‹ IpsiboéChapitre 78 sur 287 · LIVRE ÎV, l · texte numérisé non relu

LIVRE ÎV, l

» garde ces plaines à travers ce large cré- » neau ! Là, jadis des mêmes soldats qui » venaient de repousser cent raille hommes, » six cents femmes ont triomphé. De tout » temps les grandes leçons de courage » ont été données par des femmes. Chez » l'homme, le sublime est appris • mais chez » la femme il est inné. L'homme est ver- )) tueux par devoir, la femme l'est par sen- » timent. 11 est courageux par principes ; » elle, par inspiration. »

L'orphelin l'écoute et l'admire. L'éloquence d'Ipsiboé, ses connaissances étendues, ses principes nobles et purs , sa fores d'âme et sa piété, portent le sceau de la sagesse, et semblent en elle, par leur contraste même avec ses habitudes bizarres et ses manières déraisonnables , ressortir plus merveilleux encore.

Par une porte basse et latérale , ils entrent dans l'église en ruine : rien d'alarmant ne s'offre à leur vue ; et nul obstacle n'arrête leur marche , hors les démolitions entassées. Un rayon de l'astre du jour tombait alors d'aplomb sur l'autel. « —Grand

l(^ IPSIBOÉ.

y> Dieu ! dit Ipsiboé en uce agitation ex- » tiême, le soleil est presque au zénith, et » je suis encore sur ces plages !... Ai-je pu

» m'oublier ainsi ! Quels précieux mo-

» mens j'ai perdus ! ))

Et la dame aux vastes travaux s'élance à pas précipités vers le portique; plusieurs statues récemment mutilées et renversées dans la poussière , y ont encombré le passage.

ce — Les manichéens sont ici , s'écrie- » t-elle; ce sont eux qu'lzorin a vus. Hier , » ces images sacrées étaient encore debout... » Les barbares sont re\ enus. Infâmes sec- » tateurs de Bruys (i)! quoi î les chrétiens

(i) Les manictéens furent les premiers fondateurs de la secte des AJJjigeois. Ils ne voulaient point de culte extérieur , point de messe, point d'église , point de prêtres, point de sacremens. Ils rejetaient xine partie de l'Ecritui'e-Sainte, le baptême et surtout l'eucharistie. Ils soutenaient qu'au lieu d'honorer les images saintes et la croix, il fallait les briser et les fouler aux pieds. Leurs chefs étaient éloquens et braves. —Voyez ^ie de saint Bernard ^ liv. III , c. VI. — Papou et Bouche, Hist de Prov.

Page 1