LIVRE IV
» VOUS laissent vivre! Dieu du ciel, où
)) donc est ta foudre !
M — Silence î Ils peuvent vous onten- » dre.'... )) dit le villageois effrayé.
« — Eh ! peu m'importe qu'ils m'enten- » dent!... reprend-elle élevant la voix. Pai- 0 tout, quelque puissant qu'il soit, je ton- ') nerai contre l'impie. Tremblez , lâches I) profanateurs ! les gouffres où tombèrent I) jadis Coré , Dathan et Abiron, peuvent •) s'ouvrir encoreà vospieds. L'abîme attend » le sacrilège , la terre veut être épurée. »
Une sourde et longue rumeur succède i la terrible apostrophe. Un rassemblenient l'hommes armés s'agite tumultueusement le l'autre côté des ruines.
« — Vous nous avez perdus, dit le pâtre ; ') ils sont là, ils vous écoutaient j ils ap- ■} prochent...
» — Je les attends , répond la pèlerine ) intrépide. Je leur dirai à tous ce qu'ils ) sont; et j'ai leur fin à leur prédire. Bruys ) lui-même...
» — Le voici ! » s'écrie une voix de tonlerre à l'extrémité de l'église.
l68 IPSIBOÉ.
Et se levant du milieu des décombres, une sorte de géant armé s'avance le fer à la main. Ses traits sont féroces et basanés. Les bandits marchant à sa suite , portent des poignards et des haches. Ils n'attendent qu'un mot de lui pour fondre sur Ip- .siboé.
A l'aspect redoutable du fameux Pierre de Bruys, la dame de Saint-Chrisogone n'a ni frémi ni reculé. Calme , elle prononce ces mots : « — Te voilà donc, monstre cé- » lèbre, toi que les enfers ont doué de l'é- )) loquence du génie et de la valeur des » héros ! je n'ignore aucun de tes crimes. )) Approche, chef de réprouvés! bien que » tu me sois odieux , depuis long-temps , » je l'avouerai, je désirais te voir et t'en- » tendre.
» — Audacieuse ! qui es-lu ? » dit le manichéen étonné.
« — Un fille des vrais chrétiens, Ipsiboé » de Saint-Chrisogone.
» — Ipsiboé ! se pourrait-il ! toi , ma
» plus terrible ennemie, tu oses te nommer » devant moi!... En mon pouvoir et sans