LIVRE lîl
s\ïr leurs grands scapiilaires ; leur psalmodie est vague et confuse. Appuyés sur de longues piques , ils marchent à pas mesurés. Ce sont , à n'en pouvoir douter, des sorciers ou des capucins.
De nombreux chevaliers les suivent. Pardessus leurs corselets , et à la manière des anciens Normands, ils portent une chemise de mailles ; un rameau d'olivier béni surmonte leur casque d'acier j et une gaze de couleur sombre tombant de leur visière levée dérobe leurs traits à la vue.
Cette étrange procession défile avec le plus grand ordre ; Alamède, caché par des joncs marins , n'en a point été remarqué. La porte du mur est restée ouverte; il voit une salle voûtée que d'énormes torches éclairent. Les guerriers et les moines l'ont franchie rapidement; se sont emparés, en passant, d'une partie des flambeaux; foulent déjà d'autres enceintes; et l'orphelin les perd de vue. Au bruit éloigné de leurs pas , il Ijuge de la vaste étendue de ces communications souterraines.
Le jouvencel n'entend plus rien. Pâle et
cbancelant , il se lève : il souHVe encore, mais ses forces reviennent; ses contusions iont peu dangereuses ; et , la ploie ayant redoublé , il ose chercher un abri sous la voûte mystérieuse.
Il entre... : la première salle est déserte. Çà et là brûlent des flambeaux ; l'audacieux en saisit un et poursuit sa marche plus loin. 11 suit un étroit corridor, parcourt plusieurs pièces profondes , et se trouve en un grand caveau entièrement tendu de noir. Des boucliers , des lances , des glaives , y sont confusément amassés comme au magasin d'armes d'un fort. Au milieu s'élève une colonne torse,* chargée d'ornemens symboliques, de figures égyptiennes et d'hiéroglyphes inconnus. Au fond , un manteau écarlate semble recouvrir un cercueil ; et à l'entour, dans des réchauds , brûlent des plantes aromatiques.
Deuxtablcaux parent cette enceinte. L'un représente un chef guerrier au fond d'une chapelle antique ; ses traits peignent le désespoir; un sceptre à ses pieds est brisé; des prêtres j arrachant son armure, le revêtis-