‹ IpsiboéChapitre 84 sur 287 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Les manichéens et leur chef ont quitté les ruines. Le bruit de leurs pas se perd dans le lointain ; et le jouvencel d'Aiguemar, aidé d'Izorin, s'épuise en vaines tentatives pour enfoncer la porte de sa prison. Accablé de lassitude, il s'est assis sur des décombres et cherche à reprendre ses forces.

<c — Seigneur, dit le pâtre chagrin, et » dont les maux troublaient l'esprit, vous )) voilà assis, comme Carthage, sur les )) ruines de Marins. »

A cette singuHère transposition de mots , l'élève d'Eral sourit.

)) — Les brigands, reprend Izorin , vous )) ont laissé votre mandore, et vous pouvez » chanter ici comme le grand R.egner Lod- » brog, qui p captif et dans une tour, com-

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y) posa son ode immortelle. Des serpens, )) dit-on, l'entom-aient, la faim les lui fit y) dévorer.

» — C'est trop aussi violer l'iiistoire, )) interrompt gaîment Alamède; ce n'est « point le poète qui dévora les serpens, ce )) sbnt les serpens, au contraire, qui dévo- )) rèrent le poëte. »

Hélas ! à quelques formes près , entre poètes et serpens ce fut toujours la même lutte, et c'est souvent la même fm.

L'orphelin se lève, et ses efforts redoublés ont enfin ébranlé la porte. Une des fortes pierres qui la tenaient fermée vient d'être repoussée; les autres cèdent par degrés; les prisonniers enfin sont libres.

Sortis des ruines , ils ont repris la route de Monterolles. Malgré sa légèreté habituelle , Alamède , triste et rêveur , ne songe qu'à Ipsiboé ; mais ne pouvant fixer son opinion sur cette femme inconcevable, il voit en elle tour à tour tantôt une enthousiaste en démence, tantôt un génie inspiré.

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