LIVRE III
les parois de l'obscur passage. Là était amassée une grande quantité de soufre, de salpêtre, de résine et de matières bitumineuses. Le feu prend à ces substances combustibles, dont plusieurs étaient comprimées. Une forte détonation a lieu. Ipsiboé jette un cri perçant; les gazes qui flottent autour d'elle se sont enflammées 3 elle fuit, entourée de banderoles de feu , vers l'enceinte tendue de noir, et va y tomber hors d'elle-même au milieu d'un groupe de moines dont se remplissaient les^caveaux.
Alamède aussi prend la fuite , mais par une route opposée : refermant après lui sur les invisibles une des portes du passage , il en tire les longs verrous- et aveuglé par la fumée, noirci par le feu, assourdi par les détonations, il parvient à la salle d'entrée. Hélas! un rapide courant d'air vient de pousser la porte extérieure, dont la serrure est à secret. L'orphelin ne saurait l'ouvrir , et toute issue lui est fermée.
Une hache s'offre à sa vue, il s'en empare, et frappant l'épais bois de chêne qui lui barre le passage, il a fait retentir les
l4o ÎPSIBOÉ.
airs du plus effroyable fracas. Prêtres et soldats sont à sa poursuite , et clierclient à briser de leur côté la porte verrouillée qui les sépare de lui. Les cris de la dame d\x marais ont attiré aux souterrains toute la société secrète. Partout frappe la hache et résonne le marteau. L'écho des sombres cavités en multiplie les sons tonnaus. A ces éclats se mêlent les clameurs des religieux et les menaces des chevaliers. C'est la rumeur étourdissante d'une place prise d'assaut; et le jouvencel d'Aiguemar, en ce désordre impossible à peindre, frappant l'obstacle qui l'arrête , et non moins bruyant qu'un cyclope battant l'enclume d'une forge, à chaque coup violent se répète : (( — Je saurai me glisser sans bruit le long 3) de ces voûtes bleuâtres; le ver qui file » dans les sépulcres sera moins silencieux y) que moi. »
La porte enfin tombe enfoncée : Alamède est hors des caveaux. Aussitôt, léger en sa course, il franchit les décombres sous lesquels il avait précédemment roulé; il snute les ravins, passe à la nage les ca-