LIVRE III. l
» — Je sais instruite, répond l'extraor- » dinaire femme, des évènemens que tu )) nommes des infortunes. Le marquis d'Ai- )) guemar n'est plus , Simiane est son hé-
» ritier
)) — Et l'orphelin est sans asile, » ajoute l'élève d'Eral.
« — Et ta grande carrière s'ouvre , » dit la dame mystérieuse.
(( — Mes jours paisibles sont passés.
y) — Tes liantes destinées s'avancent.
)) — Mes hautes destinées ! répète Ala-
» mède avec impatience; vous vous jouez
)) de ma misère. Pardon si j'ose vous parler
)) avec cette franchise; mais je suis las des
» métaphores, des problèmes et des pro-
j) phéties. Votre attente et vos espérances
*:» ne me semblent qu'illusions , mes mal-
» heurs sont réalités. Je ne suis point d'un
» sang illustre
^) — Tu ne l'es point ! Qui te Ta dit ? » — Vous-même. Et voici vos paroles :
» Ton dernier aïeul fut un serf.
y> — Je n'ai dit que la vérité.
j) — Or donc, ma naissance est com- » mune ?
)) — Non. Tu sors d'une no}3le race.
)) -^^ Quel langage contradictoire !
)) — Je ne dis que la vérité.
)) Alamède, poursuit - elle avec une » anxiété croissante, la mort ici plane sur )) toi. Quitte ces périlleuses voûtes; sous » huit jours je te reverrai.
)) — ^ Sous huit jours ! — Et comment?
■» Et où? Je serai peut-être hors du
» royaume.
)) — Hors du royaume! Quels pro-
» jets....?
)) — Dois-je séjourner plus long-temps » sur les terres d'un ennemi? Giraud et » ses farouches soldats peuvent m'arrèter -» à toute heure. Mon parti est pris. Simple )) troubadour, je pars demain. Je n'ai d'au- » 1res trésors que ma lyre, et d'autre ap- » pui que mon courage ; mais si la poésie » et les chants ont quelque empire sur les » hommes, je n'ai rien à craindre du sort.
» — Troubadour! répète Ipsiboé avec
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"» dédain. Brillante carrière à choisir, que » celle d'un ménétrier ambulant!.... Etre )) déraisonnable! il s'agit bien pour toi en » ce moment de vers, de musique et de y) lyre!.... »
Mais au loin le bruit redoublait; des voix confuses se répondent.
« — De grâce ! ô mon fils ! reprend-elle , )) retire-toi , je t'en conjure !
» — Non , dit l'orphelin d'un ton ferme , )) dussé-je périr, je reste..., à moins que, » rompant le silence, vous ne m'appreniez )) enfin qui je suis.
)) — Demain tu sauras tout , je le >) jure.
» — Demain je pars pour Monterolles.
» — Eh bien! à l'aurore nouvelle, tu » me trouveras sur ta route aux ruines de )) 3Iarius.
y> — Et là, plus de secrets! nuls dé- )) tours!.... Là, le voile
)) — Sera levé. Mais obéis d'abord à ta » mère! Fuis! »
Elle a saisi sa main et l'entraîne ; le jouvencel ne résiste plus. Passant devant le
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tableau de Zénaïre : c(^— Que cette reine est )) belle !. dit-il , que cette image est ravis- » santé?
w — ■ Ah! lui répond Ipsiboé, n'y arrête )) point tes regards- cette usurpatrice du » trône, femme aussi perfide que belle , est )) la fille du roi Raymond. Haine à cette » race étrangère!.... Toi, plus encore que )) personne , maudis cette famille ennemie ! » Raymond fut l'assassin de ton père, et le » sang appelle le sang.
)) — Toujours des révélations ténébreu- )) ses! reprend l'orphelin d'Aiguemar, tou- )) jours de sinistres annonces ! JBt le sang >' appelle le sang ! Quoi ! voilà les saintes 5) maximes des grands réformateurs du » genre humain! Ainsi donc les invisibles , » appelés, disent- ils, à affranchir les na- )) lions , et marchant l'Evangile à la main , )) ne parlent que de sang et de haine, à )) l'exemple des autres siècles! Ainsi cet » ordre pieux , qui veut établir sur la terre » la vraie église apostolique, commence par » prêcher la vengeance!.... »
Ipsiboé se tourne vers lui. Son regard