‹ Irène et les ennuquesChapitre 10 sur 15 · iFiKNK i:t t,ks KUNUQUEK · texte numérisé non relu

iFiKNK i:t t,ks KUNUQUEK

\a' (ils se iM'cri:! :

— Kl (jiic I iiiiporlc l;i liirciii' des (oiilcs î Tu l';is lonjours donipléc. Tu veux mo lîiirc sortir pour <jiie je loinhc il riieiirc îiniioncéc sous le hriis du Ixhiimjiu. Mais je ne veux pas. Je mourrai, dans cette ehanibre, le glaive au poing, comme un basilcus, non comme un traître, sur réchafaud. Arrière... Ne touchez pas au vantail. Le peuple hurle en vain ii la mort. Il n'aura que le spectacle du cadavre, non celle de l'angoisse !... J'attends que ton sortilège, ô mère, brise l'arme dans ma main.

— Tm deviens fou...

Marie répétait :

— Mais, écoute... On t'acclame... Alexis et ses légions passent le Bosphore. La garde palatiale te veut à sa tête... Sors donc, pour triompher!

Il hurla :

— Pour périr, horreurs de IHadès î Afin que vous meniez seules le destin du monde. Mais votre ruse ne me fera point paraître, victime admirable, le bandeau en tète, près du billot... Ah! ah! vous attendez que je me livre comme un bélier docile dont on a doré les cornes pour le festin de Pâques. Il n'en sera rien...

L'épouse tomba, les mains jointes. Une plainte s'échappa de ses lèvres :

Irène haussait les épaules :

— Les destins m'ont vaincue. Tu deviens le maître de Byzance et du monde.

— Tes légions se révoltent contre le pouvoir de la

Despoïna,... répétait Marie... Crois-moi... Permets que j'ouvre. Tu verras. Tu entendras.

— Arrière, donc!... interdit Constantin en Técartant... Passé ceci il v a la mort pour moi, et Tame ignoble d'une populace qui attend le drame de la mort. Kt vous ne tremblez pas, l'une ou l'autre, devant ce mystère... Et vous ne craignez pas...

Les clameurs retentirent plus.

— Oui, oui, je sais. Ils finiront bien par me prendre. Tu ne sens donc pas, ô mère, l'abomination de détruire ce que tu as couru dans le frémissement de l'amour ?... Mère !..

Irène s'assit, lasse et dédaigneuse :

— Tu es (ou, Basileus î Et Marie, hagarde :

— Permets donc que j'ouvre.

— Non... non,... Je sais. J'ai eu des bras adultères pour beaucoup de femmes. Et tu te venges, à présent, Arménienne ! Envoyez des candidats, des scholaires, même des eunuques... Que je meure au moins en combattant... Ce vantail ne sera pas ouvert, tant qu'il me restera de la vie...

Tous le contemplaient en silence, sans oser un pas de lèse-majesté.

— Pourquoi cette terreur sur vos faces ? Elle ne sera pas longue la lutte !

11 haletait î

— Un homme seul contre vous dix... l'^t cependant, mère, tu aurais pu simplement me faire tondre, m'en-

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lei'inci' ;ni cloilic, coniiii»' lu lis pour mes oriclcfi (pii se icvolleionl (;onlrc loi. J lUiiain donué humbleineiiL la coininiiiiioM :iii\ piiuvrcs (hitis un monastère. J;imais, je le Ir jiii<', y- n iiurais leiilé de luir le couvcnl, mais j aui;ns «rartlé la douce vie, le spectacle joli des saisons. J'aurais pu continuer de voir bondir la l)cauté des betes et des femmes. O mère, pour(juoi m'as-lu condamné durement... Je suis encore enfant presque... J aime Texistence, moi... Pardonne, pardonne... Je te jure par la Pureté, par le \ erbe Sacré du Christ, par tout... Là, me voici a terre, prosterné devant Ta Gloire. Tiens, voici mon épée, et puis le diadème, et puis la pourpre ! Gouverne, commande aux flottes des mers, aux cohortes de cavalerie, aux calculs des marchands, aux voix des prêtres. Oui, oui, lu avais raison. Ta seule sagesse peut régir l'Etat ; moi je suis une brute, un Bulgare, un de ces Francs stupides qui rient toujours. J aime les baisers vils des courtisanes, les propos obscènes des parasites, les vantardises de ceux qui courent sur les chars... Je suis un pourceau et un àne, un âne. Un âne... un àne, devant ta pensée, devant ta sagesse, devant ta pitié... Mais est-ce que Ton tue un âne, s'il butte, ou s'il se roule sur la charogne, est-ce qu'on le tue?.. Non, n'est-ce pas ?.. Alors... alors laissemoi la vie, mère. Je sais bien tu me las donnée, tu peux la reprendre... Tu es la Puissance... Tu es lEsprit. Ne me condamne pas. Ne me condamne pas !.. Epargne ma misère, mère, mère !..

IRKNE KT LES KUNUOUES

Elle gémit :

— Il laut nie croire... Laisse ouvrir le vantail. Et lui, crime \<>i\ tonnante :

— Non...

— Constantin. ., pleurait Marie, on te Tassure..., le peuple t'acclame, là...

— Le pavois est dressé sur les épaules des scholaires pour porter ta Puissance au-devant d'Alexis..., affirma le vieil Eutychès.

L'empereur tapa du pied :

— Non, non, menteuses, menteuses. Oh ! il faut donc que ce soit, que mon sang se répande... O ma mère, souviens-loi, (juand mon père Léon m'a confié aux dignitaires, comme tu me l'as conté...

— En qui donc aurait-il foi ?... gémissait Marie.

— Le Théos l'a rendu (ou, fou, fou... Le Théos le punit, en le rendant fou;... marmottait Irène les yeux fixés au sol.

Marie tendait l(;s bras au ciel :

— Le Théos l'a rendu lou.

Irène interrogea l'icone :

— Théos, tu punis, en le rendant fou, mon pauvre fils! Fou, fou... Constantin... Constantin!! Mais tu sais que je t'aime... Tu le sais... Kappelle-toi... petit enfant, je te portais dans mes bras, je te montrais an peuple du haut du Cathisma, dans Tllippodrome, et tu emmêlais tes mains aux pierreries de mon camail... Et depuis encore...

Elle se leva, l'embrassa :

— Oui, OUI, In m ;iim('S Drspoïna, tu m'aimes..., répond il -il eu {^iclolhinl... .\o le sais ; si tu me condamnes aujourd hiii, c'est contre ton cœur, et tu souffriras plus que moi, loul ;i l'heure, (juand le bourreau (eia rouler ma tète... Je sais? Seulement, ma mort est nécessaire au salut de Byzance. Les soldats s'insurgent ii cause de moi, et tu ne peux plus gouverner le monde, tant que je demeurerai l'Autocrator... Je sais bien que tu m'aimes, puisque tu me caches l'épouvante de la vérité ; puisque tu me dis, par un pieux mensonge, qu'on m'acclame... Je sais bien que tu m'aimes... Oui... oui.

Il acheva dans les pleurs. Irène l'enlaçait à la taille :

— Alors crois-moi, crois-nous... Laisse ouvrir le vantail.

— Non, non.

Irène l'enveloppait de son corps :

— Je t'en supplie... Tu verras... L'iconomaque triomphe... Tes soldats te porteront sur le pavois. Viens avec nous dans les galeries supérieures, si tu aimes mieux. De là tu apercevras Byzance en fête.

Et Marie confirmait :

— En fête. Les marchands déroulent les tapis précieux le long de leurs façades.

Phares ajouta :

— Ils exposent les chasses et les reliquaires... Que Ta sagesse nous entende, qu'elle daigne monter aux galeries de Daphné...

Irène entraînait son fils :

— Viens.

Et lui, résista parmi ses sanglots :

— Non, non, pas encore... Laissez-moi vivre un moment, en plus Mère ! Mère!., puisque tu m'almos.

Il se jeta dans son giron.

Elle le câlina parce qu'il ressemblait à un petit garçon trop durement puni :

— Le Théos ne cessera donc pas de te donner de l'épouvante ?.. Et cependant, il faut (|ue tu paraisses... (Comment peux-tu imaginer que je te voue à la mort?

— Oui, oui, mère, tu fus bonne... Tu fus la consolatrice... tu fus la douceur... Par toi Byzance a refleuri sur le monde... INIoi (jui voulus détruire cela, cette beauté, moi je mérite la mort. Epargne-moi, cependant, ma mère !

Marie tàtait ses joues :

— La fièvre, la fièvre... le brûle...

Irène palpa sa poitrine :

— Où as-tu mal ?.. Comme ton cœur saute, mon pauvre enfant...

Ayant jusqu'à lui, rampé, l'épouse posa la main sur le verrou :

— Permets qu'on ouvre le vantail.

Il la bousculait :

— Non, non ; un instant...

Irène redouta la foule :

— Comme le peuple hurle... Tout a l'heure il franchira les grilles, il abattia les portes.

mTx) ihkne kt lks kunuques

— V oilii les haches c[ui retentissent siii les linteaux.. . , criait Maiie.

Irène, porl.i l;i mniii :iti front de TempcM-cur :

— Où est ton mal, fils? A la tète ?

11 sembla repris de frénésie :

— A la tète ! A la tète ! Tu veux qu'elle tombe ma tête...

Il chassa brusquement Irène et Marie qui s a fiai ssèrent.

Dans le Palais, le bruit de chuchotements s'accrut. Au dehors, l'émeute s'exaspéra. Les simandres retentissaient, les unes vivement, celles des basiliques favorables à Alexis, les autres lugubrement.

Phares, avertit :

— Ne tarde plus, Despoïna... Les soldats crient que tu le soumets h la torture... Ils massacreront tout, s'ils entrent.

Constantin sardonique, éclata de rire :

— L'eunuque récite une parole apprise pour me tromper et me faire sortir... Oh !.. oh !.. les menteurs.

— Personne ne le persuadera..., constatait Irène qui s'assit de nouveau.

— Nous ne persuaderons pas sa défiance..., répéta l'arménienne, comme un écho.

— Nous, ni personne...

— Il en est une qui persuaderait sa défiance... Cela fut dit par l'épouse avec douleur. Irène demanda :

— Une?.. Nomme-la...

Marie se frappa la tète.

— Théos, laut-il que je la nomme...?

Irène bonclil, la prit aux épaules :

— En vérité, lu la nommeras...

— Tu ne sais pas ce que Ta Piété demande à ma faiblesse... Car alors, alors ; il sera clair que Constantin n'aime pas seulement le corps de la prostituée, mais qu'il adore son âme aussi...

— Quelle ame, dis,., ma fille?..

— Une âme qui Temporte sur la mienne... une âme de prostituée... je te le dis... une âme qu'il croit... tandis qu'il ne croit pas les nôtres...

— Nomme cette âme, je t'en prie, si tu ne veux pas que les scholaires épanchent notre vie sur ces dalles...

— Il vaut mieux, vois-tu, Despoïna, il vaut mieux que nos vies soient épanchées sur ces dalles par la fureur des soldats... Sinon il deviendrait clair qu'une âme de })rostituée est chérie par l'Autocrator plus que nos âmes... Et non pas le corps de cette prostituée, ni sa chair, ni sa beauté, mais son àme, tu entends, Despuïua : l'âme d'une prostituée...

— Obéis, Au<»usta, obéis., nomme-la...

Irène secoua rudement sa bru :

— Nomme cette âme...

— En vérité, je ne la nommerai pas...

— Ma fille... Ecoute la mort approcher de nous... Nomme l'âme...

Marie tenta de le dire :

— C'est... Non, je ne peux pas...

25a IHKNK KT [.ES KUNUQUES

Alois (loiislsintiii ](;s rnlcndit, ot aussitôt il j)roféra :

— Oui, jo croirai l'àme de Iliôodote... tandis que je ne crois j)as la lieniM'...

Irène commanda :

— Qu'on cherche Théodoteî,.. qu'on l'amèFn;!... Marie se révoltait :

— Non... je ne veux pas que cela devienne clair à mes yeux... Je ne veux pas...

Elle se rua contre le vantail et tenta de tirer ellemême le verrou... Constantin la battit en l'écartant par les cheveux.

— Alors, alors, tu aimes son àme aussi... son àme aussi... oh ! oh !. ..

Et l'épouse retomba sur les genoux en sanglotant :

— Pleure... va... Pleure... répétait Irène, pitoyable et brusque... Tu as bu toute la coupe d'infortune... Tu l'as bue... toute...

— Et tu es ivre... ricana l'empereur très méchant.

De longs instants ils demeurèrant ainsi. Constantin essoufflé, dément, s'adossait toujours à la baie close. Sa poitrine soulevait le manteau cérémoniel à demi arraché de ses épaules.

A terre avaient roulé la sphère et le sceptre. Irène le regardait, assise de nouveau sur le siège d'ivoire le menton dans sa main. Marie se convulsait, étendue sur le marbre des dalles, en se lamentant. Contie le mur de jaspe, les eunuques se pressaient silencieux.

^'lîfin radolescente accourue par la porte se proslorna :

— I^M ndoration, Autocrator, Uavon du (llii'ist, l^nipercur de lioniaius!

Tliéodote baisa les souliers de pourpre :

— Par le dernier éclair de mes yeux, je te salue, Beau le du monde,... répondit-il avec passion.

— Maître !

Elle ne sut rien dire. Elle restait, pâle cl muette, dans sa robe aux licornes salies.

Constantin la releva, la dressa devant la baie :

— Demeure ainsi... Tu me cacheras le bourreau et la hache, de toute ta splendeur... Et quand aura roulé ma tète, tu la baiseras aux lèvres...

Epouvantée Théodote recula :

— Je ne comprends pas ton Verbe, bouche du Théos !

— Tu vas comprendre... Approche... Place-toi devant les panneaux du vantail. Etends les bras... Je verrai Bvzance derrière la croix de tes bras... Et ta splendeur cachera l'échafaud. Tu souris ; ce sont les fleurs de Pâques... ^hi mère, j'obéis au sort de Byzance. O toi, Beauté !

— Ouvre donc, Phares !.. enjoignit Irène debout. Cependant que Marie s'efTondrait en soupirant :

— Ah ! c'est vrai, Despoïna : il Taime. Il l'aime, puist[u'elle seule peut lui cacher la mort...

ONTENT surtout de parader en tète des troupes, parmi les acclamations, de signer, hors de tutelle, les édits, de jouer le rôle impérial avec les

cosUinies. les insif^nes, de donner son avis, d'exercer

•A^)() IHKNK i; I l,KS KL.NL(^)LKS

le pouvoir sjins pnrtîif^c, le jcMine soiivf rîiin eut néglij^é do puuii" 1rs ('UinKjucs ses précepteurs et, du reste, ses plus aneieiis coinpiif^nous. Mais Alexis redoutait trop leurs adresses. H soudoya des vétérans (jui, au cours des premières revues, et après les litanies vouées :i Constantin, terminaient Tovation par ce souhait opiniâtre :

— Meurent Staurakios et Aetios, ennemis du nom romain... Que Jean Bythométrès périsse dans les supplices infligés aux magiciens !

L'empereur céda. Dans Eleuthérion, Irène se tenait coite. Avec Phares elle dénombrait les trésors qu'elle y avait peu à peu enfouis, noyés au creux de profondes cachettes où Tenquête de son fils ne sut les découvrir. En sorte qu'il aperçut tout de suite la fin prochaine de ses ressources financières. Alexis, ses amis, les Arméniaques avaient de forts appétits. Ceux qu'ils rappelèrent d'exil obtinrent le dédommagement de leurs peines. L'Athénienne attendait le moment de la déception qu'éprouveraient bientôt les protagonistes du parti militaire, lorsque, les coffres delà Magnaure étant vides, ces ambitieux accuseraient d'ingratitude leur maître.

^lais elle ne put empêcher qu'un jour de course, avant l'arrivée de Constantin dans le Cathisma de THippodrome, Aetios et Staurakios fussent promenés autour de la Spina et fouettés publiquement. La sueur et le sang barbouillèrent le torse blet de celui-ci, la magnifique musculature de celui-là, les habits rabattus contre

les hanches. Ce furent les huées de vingt mille adversaires hargneux, ravalanche des ccorces, des crachats, des cailloux, des vieilles sandales, des fruits pourris et des llcuis lanées. Knsuite les condamnés durent rejoiudic le convoi cjui poussait Bythométrès, Kutychès et les gens assidus ii TMcole du Palais vers les couvents de déportation, dans les montagnes du Taurus. Sous la hure des moines, les eunu([Hes cultivèrent les mélancolies de la dclaile en liiianotant des salades crues et des galettes dures, ir l'omhre des murailles mal crépies, ou dans les sentes de maigres vergers. Autour d'eux veillaient d'implacahles sentinelles, de sévères geôliers ecclésiasti([ues. Les saisons des années -1)1 et yij-A se succédèient sans prêter à leur ironie, d'autres décors, que ceux de la neige, de la verdure?, des soleils hrùlanls et des pluies monotones, sans (jue leur sort se modifiât, sinon par les conquêtes philosophiques de leurs âmes logiciennes et polémistes.

A Byzance, Thiver qui suivit leur déconvenue ne fut pas clément pour le peuple. Les familles pauvres grelottèrent sous les appentis. Beaucoup durent creuser la terre gelée, afin de s'y hlottir, tant les préservaient peu les parois des masures. Auparavant Irène avait coutume de faire distrihuer des vêtements et des lagots par ses moines. Cette lois Joules les oflVandes de ce genre furent destinées aux troupes venues d'Asie pour le coup d'Ltat, et qui campaient dans les fauholirgs. Une mère, ses (jualre enlanls lurent trouvés morts dans leur bicoque. Tout le (quartier Sphorakion

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s\''miil, s'rplorii, s'iiuli^iiM. I.;i puissiintc corporation (l(.'s louions, fidi'lc ii l'inipéiulrice, organisa les funérailles de CCS inlorlunés. JJcs milliers de ianiéliques v assistèrent, en faisant retentir l'aii- df lenrs lamentations, de leurs menaces mêmes, lu il advint cju'une cohorte d'Armcniacjues ayant allumé un grand feu sur une place publique, pour se rcchaufl'er, avant la manœuvre^ le vent se leva soudain, coucha les flammes du bivouac vers les chariots de fourrage qui brillèrent incontinent, avec deux ou trois baraques dit taverniers. L'incendie se propagea, gagnant des tentes, des guérites, des voitures, les litières des écuries provisoires, les boutiques de bois, les maisons voisines d'où s'échappèrent les habitants affolés, furieux, ruinés en un instant. Au lieu de porter secours, ces Arméniaques s'occupèrent de sauver leurs chevaux et les chassèrent promptement hors de la ville. Les fumées, les étincelles, les tourbillons de pourpre et d'or se développèrent à l'aise sur les quartiers riches entourant le Palais du Patriarche. Les solives tombaient sur les fugitifs. Les toits s'efFondraient à grand fracas. Partout des brasiers naquirent, s'activèrent, consumant les boiseries et les meubles, rôtissant les mules dans les étables, tordant et carbonisant les retardataires pris sous l'écroulement des façades. L'une après l'autre les poutres des maisons fumaient, puis rougissaient sous une lèpre d'étincelles devenues bientôt flamboyantes et dévoratrices.

En vain, les processions accoururent des églises.

croix au ciel, bannières au vent, icônes aux mains, chants aux bouches ferventes déjà sufï'oquées par les fraz de la combustion. La demeure du pontile que mordirent les volutes du fléau, s'abattit au milieu de la fournaise pleine de malheureux brûlant et grésillant à l'exemple des damnés.

Ensuite, les dévotes allèrent disant que le Théos ouvrait une porte de l'iladès dans la partie de Byzance, chère aux favoris d'Alexis et de Constantin, aux débauchés, aux propriétaires de quadrif^es, aux courtisanes opulentes, et que la sainteté de Tarasios n'avait pu soustraire ces impies à la colère du ciel.

Cependant le basileus goûtait les amours de sa maîtresse Théodote, pour hujuelle il aimait paraître à cheval devant un corps de cavalerie, presque quotidiennement. Alexis. conservait alors son prestige en réunissant les plus beaux escadrons, en faisant venir de tous les pa}s des chevaux admirables, en inventant des étendards plus magnifujues, des cimiers plus somptueux, des trompettes plus tonitruantes^ en agençant des évolutions hip[)lques auparavant inconnues. Michel Lachanodracon achetait jus([ue chez les Sarrasins des bètes superbes (ju'il envoyait au stratège des Arméniac[ues. Byzance n'était plus qu'un immense quartier de cavalerie tout sonore de lanlaros militaires. I/arrogance des soldats royalement vêtus et pourvus d'armes ciselées, dorées, exaspéra le peuple dont ils déshonoraient les femmes et les filles, dont ils battaient les maris, les pères, les frères.

'j.Cm inKNK i: r i,i.s hmoiks

D'autre pni'l, n'ayant pu s'approprii^r les refristres des (Mjntrihutions cpie Ton avait (h'truits, saiil (juel- (fucs exemplaires caeliés sur 1 Ordre des Staurakios, les nouveaux percepteurs léclainaient à tort 1 impôt, et molestaient, sans raison é([ultaljle, les marchands, les propriétaires, les cultivateurs. Dépourvus de renseignemcnts précis, égarés dans ce désordre administratif, malmenés par les accusations des citoyens, harcelés par les cupidités de la cour, les fonctionnaires prirent le parti de la rapine afin de fournir au fisc les sommes nécessaires. Le mécontentement s'accrut. Serantopichos fut lui-même bafoué dans la rue un matin qu'il voulut entonner l'éloge d'Alexis.

Mais le Drongaire était homme de ressources. D'abord il s'associa pour administrer les finances, Nicéphore, de Séleucie, cet obscur épistate de l'Hippodrome qui, sans titre évident, régissait, depuis quelques mois, par la seule influence de son habileté reconnue, les choses du cirque. Phares l'ayant distingué, l'avait commis aux dépenses spéciales que nécessitait l'entretien du Pî, de ses gardes et de ses hérauts. On ignorait tout du bonhomme, sinon qu'il était la ruse et la prudence mêmes, la clairvoyance aussi. Plutôt ami des Iconoclastes, sans blâmer d'ailleurs trop le gouvernement d'Irène, il jugeait pertinelnment et drôlement les actes des uns, des autres. Frappé de son astuce, Alexis pensa qu'il serait l'Euthychès du nouveau régime. Tout d'un coup et pour se l'attacher par la reconnaissan.ee, en l'intronisant dans une

IRKNK KT LKS EUNUQUES

uGr

charge inespérée, il ramona de rilippoclronie aux bureaux du grand Sacellaire.

Nicéphore ne ?e laissa point éMouir. Ilenierciant l'Empereu!', il lit compK'iidi'c, des la première audience, (pie son emploi n'était guère liielh' :i remplir dans de pareilles conditions, et (pie, riionr.eur à paii, il eut préféré ses calculs anciens relatifs aux travaux des maçons, aux devis des architectes, aux fourrages des grainetiers, aux fournitures des carrossiers et selliers. Le dos rond, l'air morose, l'œil petit et perspicace sous les toufles de sourcils épais, il inspectait malicieusement les visages de ses interlocuteurs, puis faisait l'humble et le confus, se fardait de tristesse et d'ennui.

Il réussit, toutefois, a rassembler les sommes indispensables pour une expédition de printemps contre les Bulgares. Alexis préconisait cette diversion au deuil public. Constantin \ oulut essayer les forces de sa cavalerie. Elle rencontra les Bulgares non loin du château de Probaton au bord du fleuve de Saint-Georges, mais ne put se déployer sur la rive trop étroite. Les masses de ses escadrons furent décimées par les flèches des archers. Maints pelotons culbutèrent dans les fosses creusées à l'avance, ou s'enlisèrent dans les prairies marécageuses. Nul ne put atteindre un ennemi défendu par les eaux, et solidement établi dans les broussailles de la berge adverse. On ne sut forcer le passage. Il fallut retourner sans honneur à Byzance.

Nicéphore dut s'évertuer afin de réunir les fonds

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nécossairos ;i iiim sccoiido canipaf^nc CeUo fois Alexis conseilla (rallacjiior les Sariazins plus rommodes u vaincre, eslimail-il. L (^niperein- lui |)ar(l()nnait mal son échec et rhuniiliation d'un retour (adieux, après une manœuvre nian(|uée. 11 se cacha de nouveau dans la gynécée, entre les hras de Théodote, uni(jue consr)latrice. Marie d'Arménie consumait les heures dans les différentes églises et chapelles du j^alais Sacré, ;> supplier les icônes de rendre son mari vertueux.

Quand on crut les troupes en état et les munitions prêtes, Constantin et Alexis passèrent avec les Arméniaques en Cilicie, dans la vallée du Cydnus. Ils séjournèrent à Tarse où les légions vinrent se concentrer. Mais, pendant de longues marches sur la frontière de Syrie, elles perdirent beaucoup des leurs qu'éprouvaient les pluies d'hiver et une mauvaise alimentation. Par ses habiles mouvements, l'ennemi qui se dérobait, et tout à coup surgissait formidable contre les corps peu nombreux, prolongea ce supplice. Des convois furent enlevés h plusieurs reprises. Faute de vivres et de santé, les légions durent battre en retraite, mécontentes, accusant Tincapacité de l'Empereur et des intendants, acclamant, par contre, Alexis qui laissait grandir sa popularité, sans mesure.

Vers la fin d'une revue, les soldats ayant manisfesté de cette manière, Constantin quitta brusquement les bivouacs. Dans Byzance, il trouva Nicéphore ironique et démuni, Marie l'Arménienne trop résignée à toutes les

catastrophes, et trop encline à lui faire comprendre les évidentes faiblesses d'une science stratégique en défaut. Irène refusa de le recevoir dans Kleuthérion, sau( en cérémonie, puis Taccahla d'allusions blessantes. Seule Théodote lui fut l'amante extasiée, fraîche, voluptueuse, attendrie. 11 lut s'enfermer avec elle.

Nicéphorc le dérangea bientôt pour lui confirmer le péril de l'agitation entretenue par Alexis dans les thèmes d'Asie. I.es troupes réclamaient leur solde en retard avec insolence, et menaçaient de la venir chercher dans le trésor même des Basilèis. Pour le fourrage et les vivres, la cavalerie iiinçonnait impitoyablenuMil les bourgs, les petites cités, les couvents solitaires. Plusieurs députations d'archontes et d'honorables arrivés en hâte, protestaient respectueusement contre les conséquences ruineuses de Paudace mllilaire.

Les bras en croix sur la robe de son costume gemmé, le dos rond et les yeux sournois, le chartulaire s'amusa tout un matin de la colère impériale. De ses poings l'autocrate battait les couvertures de pourpre, en invectivant contre Alexis et contre Irène. I^ntortillée au hasard dans ceux de ses voiles qui s'étaient trouvés non loin du lit, Théodote debout réprimait une envie de pleurer. Sa bouche se gonflait sous une moue de chagrin. Pourtant elle essaya de cacher ses menus bras tri's blancs, puis de nouer sur un Iront clair les amples mèches de sa clievelure abondante, rebelle et noire. Ses yeux d'antilope bayaient au

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|)(Ml('iir (le iiiiiiiv:iis('s nouvelles, laiulis que, les iiiosaicjucs (le l;i iimiiiillc, les npolrcs du lesous, semblaient se suivre à la (il<' sui- la einiaise, pour rejoiritlre un christ (1(; beaiih* ai niciiifrine, brun, avee une auréole cruciale, et ujh; maiu loideincnt l<;vce. l)ans plusieurs coflVes d'ivoire; aux bas-reliefs populeux et tragiques, dont elle ouviait maladroitement les couvercles bombés, la favorite chercha les épitres d'Alexis que son maître exigeait à grands cris, pour le convaincre de trahison sur le champ, le (aire condamner par le peuple de l'Hippodrome, et lui envover les bourreaux. Elle ne trouva rien dans les évangéliaires. En vain, elle dégrafait les fermoirs d'or précipitamment. Et sa chevelure déboula de sa tète penchée, voila ses regards naïfs. L'Empereur furieux sauta du lit, puis de Testrade. Son corps mat et velu se démena sans plus du succès. Alors il jura qu'il allait rappeler sa mère au pouvoir, aussi bien que les eunuques. Ensuite des calamités vengeresses aboliraient l'orgueil des Judas.. .

— En vérité, Nicéphore. Ceci contente ma volonté ! Va promptement jusqu'au palais d'Eleuthérion . . . Avertis la Très Pieuse Irène que son trône sera replacé dans la Magnaure, avant ce soir, qu elle y pourra siéger avec les insignes, pour confondre ses ennemis et les miens... En vérité... Cours, galope, emprunte un cheval aux cataphractaires... Et reviens plus vite que la flèche bulgare.

Ainsi l'impératrice Irène fut conviée par le char-

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tulalre du logothète universel a reprendre sa place de Despoïna. Tout (raboitl elle fit mine de refuser. Son (ils dut lui rcndie visite en jurande ponipe, avec Marie (.rAiinénie.

— Tu m'as punie tlii bien (jue je répandais paiini Ion peuple !... Et tu veux que j'encouie de nouveau le courroux de tes houfîons .'... 0 ignorant de toutes choses, et (jue seuls les ignorants conseillent !

Constantin avoua son erieur. II vîmla la sagesse de sa mère, des eunuques, il rédigea le texte de ledit qui leur restituait leurs charges. Déjà les courriers galopaient vers les couvents d'Arménie.

— O mère délivre-moi de mes maux ! Que ta science auguste me protège, que la puissance du Paraclet me défende par ta bouche et par ton geste bénis!

Kt il lui baisait les épaules en s'émouvant jusqu aux larmes. Elle consentit.

Quinze mois de liberté totale avaient sudi pour ([ue l'imprudent se trouvât aux extrémités. Irène rentra dans le i^alais Sacré au milieu dune luullitude enthousiaste jetant ses manteaux sous les pas des chevaux (jui traînaient le char.

Aussitôt elle décerna la dignité de patrlce au douteux Alexis, mais en le rappelant \\ Bvzance. Ensuite, elle déclaia que les Arméniaques ne toucheraient leur solde ([u'après l'avoir rc{[uise d'elle-même, car elle puisait dans les caves opulentes d Elcuthérion. Les Arméniaques , en réponse, refusèrent l'acclamation à l'usurpatrice. Ils rappelaient Alexis. Mais

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