‹ Iréna, ou, La Vierge lyonnaiseChapitre 36 sur 40 · CINQ A PARTE · texte numérisé non relu

CINQ A PARTE

Tant que le vieux Miriaz avait pu espérer que la volonté de se convertir n'était chez son maître qu'une impression passagère, il n'osait reposer sa pensée sur l'exécution du projet qu'on lui avait suggéré. Une lutte terrible s'était établie en lui. On le voyait tantôt assis dans un coin, abattu, pâle, œil baissé, mains croisées, dans l'attitude d'un homme qu'une mer d'amertume remplit. Tantôt on le voyait errer dans les rues de la ville, la barbe négligée, la chevelure hérissée, les vêtements en désordre , et portant sur sa physionomie cet air d'égarement qui est le iwopre de l'idiot ou de l'homme dont le chagrin trouble la raison. Son costume oriental le faisait aisément reconnaître, par les différences mêmes qui le distinguaient des autres. La curiosité publique s'attacha aussitôt à ce bizarre personnage ; et une fois éveillée, elle ne tarda pas à remarquer ses relations avec les rares juifs qui s'étaient hasardés à rentrer dans Lyon , malgré l'édit de bannissement : tristes débris, qui ne parvenaient à obtenir le droit de vivre qu'à force d'obscurité et de misères. Ce premier fait mit bientôt sur la trace d'un autre : quelques vieillards, en observant plus attentivement ses traits , crurent les reconnaître ; ce n'était pas , affirmaient-ils, la première fois qu'ils avaient vu cette longue, maigre et sévère figure, si énergique dans son expression, si accentuée dans se!< lignes. — 11 pourrait bien , disait l'un , n'être tartare que de costume. — Un Tartare , disait l'autre, ne connaîtrait pas si bien notre langue, nos places, nos ma-

gasins et nos rues. — Le type des fils maudits d'Israël, reprenait un troisième, est passablement empreint sur cette grande figure. — Bref, chacun parlait du vieillard, chacun observait ses pas, épiait ses démarches ; et malgré son état de vertige, il ne pouvait s'empêcher de remarquer qu': était l'objet de l'attention publique.

Mais hélas ! que lui importaient ces coups d'œil curieux o méchants, ces chuchotements, ces traits satiriques, ces injures mêmes décochées à son adresse? Quand on porte au cœur une plaie profonde, qu'importe une piqûre d'ortie ou une égratignure d'épine? Chaque jour, chaque heure diminuait ses espérances et élargissait sa blessure. Saphiz est gagné, définitivement gagné, à la cause du Galiléen; la pompe de cette religion idolâtrique a séduit son imagination il y a été pris, comme un oiseau à la glu ; le jour de son abjuration est fixé. Dès lors la vie a perdu tout son prix pour Miriaz; après un tel coup, il ne peut plus rester attaché au service d'un apostat ; il ne saurait retourner en Tartarie pour y être témoin continuel d'un spectacle qui ferait son supplice, pour voir le Dieu de Nazareth adoré, prêché, évangéhsé par celui même qu'il a pris tant de peine à élever dans la haine du blasphémateur crucifié par ses pères. Mais où aller? où porter ses pas? La terre entière est pour lui un désert, ou un séjour plein de périls; de quelque côté qu'il jette les yeux, la honte, la proscription, le mépris, l'indigence l'attendent. Ah! s'il avait encore la force de la jeunesse, il s'en irait, le sac aux reins, mendiant son pain, revoir les ruines de sa chère Jérusalem; s'y faire un nid, comme les reptiles; y verser toutes les larmes de ses yeux ; s'y épuiser de douleur et y mourir les lèvres collées sur cee débris vénérés. Mais à soixante-dix ans, un tel projet serait une folie.

Et puis la nature combat, l'affection réclame : il a beau faire, il ne saurait se déprendre du vif attachement qu'il porte àcejeunehomme.Quelquefois pour concilier cesmouvements

contradictoires, il projette de rester au service de Saphiz, de retourner avec lui en Tartarie (on lui en fait l'offre, et il sait qu'elle est sincère), de travailler ensuite à détruire ces croyances idolàtriqiies, et de ramener l'enfant égaré à la foi qu'il a abandonnée.— Qui sait, se disait-il dans ses amers soliloques, quelles racines la doctrine du Nazaréen a jetées dans son âme? Elles ne sauraient y être bien profondes. Saphiz a plus d'imagination que de jugement, plus de cœur que d'intelligence. La pompe étalée sous ses yeux l'a séduit; ces cérémonies imposantes l'ont fasciné; une fois soustrait à leur influence, il cessera d'en subir le charme; il redeviendra ce qu'il fut jusqu'ici, un élève souple et docile, un fidèle disciple de Moïse. De plus, quelles difficultés ne rcncontrera-t-il pas pour propager sa nouvelle croyance? Dans son zèle inexpérimenté, il se persuade peut-être qu'il n'y a qu'à nommer son crucifié pour le faire reconnaître et adorer. En quoi il se trompe étrangement. Quand l'expérience lui aura démontré l'inutilité de ses efforts, alors, je l'espère, oui, je l'espère, le découragement le saisira; retombant sur lui-même, il aura peur de son isolement et reviendra s'appuyer sur celui qui fut le soutien de sa jeunesse. Oh! si Jéhovah m'accordait cette consolation, avec quelle joie ma vieillesse descendrait au tombeau !

C'est ainsi qu'il cherche à se faire illusion. Mais il lui est difficile de se bercer longtemps de ces espérances, quand il voit les apprêts se faire pour le jour de l'abjuration. Le Pape traitait les ambassadeurs tartares avec une bienveillance toute particulière; son âme dévorée du zèle de la gloire de Dieu, voyait luire dans la conversion de trois d'entre eux l'espérance que cette grande nation ferait un jour partie de la famille chrétienne. L'Eglise grecque réconciliée, l'Asie convertie, quelle magnifique perspective pour un Pontife ! Et sa joie était d'autant plus vive, son espoir d'autant mieux fondé que la conviction de ces trois néophytes était éclairée et profonde, et que le zèle de la propagation de la foi les remplissait déjà.

L'événement faisait grand bruit dans la ville; tous les yeux étaient fixés sur les ambassadeurs tartares. Pierre de Villa lui-même si indifférent, au moins en apparence, aux opérations du concile, prenait un vif intérêt à Saphiz et à ses deux compagnons. Disons-le; après avoir longtemps hésité entra ses trois gendres possibles, pesé les raisons qui militaien' pour chacun d'eux, il avait fini par se rattacher au neveu du Grand-Khan des Tartares. D'abord il s'était imaginé que c'était là que se portaient les préférences de sa fille : il l'avait vue verser des larmes en entendant parler du jeune converti. Et bien qu'il ne doutât pas que le zèle de la^ gloire de Dieu ne fût la première source de ces marques de sensibilité, il avait cependant peine à se persuadei que l'affection n'y eût pas aussi sa part. Ensuite, dang son chagrin boudeur, il s'était mis en tète da quittar sa patrie, où il lui semblait ne pouvoir plus vivre avec honneur.

— Le monde est large, se disait-il à lui-même, et Dieu esl partout. Si l on s'imagine que je tiens à mourir où je suis né^ on se trompe fort. Je m'arracherais de cette terre ingrat comme une plante sans racines. Ma fille est mon seul bien mon unique trésor ; or, là où est notre trésor, là est aussi notre coeur, a dit la Sagesse éternelle. Que ma petite Irénî s'avise donc (et vraiment je le souhaite) de devenir la petite fille deGengis-Khan par alliance, la femme d'un princetartare la future reine d'un grand empire : eh bien ! j'y consens, j'j 1 donne les mains, et je pars, et je me fais Tartare avec elle, Aussi bien je ne puis plus guère vivre ici. J'ai tant pris cœur les intérêts de cette ville, que l'échec qu'elle vient d( recevoir me retombe dessus tout entier. Voir le rêve de moi père et le mien renversés, mes espérances à vau-l'eau, nos libertés enchaînées au bon plaisir des chapitres : c'estbien dur, ctjene sais si je pourrais supporter ce spectacle. Non, la tri tesse me rongerait; je mourrais de chagrin avant l'heure D'autre part, si ma fille épouse de la Mure, elle est perdm

— S67 — pour moi. Le roi va se remarier; on emmènera Iréna à la cour, et on en fera une dame d'honneur de la reine ; elle sera lancée dans ce tourbillon, qui lui déplaira d'abord, je le sais, puis la captivera ensuite et Gnira par me ravir son cœur. Ne serai-je pas alors le plus à plaindre des hommes ? Que si elle préfère de Varey ( et il se pourrait que le désir de me sauver, comme elle dit , la portât de ce côté-là ) mon embarras sera plus grand encore : je la verrai unie à une famille que je déteste, au fils du meurtrier de iflon Irénée, de celui qui a perpétuellement combattu mes plans et a fini par en triompher. Il me faudra donc rompre avec ma chère enfant, ou me trouver toujours en face de celui qu'un double motif me rend insupportable , exécrable : cela me sera-t-il possible ? Puis-je vivre seul? Puis-je vivre avec un mortel ennemi ? Puis-je voir sans cesse couler le sang de mon fils ? Non, non : que cette pauvre petite préfère donc le jeune Tartare; c'est mon vœu le plus cher, c'est le conseil que je lui donne, et que je lui donnerai certainement ecs jours-ci : car on dit que le concile va finir, et son vœu expirera. Nous pourrons alors parler librement, et il faudra bien qu'elle se prononce. Oh ! puisse-t-elle se laisser séduire par l'espérance d'un vaste prosélytisme ! Oh ! puisse-t-elle préférer cette terre lointaine à son ingrate patrie ! Pour moi j'aime cent fois mieux aller là, y vivre Ubre et tranquille, que de traîner ici une existence désormais sans eharmes.

On voit que Pierre de Ville ne soupçonnait rien des sinistres complots dont son Iréna était l'objet. De la Mure, de plus en plus épris de la jeune fille, de plus en plus convaincu de la ferme volonté de son rival d'atteindre le but de ses vœux, comme aussi de l'intérêt toujours croissant que le tartare Saphiz paraissait inspirer à l'innocente vierge : de la Mure, dis-je, s'affermissait aussi dans son projet d'enlèvement. 11 avait d'abord songé à l'exécuter, du moment qu'il l'avait conçu : puis un fond de délicatesse l'en empêcha; il songea que la jeune fille

étant liée par un vœu jusqu'à la fin du concile, il serait peu convenable de mettre sa conscience dans l'embarras. — La pieté lui montant la tète, se disait-il, elle serait dans le cas de refuser absolument de se prononcer. Ces petites brebis si tir mides pour tout ce qui regarde l'ordre de la nature, sont in» domptables en tout ce qui tient à l'ordre de la grâce. A coup sûr, ce serait le moyen d'étouffer l'affection qu'elle me porte, et de m'aliéner peut-être son cœur à jamais. Le concile finit dans quelques jours : attendons. — C'était aussi l'avis du page Mcry, qui ne cessait pourtant de dire d'un air railleur : — J'ai idée que (juelque autre plus habile l'enlèvera. — Mais Godefrâ n'attachait aucune importance à cette saillie : s'iraaginantque le page voulait parler de Saphiz , et se promettant bien de prendre les devants sur lui.

Quant à de Varey , il n'avait pas l'œil moins ouvert, ni l'esprit moins attentif que son rival. La tournure qu'avaient prise les démêlés de la ville ne lui laissait plus d'espoir de gagnai de Ville par des moyens pacifiques. Il avait remarqué, comme tout le monde, la misanthropie de Pierre, sa bouderie chagrine, le soin qu'il mettait à éviter toutes relations au dehors. — Impossible, songeait-il, de compter maintenant sur une réconcihation. Ce caractère aigri va s'enfermer dans sa haine, et nul n'aura le pouvoir de l'en faire sortir. Cette décision di^ Pape lui est d'autant plus lourde qu'elle contrarie tous ses plans et qu'elle est accueillie par tous avec joie. S'il avait du moins la consolation de voir son mécontentement partagé par quelqu'un ! Mais non : chacun jouit, chacun applaudit... excepté moi , pourtant : car je vais me trouver seul à maudire cette fatale sentence, qui est dans le cas de me priver de moo bonheur. De grand cœur voudrais-je que le Pape eût jugé autrement, que mon père ne s'en fût pas mêlé. Maintenant comment, sortir de là ? Comment guérù- cette autre blessure, non moins profonde que la première ? A supposer que de Ville puisse oublier la mort de son fils, conmient pardonnera-t-il son échec

municipal ? Et s'il finissait par prendre son parti de la sentence qui détruit ses projets civiques, l'image d'Ircnce ne se dresserait-elle pas devant lui ? Je suis vraiment bien malheureux. De quoi mon père se mèlait-il aussi ? Ne pouvait-il pas s'occuper de ses affaires, et laisser là celles des autres? Enfin... Mais nous y pourvoirons. Nous avons deux rivaux... redoutables, dit-on, qui ont des chances, de grandes chances... Au plu& habile, donc ! au plus hardi ! et surtout au plus pressé !

/impétueux jeune homme n'était point disposé à attendre. 11 savait, lui aussi, que le concile allait finir; les raisons de délicatesse ne lui étaient pas plus étrangères qu'à Godefroi de la Mure ; mais la passion parlait plus haut que la conscience, et la crainte d'être devancé le faisait passer sur toute autre considération. Toutes les heures, toutes les minutes, lui paraissaient longues ; il était inquiet comme un homme qui a quelque part un dépôt et ne le croit point en sûreté. Son parti était donc pris de faire le plus tôt possible enlever Iréna. Pour cela il comptait sur Pavollas. Il savait que ce féroce bandit ne reculait devant rien. L'A.mer avait aussi promis son concours. La récompense promise était belle , capable de tenter la cupidité; et l'avidité avec laquelle ces deux misérables l'avaient acceptée prouvait bien que la cape du vaudois et les souliers fendus n'étaient chez eux que de vains symboles, qui ne supposaient point l'amour de la pauvreté. Robert les avait vus d'ailleurs prendre une part si ardente à la guerre civile et procéder si habilement au pillage, qu'il ne pouvait voir en eux que des êtres dégradés par les instincts pervers, pareils, dans l'espèce humaine, à ces oiseaux de proie, toujours attirés par le bruit des batailles et prêts à se jeter sur les cadavres , de quelque nature qu'ils soient et à quelque parti qu'ils appartiennent.

Il noua donc des relations plus étroites avec nos deux vaudois, malgré la répugnance qu'il y éprouvait. Non seulement le titre de Pauvres de Lyon rendait ces personnages odieux et suspects à la religieuse population lyonnaise ; mais la férocité

bien connue de Pavollas, ses formes repoussantes, ses trai hideux inspiraient une sorte de terreur. C'était même à ce sei timent qu'on devait attribuer la tolérance dont on usait à soi égard : car bien certainement personne, pas même un hommi d'armes , n'eiit osé mettre la main sur ce redoutable bandit Après les événements d'EcuUy et de Couzon , il avait cependant dû disparaître : mais il n'avait fallu rien Moins qu'uiM escouade de soldats pour l'obliger à sortir de la ville. Et encon n'était-il pas sûr qu'il eût réellement quitté Lyon pour plus d'ui jour, d'une heure, peut-être; puisque plusieurs citoyens affirmèrent l'avoir revu dans la nuit suivante, arrêtant un bourgeois dans une rue écartée, afin d'obtenir de lui de quo manger. Ce qu'il y a de certain c'est qu'il ne tarda pas à re paraître : ne montrant toutefois que rarement et à la dérobée sa terrible figure. Ce qui achevait de le rendre odieux c'est que l'on savait que se battant en apparence pour les chapitres qui l'avaient soudoyé, il s'était cependant tourné parfois du Cût<5 du peuple, notamment dans l'affaire d'Ecully, où l'on pré tendait l'avoir vu lancer la torche qui mit le feu à l'église ce malheureux village.

L'asile, ou plutôt l'antre oii il habitait, était digne de lui. Il avait pratiqué lui-même une caverne sous une des montagnes qui entourent la ville , et s'y retirait pendant la nuit. Assez souvent des amis (si un tel homme pouvait avoir des amis), venaient l'y trouver en grand secret. Les habitants les moina éloignés de ce repaire remarquaient ces allées et ces venue» 4e personnages suspects, et n'osaient trop s'aventurer à en scruter le mystère. Cependant on savait que c'étaient pour la plupart des souliers fendus; mais restait à savoir s'il fallait voir là dedans de véritables enfants de Valdo, ou des soudarts, des bandits revêtant ce costume pour se déguiser.

Robert de Varey lui-même n'osait approcher de cette redoutable demeure, sans prendre un vêtement étranger. Habituellement c'était la robe du frère de la Passion qui le cachait aux

regards des curieux. Comme PavoUas avait eu ou paru avoir des attaques de contraction , les âmes charitables supposaient que quelque confrère lui portait des consolations ou des secours. Quelques-uns moins indulgents murmuraient que ce pourrait bien être quelque vaudois, ou quelque pillard usant de ce déguisement pour mieux cacher ses desseins. Il y en avait même qui allaient jusqu'à soutenir qu'ils avaient reconnu la taille et la tournure du trop célèbre Loborgne ou Leborgne, que les manuscrits du temps signalent comme un des chefs des soldats soudoyés pour la défense des chapitres. Robert avait connaissance de ces suppositions peu bienveillantes pour lui ; mais rien ne pouvait retenir l'impétuosité de sa passion.

En entrant donc dans cet asile souterrain, il fut quelque peu surpris de n'y trouver personne. La lanterne qu'il venait d'extraire de dessous son vêtement lui laissa voir la nudité des parois du rocher, d'où l'eau suintait de tous côtés. Seulement des armes étaient appendues çà et là : piques, lances, arbalètes, masses d'armes, épées, etc., toutes évidemment enlevées dans les combats, ou peut-être volées aux étals des marchands. Chose plus singulière ! il reconnut un casque de son père : preuve que Pavollas profitait autant de ses amis que de ses ennemis. Mais si Varey ne voyait personne, un sourd ronflement lui apprit bientôt que l'antre n'était pas vide. S'approchant du point d'où ce bruit partait , il vit le bandit couché dans une excavation du rocher , qui le dissimulait entièrement aux regards. 11 paraissait absorbé dans un profond sommeil. Et néanmoins des paroles décousues s'échappaient de ses lèvres; Robert prêta l'oreille et entendit :

— Œuvre de Satan, qui brûle les doigts... Ame damnée, qui voyage sur la terre et travaille... Guerre à la force, respect à la faiblesse... Bats- toi avec les démons, mais non avec les anges... Souviens-toi que Jacob eut la cuisse séchée pour avoir tenu tête à un habitant du ciel... Déracine les chênes, mais ménage les fleurs... Point de paix pour l'impie, a dit le Sei-

gneur ; son âme est comme une mer toujours en ébullition : rien ne saurait la calmer... Anathème! anathèrae! Bénédiction ! bénédiction!... Flammes de soufre !... mer de poix !.„ lacs de douleur !... qui vous a mesurés, qui vous mesure, qif vous mesurera?... 0 incommensurables profondeurs !... <► abîmes sans fond et sans bord !...

Et sans doute le rêve auquel ces mots se rattachaient, re ; muait profondément cette nature sauvage ; car sa poitrine a i soulevait comme sous la pression d'un poids douloureux, sÀ traits se contractaient, et de grosses gouttes de sueur déco» laient dans sa barbe touflfue. Quelques symptômes même di mal des rétrécis se manifestaient déjà dans ses membres, soa qu'il eût réellement quelque atteinte de cette étrange maladie, soit réminiscence du rôle qu'il avait joué. Bientôt Robert le vî^ se lever, promener de tous côtés un œil ouvert, un seul (l'autre restait fermé), agiter ses bras, rire d'une manière qui faisait mal à voir, puis maixher, puis s'arrêter, puis donner enfin tous les signes d'un homme que la folie ou le délire égare. Ed|i réalité, le jeune homme avait peur; il prit même des précau-' tions pour que ce poing athlétique ne tombât pas sur lui : car un seul coup eût suffi à l'assommer. Mais au moment où il al» lait sortir, le visionnaire heurta une aspérité de rocher, tombj à terre et s'éveilla.

PavoUas vit alors la fauve lueur qui éclairait sa caverne, € ce fut à son tour d'èti'e frappé de stupeur.

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