‹ Iréna, ou, La Vierge lyonnaiseChapitre 2 sur 40 · IS · texte numérisé non relu

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et les pharisiens, ils ont osé tenir conseil contre l'église de Lyon, ont levé une armée qu'ils ont soudoyée des deniers ainsi levés, ont tendu des chaînes dans les rues et dressé des échafauds, afin de pouvoir assaillir, avec des pierres et des piques, ceux qui prétendraient passer contre leur volonté ; de sorte que nos officiers et ceux de l'Eglise sont hors d'état d'exercer leurs charges et de punir les homicides, les sacrilèges, les adultères et les autres coupables d'autres vilains crimes; ensuite, ctoiidant une main sacrilège sur le cloître de l'église de Lyon, ils se sont jetés sur les maisons des chanoines à la manière des voleurs, ont pillé le bled, le vin et les ustensiles, ont enlevé les portes et les fenêtres, et ont détruit ce qu'ils n'ont pu emporter. Non contents de cette exécution, ils sont montés au cloître Saint-Just, ou le doyen et les chanoines s'étaient retirés, et les y ont assiégés : tuant, blessant et emprisonnant ceux de leurs défenseurs qui tombaient enti'e leurs mains. Ils ont fait célébrer l'office divin par des personnes diffamées, malgré l'interdit; ils ont fait de la Recluserie de Sainte-Marie- Magddeine une caverne de voleurs, en y construisant une tour qu'ils ont garnie de soldats qui se jettent sur les passants pour les dépouiller; ils ont enfin porté leur malice à un tel excès, qu'étant sortis de la ville, enseignes déployées, avec une grande multitude de soldats , ils se sont jetés sur le village d'Ecully, dont ils ont dépouillé les habitants et incendié les moisson?, ainsi que sur celui de Genay; ils ont construit des espèces de galères sur la Saône, qu'ils appellent coursiers, qu'ils remplissent de soldats, avec lesquels ils vont détruire et piller les maisons de ceux de l'Eglise qui sont situées sur la rivière. En considération de tous ces excès , après avoir longtemps temporisé, nous avons interdit l'office divin dans la ville de Lyon, et lié tous les citoyens du lien de l'excommunication (1). » Quel lecteur n'a reconnu à ces traits de famille toutes les

(1) Poullin de Lumina, Hist, de l'Eglise de Lyon, liv IV, p. 2GGj 267. — Mencstiier, Uist. consul, de Lyon, p. 375, 37U.

émeutes passées , présentes et à venir ? On voit jusqu'où cette religieuse cité de Lyon put se laisser emporter en un jour de colère, sous le stimulant de l'intérêt et le souffle de quelques séditieux. Le nouveau Pape n'ignorait point cet état de choses; et certainement parmi tous les motifs qui le déterminèi^ent à fixer Lyon pour le lieu du concile , il faut compter l'intention de pacifier enfin ces esprits agités. Des que le projet de convocation fut arrêté, il écrivit, de Vitcrbe même, à sa chère ville de Lyon la letti'e paternelle et ferme que nous allons donner :

« Grégoire, serviteur des serviteurs de Dieu, à nos chers et bien aimés fils , les citoyens et peuple de Lyon :

» Il est du devoir des pères d'entretenir la paix entre leurs enfants, et d'ompèchcr leurs querelles ou par de salutaires avertissements ou par des corrections. Vous connaissez l'état de l'église de Lyon et les droits qu'elle a sur la ville de Lyon , comme nous sommes bien instruits de l'autorité qu'elle y doit avoir sur les citoyens de cette ville sur lesquels elle a une entière juridiction. Et pour peu que vous daigniez ién''chir sur la conduite que vous avez tenue à son égard, vous vous apercevrez bien des excès que vous avez commis contre elle. Car nous ne croyons pas et nous ne saurions nous persuader que vous ayez si peu de jugement que vous ne condamniez vous-mêmes un procédé si violent, quand vous voudrez bien examiner jusqu'à quelles extrémités vous ont fait aller vos emportements , qui sont si énormes et si publics.

» Nous ne pouvons aussi dissimuler combien nous les avons ressentis, nous qui avons été membre et chanoine de cette église en notre jeunesse. Puisque cela nous oblige d'une part à nous intéresser à tout ce qui la touche ; comme la manière dont nous avons autrefois vécu parmi vous avec beaucoup d'amitié nous afflige sensiblement et nous donne en même temps pour vous de grands sentiments de compassion , quand nous voyons à quels dangers vous exposez vos âmes et \olie vie par de si énormes excès. Jusqucs-Ui que plusieurs s'étonnent avec raison que nous les ayons tolérés si longtemps sans les corri-

ger, et même sans vous contraindre à les réparer par Îg§ voies les plus rigoureuses de la justice,

» Cependant comme il s'agit des intérêts différents de di-* verses personnes, qui nous sont également chères, et que nous jugeons qu'il est également expédient, et à vous et à cette église^ que vous viviez en bonne paix , nous vous exhortons à vous soumettre avec humilité à vos supérieurs , pour rentrer dans la bienveillance et l'amitié de notre cher fils l'archevêque élu , du doyen et du chapitre , qui vous en aimeront plus tendrement et plus solidement.

» Ainsi sans nous rebuter nous persévérons à vous avertir et toute votre communauté , et nous vous prions instamment avec toute l'ardeur qui nous est possible, et vous commandons par l'autorité apostolique , qui est entre nos mains , de faire r'^^cxion aux torts, injures, dommages et préjudices que vous avez faits à cette église ; afin que vous songiez efficacement à ?es réparer dans les formes de la justice, et à retenir avv,o plus de discrétion et de sagesse, les mouvements impétueux (,ii vous ont portés à ces excès. Donné à Vitcrbe, le quatrième absides d'avril , la deuxième année de notre pontificat. »

Cette lettre, oîi la fermeté se joint à la douceur, produisit un heureux effet sur l'esprit des Lyonnais. On était las d'un état de trouble qui faisait languir les affaires et éloignait de la ville les étrangers. Chacun espérait que le souverain Pontife achèverait par sa présence la réconciUation commencée, et la suite fit voir que cette espérance n'était pas vaine. La joie fut donc vive à l'annonce du concile. Beaucoup de coupables sentaient le besoin de réparer leurs torts ; et il n'en était aucun qui ne fût heureux de penser qu'il aurait affaire à l'arbitre le plus haut, le plus indépendant qui existât sur la terre : car l'amour-propre cède d'autant plus volontiers que l'autorité qui juge le différend est plus élevée au-dessus des intérêts en litige. Ajoutons qu'au fond les citoyens de Lyon comptaient que Grégoire X se montrerait aussi favorable pour eux qu'Innocent IV. Ce dernier Pape pendant son séjour à Lyon ( qui fut de six

ans ) avait en effet favorisé la ville plutôt que le chapitre. Mais alors la querelle était à son début, et l'esprit de révolte n'avait pas encore commis ses excès.

La Bulle de convocation ayant été expédiée en date du 31 mars, vers toutes les parties du monde, l'ébranlement fut, pour ainsi dire, universel. Ce concile fut, en effet, le plus nombreux que la chrétienté vit jamais : quinze cardinaux , cinq cents évèques, soixante-dix abbés, mille autres prélats et les ambassadeurs de tous les princes chrétiens. L'époque fixée était le 1" mai 1274. Mais dès le mois de novembre précédent, Grégoire s'achemina vers la ville de Lyon , tant pour avoir le temps de préparer les graves questions qui devaient se traiter au concile , que pour s'occuper des intérêts de sa chère cité.

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