‹ IpsiboéChapitre 69 sur 287 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

<( — En quel état vous revois-je , seigneur » Alamède ! s'écrie Izorin en apercevant » son maître. Qu'a fait de vous Ipsiboé ?

«•—Demande-moi plutôt ce que j'ai fait » d'elle , répond l'orphelin en riant.

y> — Vos vêtemens sont tout trempés.

M — Ceux d'Ipsiboé sont brûlés.

)) — Du sang! Vous seriez-vous battu?

)) — J'ai frappé vigoureusement.

)) — Et quels ennemis?

)) — Une porte.

» — Seraient-ce là tous vos exploits?

» — J'ai de plus enfumé des voûtes, ei- » frayé des moines, allumé du soufre , écouté » des psaumes, vu des portraits , lancé des :» tonnerres, lu des devises, admiré des )) fourrures , suivi une procession , et flambé » des gazes.

» — • Voilà une matinée bien remplie ; » mais, seigneur , je n'y comprends rien.

y) — Cher Izorin, ni moi non plus. Et » qu'as-tu fait en mon absence?

)) — Votre mandore est là , j'ai chanté.

y) — En ce cas, nous avons aujourd'hui }) changé de rôles. Izorin a fait le trouba- )) dour , Alamède a fait le jongleur.

» — Mais, expliquez-moi

)) — Impossible.

)) — Avez-vous vu Ipsiboé? Etait-elle eu y) sa solitude?

)) — En sa solitude! non, certes. Elle te- » nait cour pléniëre.

)) — Et comment?

y> — En grande tenue.

)) — Mais seigneur , où donc ?

» — Dans sa cave.

» — Ses conseils?.,..

)) — Je les ai reçus.

)) — Ses consolations?...

y> — Sont données.

» — Son accueil?..,.

» — Je l'ai trouvé froid-

)) — Et ses adieux?....

l^^ IPSIBOÉ.

y) — Etaient brûlans. »

Izorin, dont chacune des questions a été interrompue, ne partage point l'hilarité de son maître 5 il fronce le sourcil et se tait. Alamède se dépouille de ses vêtemens , en change une partie, sèche l'autre , et renoue ainsi l'entretien :

(C — Demain , à l'aurore naissante , nous )) partirons pour MonteroUes , et visiterons, >) sur la route, les ruines de Marins.

)) — Les ruines de Mariusl C'est un )) repaire de brigands....

» — Une noble dame m'y attend, dit )) mystérieusement l'orphelin 5 un rendez- )) vous m'y est donné. »

Trompé par l'air malin d' Alamède , Izorin , en cette entrevue , croit voir une aventure amoureuse : il sourit d'abord, puis troublé :

« — Mais pourquoi choisir de tels lieux » pour une tendre conférence? Quoi! de'^

» ruines

» — Dès ruines! » reprend le jouvencel avec feu et d'un ton qui exprimait, au choix de l'auditeur, ou l'enthousiasme ou l'ironie.

Page 1