Alamède. Sa riante imagination a bientôt chassé la tristesse j il s'affranchit des souvenirs, fuit rapidement la vallée, et bientôt est près d'Izorin.
Le pâtre , en revoyant son maître , se réjouit et se lamente. Alamède est auprès de
luij mais Alamède a tout perdu En sa
douleur et à l'instar de Béatrix , il a maudit Ipsiboé. Sans elle , l'orphelin d' Aiguemar serait, en ce moment, au castel, le suzerain de la contrée.
Les sentimens d'Izorin pour elle ont changé. Tel qu'un publiciste moderne , à son langage tout à coup il a fait faire la bascule 3 et oubliant qu'il fut naguère un des plus dévoués partisans de la dame de Saint-Ghrisogone,il s'écrie, montrant le marais : (c — Elle » nous a précipités dans une nuit d'afflic- » tions, et la voilà calme et paisible, entourée » de ses réverbères , qui d'un jus cherche à » faire une pierre, et d'un métal un élixir ! .. . . » Regardez ! ses fourneaux s'allument, »