‹ Irène et les ennuquesChapitre 4 sur 15 · I :>.() imf<:nk i;t iks kl'nuquks · texte numérisé non relu

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j«» crois 011 lui. Soleil In me verras encore un jour sous i'('rr)[)iir <lo ( !oiisl;iiil m cf d IiImh*. m

La sU'le lut îimenée daus iiyzanc^c. Klle v prodiiisif Cfiancl ('(loi. l'dio oonfirnia los réfutations de l'hérôsio nostorienne sur (juoi so Tondait la doctrine des iconoclastes. Ceux-(n r«'rusaiont toulo adoration aux images do la Panagia, en prétendant qu'elle conçut la forme charnelle du lésous, et non TKsprit du lésons, lequel préexiste au ciel, à la terre, ii l'iuimanité, donc ii Tépouse du charpentier Joseph. J.e dogme du Copro nyme soutenait que l'énergie divine créatrice des mondes n'avait pu otre l'œuvre d'une femme née de ce monde. Le lésous n'avait fait que reconnaître, en Soi, l'a me du Père éternelle en son Fils même.

Préparés depuis longtemps ix la résistance par les encouragements du Palais, les moines divulguèrent bruyamment la légende. Ils se déclarèrent en public adorateurs des images. Hardiment tout ce qui n était pas militaire arbora l'opinion de la régente élue du Théos. Seuls les évèques jadis présents au conciliabule du Copronyme n'osèrent se rétracter par amourpropre.

Le peuple manifestant ainsi, la tâche se facilitait. Un édit décréta la liberté de conscience et la faculté, pour chacun, de suivre le culte qui lui plairait. Aussitôt lorthodoxie fut prêchéc dans les églises. On officia publiquement selon le vieux rite.

Beaucoup n'étaient devenus ardents iconoclastes que par crainte des vexations et des supplices. Le culte de

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la Vierge se rétablit partout. Les femmes triomphaient par le moyen d'une lemme, pour l'adoration d'une divinité féminine. Le parti d'Irène vécut au grand jour. Les soldats le purent dénombrer. Parce que ses forces leur semblèrent considérables, ils n'agirent plus ii rencontre.

Ce premier résultat «Micourageait les eunuques. Jean s'attendait ii une émeute, l\ la révolte ouverte. Voici que leur fermeté seule en imposait à la multitude [)rutale. Pour eux-mêmes, pour leurs ambitions secrètes, c'était la victoire en somme de l'élément contraire à Léon l'Isaurien et à (.onstantin V; un présage de leur suprématie future sur le prince.

,Iean Bythométrès ne laissa point de repos h l'ennomi et porta de nouveaux coups.

l^aul, le patriarche de Léon IV, malgré les apparences nécessaires à sa charge, n'avait pas démenti ses préférences pour l'orthodoxie. 11 restait fidèle à Irène, l'ayant prouvé en ordonnant les oncles du prince, lors de circonstances périlleuses.

Lorsque le goût populaire fut bien évident, la régente lui persuada de se retirer au monastère de riorus, pour y accomplir une pénitence publique de ses errements. Paul obéit à ce désir vers le milieu d'août. A peine fut-il en cellule, la maladie l'assaillit une de ces maladies ([ui secouraient les eunuques ii propos. Sans qu'on sut bien si leurs vagues souhaits avaient autorisé Phares h composer un venin opportun, on déclara bientôt le patriarche perdu.

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Rn rorn|);i<rni(; de rcinpfmir, l:i rrgonto alla rrndrf visito an mallKîurciix. Dcxaiil ]<'iii- suite, Paul r cnicicia li'ès haut !<> ciel (Tavoii- (juill** une ehar<fe ln*réti(jue avant la inoil. (^ela seul lui perniettail Tespoir du repos éternel. Dès ces paroles, Irène fit mander les prineipaux palrices et sénateurs iconoclastes, lillle leur suggéra de saluer le patriarche, de l'exhorter à reprendre la direction de 1 église. Quand il les reçut, Paul les supplia de garantir leur salut par une prompte abjuration. En outre, il proposa de réunir un concile œcuménique qui résoudrait la question des Images. Ces personnes ne manquèrent pas de lui reprocher son consentement de naguère à Thérésie. A cela il répondit par des pleurs et des plaintes de contrition. Il répéta que c'était précisément la cause de sa douleur, et pour quoi il s'efforçait de faire rude pénitence. Pendant cette crise de désespoir tragique, il trépassa. Ce ne fut plus qu'une chair inerte, mal barbue, et la bouche béante ; une chair i aidie dans un froc sur les cendres que l'agonisant avait fait répandre dans son lit plaqué d'ivoire, veillé par des lions de bronze qui relevaient les courtines. Et il parut aux assistants que c'était la mort aussi du parti militaire. Constantin sanglota si fort qu'on dut l'emporter hors de la chambre.

Bythométrès tenait un édit tout prêt autorisant à prêcher la réfutation des théories iconoclastes. Cet acte fut aussitôt promulgué. Paul ne croyait sans doute pas jouer au réel la comédie du repentir in extremis. Phares ne dédaignait pas l'olïice de machiniste suprême

dans les drames de palais. Le doucereux Eutychès, avait pensé qu'une mort parfaite allouerait une autre importance à la conversion du patriarche.

D'ailleurs on ne perdit plus un instant. Les délégués des ordres de l'État réunis, par commandement impérial, dans la Magnaure du palais des Blaquernes, virent la régente, l'empereur arborant le sceptre et le globe, tous les dignitaires en costumes présider cette séance extraordinaire. Lorsque le silence se fut établi, Irène, en de belles périodes, invita les personnes présentes à élire un nouveau patriarche ([ui égahU i^aul par ses qualités :

— L'empereur..., ajouta-t-elle..., considère cette dignité comme la plus haute de l'empire puisqu'il s'agit du service du Phéos et du salut des citoyens. Aussi veut-il que vous l'aidiez à choisir celui que vous estimerez le plus digne et le plus capable de remplir ces devoirs ; en telle sorte qu'ayant contribué, pour votre part, à l'élection du Patriarche, vous vous soumettiez d autant mieux à son pouvoir que vous l'aurez vous-mêmes jugé le phis capable de vous gouverner. Or, à hi cour, vit un sujet dont chacun prise le mérite. On n'a pu d abord s'empêcher de jeter les yeux sur lui. C'est Tarasios; mais...

Ainsi que dans toute assemblée soumise au sentiment de son humble confiance, les ijens se hâtèrent d'interrompre Irène, et de crier le plus haut possible le nom de Tarasios, à l'exemple des meneurs postés par Phares de-ci, de là.

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Siitisfallc de celle doellité, Irène coiitlim;i :

— C'esl eeliii-lii mAme (jik' nous distinguons el que nous voulons poui- pati i;n(h«'. Mais, comme j'allais vous l'apprendre, il refuse celle charge. Or il sied, devant celle manifestation , (ju'il expose ici les motifs qu'il a de s'opposer à une élection inspirée, pour ainsi parler, par le Tliéos même puisqu'elle vient de la voix du peuple, après celle de l'Empereur.

On connaissait Tarasios issu de palrices, réputé homme de talent et de caractère. Ainsi que saint Ambroise avant son élévation au patriarcat, il était laïque. Mais Eutychès le savait orthodoxe intransigeant. Il le tenait pour l'énergique exécuteur de la restauration prochaine, l'homme dame robuste qui ne reculerait, ni ne trahirait. Tarasios attendait que l'assemblée le désignât, ne voulant qu'on ne put lui reprocher plus tard d'avoir obtenu sa charge par faveur.

Devant l'acclamation publique, avec lenteur, il se leva. On vit un homme pâle et corpulent, en manteau brodé de léopards. Ses yeux luisaient. Après les révérences d'étiquette vers TEmpereur, vers l'Impératrice, il discourut.

Son exorde déclina une si grande responsabilité dans une église que l'analhème séparait des autres confessions d'Orient et d'Occident. Il avoua n'admettre qu'une foi unique dans le lésons et dans son Esprit. Par suite, il n'agréerait la charge que si la réunion d'un concile général statuait bientôt sur le

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tlifFérend des Images, et rétablissait, par ce jugement, Tunité du christianisme.

I.a houle des têtes chevelues, coiffées de bonnets rouges, verts, jaunes, s'émut et vociféra, l/assemblée sanctionna, de ses cris, l'attitude approbative d'Irène. Puis elle s'écoula dans un grand tumulte, traînant ses sandales et ses bottines, bavarde, sans respect pour la magnificence du lieu qui répétait en échos la rumeur humaine.

Alors les eunuques et Tarasios convinrent d'envoyer un message au pape Adrien. Les maîtres de Byzance le priaient de venir lui-même tenir la présidence du concile œcuménique projeté. Ils lui promirent des honneurs inouïs, outre la satisfaction de ses plus chères visées.

Trop tin pour ne pas soupçonner quel parti la politique d'Irène tirerait de ce voyage pontifical, Adrien préféra envoyer deux légats porteurs d'une lettre fulminatoire contre l'hérésie iconoclaste. Il fécilita Tarasios de sa profession de foi et de son élection, encore (jue celle-ci fut proclamée contre les canons. Les églises d'Alexandrie et d'Antioche déléguèrent aussi des évèques.

L'année suivante, 786, au mois d'août, commença, dans l'église des Saints-Apotres, le concile annoncé bruyamment à toutes les sociétés ecclésiastiques du monde.

Dans les galeries du pourtour haut tendues, pour la circonstance, d'étoHes impériales quadrillées, de bro-

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clcrics prccicuscincnt métal lujiies (Micliàssaiit le» pioirerics, Irène et (Constantin Itônèrent. i*rès d'eux, l'eiinuquc à t(>te de vieille appuyait son menton ^rommeleur contre ses mains tachées et unies :iti milieu (!♦• la carni*d'azur. H\ thoinétrès siégeait, lici' de tenir enfin rOrlent courbé sous son esprit. Avec sa mine jaune et finement ridée, Staurakios se faisait noble, sévère. Phares murmurait des oraisons, des actions de grâce en baissant les yeux. Irène dirigeait l'expression bienveillante de sa (ace vers les évêques resplendissant comme des joyaux par les cornes de leuis mitres, et les dalmatiques orfèvrées. Ils étaient déjà résolus, à voter la restauration du culte ancien. Par apparat ofliciel ils échangaient quelques propos de la discussion convenue qui précéderait l'accord unanime, lorsque d'elfroyables bruits et des clameurs de meurtre grandirent au dehors.

Inquiètes, les têtes se tournèrent vers les portes ouvrant sur la colonnade du narthex. Un groupe se précipitait dans la foule des citoyens et des clercs. Hagard et chauve, les mains en lair, un moine ventru cria que des séditieux en armes manifestaient pour le maintien du dogme établi par le conciliabule du Copronyme trente-trois années auparavant. '

Bientôt on signale les gardes du Palais qui accourent, l'épée nue. Des cris lugubres, des hurlements de guerre épouvantent les Pères de l'Eglise. Irène pâlit et impose en vain l'autorité de son geste consacré. Un instant refermées, les portes cèdent. Couverts de

casques écailleiix, les scholaires pénètrent menaçants parmi les cliquetis de 1er. Leurs bouches rasées, livides, profèrent qu'ils ne laisseront pas outrager, par un désaveu publie, la mémoire des monarijues militaires dont ils reçurent leurs enseignes honorifiques. Les échos des clameurs rebondissent dans la coupole. Les ofliciers de l'escorte qu'envoie l'Impératrice pour rétablir le calme sont brusquement bousculés, chavirés dans leurs manteaux, repoussés, contraints de se réfugier dans la croix de la nef, autour de l'intrépide Tarasios. Lui, véUi de l'habit patriarcal, monte à l'autel et commence, parmi ce tumulte de bataille, le symbolique sacrifice non sangflant.

Néanmoins le concile se dispersa. Ce fut une débandade, r^es doigts liturgiques levés avec leurs anneaux, les mains brandissant leurs crosses pastorales, ordonnaient ([u'on livrât passage. Et la foule se ruait à l'encontre. Irène, merveilleusement dédaigneuse sortit au coté de son (ils. Devant elle les menaces s'évanouirent. Son courage altier troubla les protestataires. Après son départ, ils rivalisèrent d'insultes envers le patriarche. Les évoques iconoclastes les vinrent joindre. Ensemble, avec la jactance du succès, ils vantèrent les axiomes théologiques du conciliabule. Ils couvrirent de leur dérision les orthodoxes réactionnaires, dont la fermeté ne se démentit pas. Sous l'ambon, l'eunuque à tête de vieille grognait, furieux et rouge, debout dans sa simarre; et ses gestes secouaient les métaux de ses insignes. Phares suppliait. Bythométrès raisonnait par grandes phrases, le visage

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tendu v(Ms les Icis (Us |j|(jiics. Staurakios gardait 1«silence, (M) se pei^iiaiil les boucles avec des ongles rageurs.

lievenus au Palais, ils ne perdirent pas le temps. Ils n'essayèrent point non plus d'une répression dangereuse, à cette heure d(; défaite. La violence de la soldatesque triomphait trop pour qu'il fût prudent de refréner alors son délire. Irène se priva de sortir, ne parut plus au dehors.

Bientôt, Staurakios, ayant reçu les dépêches de Cappadoce, les communiqua. Elles annonçaient que le calife Haroun-Al-Raschid successeur d'El-Mahdi et de Iladi se proposait d'envahir la province. Phares renchérit sur les pires nouvelles des stratèges d'Orient. Un bruit courut la ville : les Sarrasins se jetaient sur les thèmes d'Asie. Des messages rendus publics immédiatement signalèrent les progrès de l'incursion de lieu en lieu, de bourg en bourg.

Les crieurs publics et les tibicinaires sonnaient sur les places la calamité nouvelle. Sur l'ordre d Eutychès, les troupes commencèrent à passer le Bosphore avec les enseignes, les bagages. La guerre étant prévue terrible et longue, maintes phalanges de l'élite briguèrent la laveur de partir. D'énormes préparatifs agitaient les gens. Pour la première fois, le jeune empereur allait prendre le commandement et déployer en étendard le voile de la Très Illuminante Pureté contre le Croissant des infidèles. Irène le déclara, montrant son fils aux scholaires et aux candidats un matin de revue.

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Enchanté de la subite importance dévolue ii sa personne, le prince hâta les choses. Il voulut que ses équipages gagnassent toute suite la Bithynie afin de donner au monde chrétien cette preuve d'une bravoure qui ne pourrait tiédir. Or, c'était coutume et privilège des gardes impériaux de suivre en tous lieux les équipages du souverain. Comme on ne les y conviait pas assez vite, ils réclamèrent cet honneur imprescriptible.

La régente autorisa leur départ. Ils sortirent de Byzance.

Les eunu([ues n'espéraient rien tant que cette marche. Staurakiosse rendit auprès des légions de Thrace sous prétexte de les dénombrer. Il oiïVit à leurs odiciers la défense du trône, et les ramena convertis à Irène, glorieux de leur nouveau titre, de leur riche solde. Ils occupèrent les casernes des gardes impériaux dispersés déjà dans les camps et dans les postes d'Asie.

En même temps, Phares annonçait la retraite subite des Sarrasins. Les motifs de guerre n^existaient plus. Les équipages de Constantin repassèrent le Bosphore, laissant les troupes iconoclastes sans vivres, sans places fortes dans la Cappadoce. Byzance était au pouvoir des orthodoxes, tout entière. Pris au piège de la Régente les gardes s'inquiétèrent.

En effet, Eutychès les licencia par décret. Dépourvus d'argent, de ressources, ils se dissipèrent, en quête chacun d'un abri, du gain indispensable. Deux semai-

lies aprJ's, im oidrc suprriiie expulsait de Byzance tous leui's partisans, leurs lamilles, If^urs serviteurs. Le titre de « gardes » lut aussitôt dévolu ii l'élite des légions de Thrace. \a\ panique sanasine avait délivré les eunuques de leurs ennemis.

Irène n'attendit guère pour consacrer sa victoire.

Dans la ville môme où Constantin le Grand avait réuni le grand concile qui formula les principales vérités de la Foi, h Nicée, en Bithynie, l'impératrice convoqua les évoques l'an 78^. Du lieu, de son nom historique, l'assemblée sainte devait acquérir un prestige. L ne confusion s'établirait dans les esprits chrétiens ; et l'on ne saurait quelle fut la plus importante de ces diètes orthodoxes.

La cérémonie fut extraordinaire. Nombre de religieux mutilés lors des persécutions iconoclastes, s'y montrèrent, palmes humaines du martyre de l'Eglise. Et dans la poussière des routes ils exhibaient leurs moignons gélatineux, leurs visages sans nez, sans oreilles; ils ouvraient leurs bouches sans langues; ils décoiffaient leurs crânes scalpés, zébrés de cicatrices brunes. Trois cent cinquante Pères de l'Eglise s assemblèrent le 24 septembre. Le pape Adrien y fit prédire à Irène un règne de victoires si elle restituait le temporel napolitain et sicilien du Saint-Siège. L'Orient et l'Occident allaient enfin s'épouser.

Un prodige ne pouvait faillir à sanctifier une époque si pieuse. Des Juifs de Béryte ayant crucifié une image du Sauveur, le sang et l'eau jaillirent sous le coup de lance

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qu'ils lui portèrent, et tant qu'on put distribuer ces liquides saints a toutes les basiliques du monde.

Le Théos donnait raison aux eunuques contre le parti militaire. Les miracles airermissaient leur pouvoir. Irène lut héatifiéo par Tàmo admirante du peuple

grec.

TjC vingt-troisième jour d Octobre, ce 787, le patriarche Tarasios mena les Pères du concile à Byzance dans la grand'salle du Palais. Irène, l'empereur, les magistrats de la coui", les corpoiations et la multitude s^étageaient hiérarchi(juement de l'intérieur à l'extél'ieur, vers l'extrémité du faubourg noble. Sur un trône, merveille des orfèvres studieux, la Régente en sa chasse d'habits d'or et de pourpre, présida la lecture du Décret de Foi,

Fous les dignitaires durent y apposer leur seing. Au coup de trompette, des clercs apostés relevèrent les images d'or, les rétablirent dans les niches : et le peuple, se ruant par la ville avec des acclamations, alla chercher, au fond des cachettes, les statues de piété. On les érigea en grand honneur partout, dans les palais, les églises, aux angles des rues, sur les portes où elles avaient jadis donné.

Bénie par la reconnaissance des femmes, l'Impératrice rouvrit le trésor des [sauriens; elle répandit les largesses. De somptueux présents récompensèrent les hommes de bonne volonté qui l'avaient servie, et consolèrent les ralliés tardifs que les fervents de la première heure avaient querellés aux séances du concile.

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En offot, un moment I(!s cvi^ques orthodoxes rcfusèreiiL d'y recevoir les pénitents iconoclastes souillés du sang chrétien. Grâce à l'intervention du Palais, le conflit s'apaisa. Toutefois ceux qui avaient tenu le conciliabule du Copronyme durent en relire publi(|iK*ment tous les articles, puis la réfutation dernière,

Irène se connut à la tète des pouvoirs religieux. Elle inspira désormais la faction majeure du peuple. Si les eunuques demeuraient la pensée directrice, la foule contente de réaliser son vœu, imputait à l'Impératrice seule la restauration du culte libre. Le prince ne comptait guère, sinon comme symbole humain, sorte de maître des cérémonies paraissant à tous les galas publics avec la tenue des Basileis.

Alors Irène l'aima davantage. Elle avait h se faire pardonner, en le chérissant, en le choyant, en favorisant son goût de beaux costumes, des animaux nobles, des coursiers, des paons, et des cortèges superbes. Ce fut une mère dont l'exemple édifia les familles. Le titre de Très-Pieuse lui resta pour le triomphe de l'Eglise orthodoxe obtenu, par son courage et son intelligence, sur les plus redoutables hérétiques de 1 histoire.

A voir perpétuellement le territoire supporter les incursions des Sarrasins ou des Bulgares, les eunuques s'avisèrent qu'un accord entre les peuples du vieux monde s'opposerait seul utilement à l'immigration orientale, à ses conséquences. Il fallait donc oublier la politique exclusive préconisée par les vieux théo-

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riciens de Palais. Au contraire, des rapprochements, des alliances s'imposaient avec les races nordiques d'Occident plus âpres h la lutte, mieux fournies en valeur, innombrables, amantes de la guerre. Dès ce huitième siècle, Staurakios prévit la définitive invasion de i4^^^, la chute de THnipire immergé, sans soutien, par Taillux de la cavalerie turque, toute la civilisation des (Césars, tout le souvenir de la gloire romaine émiettés sous la furie du Barbare mongol qui s'installera, hors de ses déserts inféconds, dans la fertile, l'opulente Europe.

Constantin semblait l'obstacle. Les eunuques comprirent qu'il n'échapperait pas à l'individualisme brutal d'ascendants occupés, dans leur orgueil puéril, à se brouiller, par des extravagances religieuses ou politiques, avec le pouvoir occidental. Les dix-neuf années de l'éducation impériale n'avaient pas formé un être supérieur. Le souci d'une débauche quotidienne, une arrogance facile, le mépris des sciences, le goût du beau plastique trahissaient l'àme du futur souverain. Sans doute, Irène dut se reprocher le man([ue de vigilance. Aux heures de sincérité intime, elle s'avouait certes qu'elle avait jadis constaté sans déplaisir les absurdes penchants de l'héritier . S avilissant ainsi lui-même, il laissait moins à craindre pour l'avenir. Témoignerait-il jamais de ses aptitudes ;i régir seul l'empire des Romains ? Esclave d'opiniâtres appétits sensuels, il ne tarderait pas, s'il essayait le despotisme, h lasser le peuple par la fréquence des

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impôts cl Todiciix de ses îtllincs, Dcjî» ses onlremolteurs enlevaient les adolescentes et les jeunes garrons pour les mAleraux orf^ies du P;il;iis. I)fs parents ameutaieiil l;i canailh^ pjirlois juscjui- d;iiis rillppodronif où le cul-de-jatte Serantapichos chantait. Autour d Irène ses amis attestèrent l'incapacité de Thoir. Ils disaient comme l'F.mpire en de telles mains serait confusion et misère !

Une seule de ses qualités s'afTermit cjuand C!onstanlin atteignit l'adolescence : le couiage militaire. C'était précisément la plus dangereuse pour les eunuques. Ami du soldat, manieur d'armes, visiteur de camps, le prince pouvait toujours réveiller les partis séditieux. Aussi lorsque les Sarrasins assaillirent, sérieusement cette fois, les frontières, Staurakios mit en œuvre ses intrigues et son influence afin de lui ôter le commandement de l'expédition. Irène simula l'amour maternel, déclara le prince bien trop frêle malgré ses dix-neuf ans pour affronter les fatigues d'une campagne en Asie. Les soldats protestaient. Jean constitua leur état-major avec ceux-là même qui, dans Tentourage impérial, cherchaient h stimuler l'insubordination de Constantin contre l'inflexible autorité de sa mère. Plusieurs batailles malheureuses déconsidérèrent ces intrigants.

Dépité l'empereur pressait sa mère de conclure enfin le mariage avec la fille du Franc. Les portraits qu'il reçut de Rotrude, encourageaient son désir. La Régente ne pouvait offrir de motif valable qui prolongeât

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le retard de cette union tant souhaitée par le sentiment de son fils et par la diplomatie de la cour. Le récent concile de Nicée avait même réduit Thostilité du pape.

Une ambassade grecque partit. Elle trouva Karl à Capoue dans sa gloire de conquérant organisateur. Selon les conseils et les ordres du vieil Eutychès, les ministres de Bvzance réclamèrent avec hauteur Taccomplissement des promesses nuptiales faites sept années auparavant. En outre, ils élevèrent, sur la Pouille et le duché de Bénévent, des prétentions intransigeantes (jue l'on savait inadmissiijles pour la politique de Rome. Blessé par les tergiversations antérieures des eunuques, les évêques francs évincèrent les cupides. Ainsi que l'avait espéré l'Impératrice, le mariage fut rompu définitivement.

Dès que la nouvelle en parut sûre, elle invofjua l'exemple du Copronyme. Dès le refus de Pépin d'unir sa fille à Léon le Khazar, l'aïeul avait immédiatement fiancé ce prince à une (irec(jue distinguée d'esprit : Irène. 11 seyait d'agir pareillement pour sauvegarder l'honneur de la cour byzantine.

En ce temps vivait, dans la Paphlagonie, un saint homme, nommé Philarète, célèbre par sa chaiité et ses autres vertus. Il élevait ses filles et ses petites-filles, que l'on disait belles, selon les sévères principes de la piélé. Irène aflirma que cette éducation les désignait pour le trône, encore que leur naissance fut médiocre. Elle envoya, sous la conduite de Jean, une légation

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quérir ces vicrg<.'s, ot d'autres, eu ordonnant que l'on vérifiât si leurs corps étaient a la mesure esthétique des statues.

« Les fouiriers arrivèrent, dit le chroniqueur, dans un pays appelé Amnia, dépendant de la capitale Gangra, et où Thomme miséricordieux habitait. Ils virent de loin la maison de Philarëte, peinte en bleu, couverte d'un large toit fleuri. Pensant que c'était la demeure d'un parmi les premiers de l'Etat, ils ordonnèrent la halte à leurs serviteurs.

(( Et les gens du pays leur dirent :

— Seigneurs, n'allez pas vers la maison que voici. Gar si du dehors elle paraît grande et belle, il ne s'y trouve rien au dedans. G'estun vieillard misérable qui loge là.

« Bythométrès étant survenu dans sa litière avec le gros de Tescorte, imagina que ces gens parlaient ainsi pour obéir au maître de cette maison, riche, sans doute, puissant, et qui voulait se soustraire aux obligations de l'accueil.

<( Vraiment hospitalier et pieux, Philarète prit son bâton et marcha à la rencontre de l'eunuque. Il le serra dans ses bras, disant :

— Dieu a très bien fait de conduire mes seigneurs vers le gîte de leur esclave. G est un grand honneur pour moi que vous ayez jugé à propos de vous arrêter en la cabane d'un pauvre.

« Or il prescrivit à son épouse droite, fière dans ses voiles bruns et orangés :

... les li'fjats admirèrent la beauté parfaite de la pièce.

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— Prépare un bon repas, chère femme, pour que nous traitions les seigneurs.

— Tu administres ta maison de telle manière que nous n'avons pas même une poule. Apprête des légumes sauvages et reçois tes amis..., répondit la matrone.

— Prépare seulement le feu. Mets. en état la grande salle à trois lits. Nettoie la table d'ivoire. Alors le lésons nous enverra de quoi manger, assura-t-il.

(( Ainsi l'épouse agit-elle. Et, comme la Providence ne néglige jamais ceux qui ont confiance en elle, voici que, par une porte de côté, survinrent les premiers du village apportant au serviteur du lesous, leurs béliers, des agneaux, des poules, des pigeons, du pain, du vin vieux, et tout le nécessaire. Le couvert ayant été dressé dans la grande salle, les légats admirèrent la beauté parfaite de la pièce, la table d'ivoire incrustée d'or^ table ronde très large et très ancienne, capable de contenir trente-six noms de convives. Les mets lurent dignes d'un repas royal. L'homme vénérable, ressemblait vraiment au patriarche Abraham non seulement par les sentiments hospitaliers, mais encore par le visage. Les voyageurs étaient complètement charmés. Pendant le repas, le fils du vieillard, nommé Johannès vint saluer Bythométrès. Il avait la démarche et la taille de Saiil, la chevelure de Samson, la beauté de Joseph. Les autres descendants de l'hote se présentèrent aussi, servant et desservant la table, tous radieux.

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« Jean et les convives conlciii j.liiH-nt l.t helle ;ij»|>;irciice (les jeunes liornfiics.

— Oui, mes seigneurs..., affirniuit le vieillard

tons ces jeunes enfants sont mes petits-fils.

— Fais venii' ton épouse afin cpTelle nonsaccueille — pria reuiUKjne.

\i\\c accourut, éblouissante de beauté, bien qu'âgée déjà. Jean demanda :

— Vous avez des filles ?

— J'ai deux filles, mères des jeunes hommes cjue vous voyez.

— Ces enfants ont sans doute des sœurs ? L'aïeul répondit :

— fi'aînée de mes filles a trois filles.

— Que les jeunes filles se montrent..., commanda Bythométrès..., afin que nous les jugions, selon la volonté de nos Princes couronnés par la grâce du Christ. Car ilsnous ont ordonné, à nous leurs esclaves indignes, de faire en sorte qu'aucune adolescente ne reste dans Tempire romain que nous ne Tayons appréciée.

— Mangeons et buvons ce que le Théos nous a donné, et que demain sa volonté soit faite..., répondit l'hôte.

« Levés de bon matin, Jean et ses officiers appelèrent les jeunes filles. Le vieillard leur représenta :

— Seigneurs, bien que nous soyons misérables, cependant nos vierges ne sont jamais sorties de notre humble chaumière. Si vous le désirez, maîtres, venez vers l'appartement intérieur ; et vous les verrez.

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(( Ils s'y rendirent avec empressement. I^es deux filles du vieillard accompagnées de leurs enfants marchèrent très fièrement îi la rencontre des léf^ats saisis d'un religieux respect. A connaître la vigueur de ces femmes, l'extraordinaire fraîcheur de leur visage, la grâce de leur maintien, tous s'arrêtèrent muets. Ne sachant distinguer les mères des filles égales par les lignes des visages et la grandeur de leur taille, Jean demanda ;

—^ Père, quelles sont les filles, quelles sont les mères et les pelites-filles ?

(( Kt, rhote, les désigna. Aloi-s, les officiers mc^surèrent la taille de la première selon les indications iuipériales ; etils la trouvèrent comme il convenait. Ayant examiné ensuite la tète ils la trouvèteni conforme aux canons esthétiques ; ayant considéré la chaussure du pied, ils la trouvèrent encore de parfaite dimension.

« Satisfaits, ils emmenèrent les vierges avec leur mère, les autres enfants et toute la famille, au nombre de trente, à Constantinople. Voici les noms des enfants de Philarète : Johannès son fils aîné ; sa fille aînée Ilypatia, veuve avec deux filles, Marie et Myranthéia ; sa seconde fille Enanthéia avait deux filles Kosmo et Hypatia de qui le père s appelait jNIichel.

(( Les envoyés impériaux réunirent ensuite dix autres adolescentes en difTérentes provinces. Parmi elles se trouvait la fille d'un riche stratècrc, Gérontianos. Superbe, elle avait Pespiit naturellement porté vers l'amour de la richesse.

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« Miirlc, lii pclitc-iillr (iii tiiisôricordieiix Pliihtri-tr rcfriircluitscs cimjl(;s d'un d'il timide, ft l<iir proposa :

— Mes sœuis, faisons un traite; d'union : (jue celle d'entre nous que le Tliros dôsifrurra pour r\n' icinf. se chaitfe des autres.

« La fille du stratège Gérontianos répondit :

— Je suis assurée que le prince me prendra poui épouse, car j'ai la démarche noble, le visage délicat, et je suis plus riche, de meilleure naissance que vous. Quant à vous, les pauvres, qui n'avez d'autre défense que votre mine, il vous sied de perdre vos espérances,

« Entendant ces paroles, Marie rougit et garda le silence. Intérieurement elle fit des vœux pour être secourue par l'afTection de son aïeul.

« Dès qu'ils furent arrivés à Constantinople. Jean conduisit d'abord la fille de Gérontianos près de Staurakios, logothète du prince, qui administrait toutes les affaires du Palais. Quand celui-ci 1 eut examinée, il décida :

— Certes, tu es belle et gracieuse, mais tu ne peux faire l'épouse d'un empereur.

« Après lui avoir donné de nombreux présents, il la congédia. La dernière de toutes, Marie, descendante du juste, sa mère, ses sœurs et Philarète furent introduits. Leur magnificence physique séduisirent le Prince Constantin et l'Augusta Irène. Pour cet j

air modeste et intelligent, pour cette noblesse de ■

la démarche, le Prince choisit Marie. La deuxième "

fut épousée par l'un des plus notables archontes.

irènh: et les eunuques 147

Constantiniakos, honoré de la dignité do patrice. Quant à la troisième, elle fut destinée, parmi de nombreux présents, au vieil Argousès, loi des Lombards. Car cet Argousès désirait en mariage une vierge de Constantinople, à condition ([u'elle lût superbe, même si elle était pauvre.

<c Le prince choya avec beaucoup d'amitiés la famille du pieux Phihnète. Il leur olïVit à chacun, depuis le vieillard juscju'à Tenfant à la mamelle, des richesses, des biens, des vêtements, de l'or, des ouvrages de grand prix ornés de pierres précieuses et de perles, quelques spacieuses maisons sises près du Palais, n

Si le refus du Franc servait Tambition de la Régente, il blessait fort son orgueil. La Despoïna permit au Lombard Adalgis de passer en Italie par les provinces grecques afin de reprendre la couronne de son père, captif des Fraiics. Elle nantit son allié d'argent et d hommes. Les spathaires impériaux préparèrent en Calabre une expédition contre Kavenne avec le concours des gens de Naples, Amalfi, Sorrente. Trésorier général des guerres et curopalate, Jean Bythométrès concentra les troupes, leur adjoignit les garnisons de Sicile, et marcha sur le duché de Bénévent soumis à la suzeraineté du Franc. Par malheur, Adalrris obtint de commander, pendant qu'une grosse fièvre paludéenne enlevait au Mesureur de l'Abyme toutes les

l4fi IMKNK KT I,KS EUNUQUES

vifrnoiirs de son «sprit. le duc de lirnévent, Grimoîdd, accourut, si prompt, ;i Iciii icncoiittw «pi'il Irs surprit pendant uno niancjMivri* nocturne. Son infanterie derninue dégringola des cimes, jaillit drs hnissons. surgit des ravins, poussant des cris de hihoux, rlardar)! l-s pointes de ses lances au visage des livzantins fdlarj-s. Le sang ruissela sur les écailles des armures. Les crânes fendus par les haches bayèrent. Les corps grecs s emmêlaient en tombant sur les cailloux. Ainsi Grimoald détruisit les colonnes. Endormi dans sa litièie, le Mesureur de l'Abyme fui capture par b* baron d un fief voisin.

La promesse d'une copieuse rançon tenta ce pillard. Il ne livra point. loan h son suzerain. ^Liis, avant habillé le cadavre d'un eunuque avec les vêtements du prisonnier, il déclara que c'était là le corps de Bythométrès ; puis emmena le curopalate dans un repli de 1 Apennin où s'érigeait le donjon. Irène avertie, racheta secrètement l'ami qu'elle avait cru tué, plus de six mois, sans autre douleur que celle de perdre un auxiliaire précieux, déjà remplacé par Staurakios, disciple et continuateur.

Adalgis ramena péniblement à Byzance les débris de l'expédition. Il dépérit là, sans honneur, au long d'une existence obscure.

Soucieux de mettre l'Italie grecque aux mains de ses alliés, Karl choisit pour prétexte de guerre les propositions hérésiarques du récent concile de Nicée. Il tenait à paraître le fléau du Pape. Cette attitude lui

prêtait une sorte de caractère sacré justifiant la chance de ses armes. Pourtant Adrien craignait une nouvelle scission des ?]glises. 11 écrivit au Tranc une longue lettre. Les vainqueurs d'Adalgis ne terminèrent pas moins la conquête des possessions grecques en Italie, et ils préparèrent ainsi le sacre de leur roi comme empereur, titre que Byzance ne lui pouvait plus guère disputer.

ONSTANTiN atteignait alors vingt ans. Sa 1 situation demeurait piteuse. Les mi-

Qj%3 nistresle méprisaientavecalTectation.

Son étoiirderie l'avilissait au milieu d'une cour éruclilo, rhétoricienne, éprise de brillants syllogistes.

Occupé de satisfaire quotidiennement ses instincts, il sollicitait de Phares l'argent

l^'J. IHKNK KT T.KS KL'NUQUES

nécessaire, (lehi le rendait d'autant plus infâme aux yeux des eourtisans (jul le découvraient parmi les (juémandeurs liabituels, et sans plus de vergogne, lùitychcs. Phares, Stauiakios distribuaient les emplois, les faveurs, les grâces et les charges, sans le consulter même poui' la forme. Tout se décidait à son insu.

L indolence du prince ne pouvait soutenir la lutte contre de si habiles personnages, contre ce Staurakios il la face rusée, fine, au nez (brt de flaireur. aux veux perçants, à la pénétrante ironie, plus évidente, vers les plis de la bouche dont les commissures s'accusaient : la barbe élégamment bifide allongeait cette figure plate.

Toutefois, quand il apprit les défaites d'Italie, Constantin reprocha ces malheurs avec une arrogance inusitée et de menaces sous-entendues. A son retour, Jean ne fut pas moins invectivé. Ce suffit pour que les astucieux conseillers dTrène en vinssent a soupçonner quelque conspiration latente. Certainement des téméraires excitaient l'empereur. Eutychès fit espionner les parasites du prince.

On s'étonnait, depuis quelques semaines, de l'assiduité de l'Autocrator chez sa femme qu'il avait trop négligée après les premiers mois nuptiaux. On crut qu'une afïection, ou, du moins, un caprice s'éveillait en faveur de l'épouse. Seule, une cubiculaire attirait Constantin. Vif, puéril, d'autant plus aigu qu il fut d'abord contrarié, ce désir le posséda. Théodote avait seize ans. L'empereur ne perdit aucune occasion de la rencontrer, de la flatter. Faute d'argent il ne pouvait

la corrompre par des cadeaux. Sa colère de mâle s'exaspérait.

Le drongaire Alexis, précepteur et confident, profila de cette passion délirante. Il représenta que les eunuques et Irène détenaient indûment le trésor impérial, (ju'ils le dérobaient au juste contrôle du souverain, ([u'euxmèmes en profitaient pour leurs vices. Irène comblait

ses relifrieuses aux mœurs de Gomorrhe. Phares ache-

tait des poudres raies et des pierres (ju il lalsait dissoudre dans son alhanor. Eutychès entassait des richesses dans les caves de l'Arsenal. Staurakios soudoyait des partisans. Aussi ne restait-il plus d'argent pour entretenir des troupes sufïisantes en Sicile, ni mener campagne contre les redoutables armées des Francs. A l'empereur il appartenait de sauver Byzance, de mettre ordre à ces dilapidations, de régner enfin.

Alexis n'eut aucune peine à persuader son élève. Il recrutait prudemment, parmi leurs familiers, des hommes d'importance prêts h le servir ; et il invitait a ses festins nombre d olliciers autrefois iconoclastes, avec des courtisanes accortes qui servaient d'appeaux.

Eutychès ne tarda pas à découvrir que Pierre, Maître des Offices, et Théodore Camulianos, patrice, méditaient de surprendre les eunuc[ues, de les charger de fers, de les reléguer, avec Irène, en Sicile.

Théodore et Pierre avaient un autre cotnplice, Damianos, cocher illustre a l'Hippodrome. Un dimanche, comme celui-ci fiirurait dans une course, les événements se déterminèrent.

l54 IHKNK Kl I,E8 KUNL'QUES

M l;nil ini;igiri«*i' cr (•ir(jin' Immense, toute 1h m*«* (11111 |)(nij)l(' passioiiiH', costnopolilc et |);il pif iirit.

De r«''(lific(* ovale, une rumeur du jx-uf)!** monte et s évase dans Tair hlcii, jusqu'aux vols des pigeons teints (jui évolueul cutie les hauderolies des grands mats veits. Les toufl'es de Heurs que les femmes élèvent devant leurs yeux, pour les garantii* du soleil, font un immense chatoiement sur les gradins enctimbrés. La foule y grouille en pourpre, en indigo, en blanc. Les métaux des bijoux flambent aux agrafes sur les poitrines, aux cercles d'argent parmi les chevelures, aux pommeaux des glaives, aux cas({ues des soldats en armures lumineuses etappuyés contre leurs piques. Ainsi brille le peuple romain étage sur les zones oblongues de l'amphithéâtre autour de la Spina, digue énorme et centrale qu'enveloppe la piste sablée de brun. Le long de cette diorue, se dresse la succession des colonnes enlevées jadis aux temples des vaincus, plusieurs chapelles et des édicules, maitits trépieds où fument des parfums, quelques mâts écarlates contre quoi battent les bannières représentant, par reliefs de broderies, les figures géantes des saints. A une extrémité, le colosse de bronze qui supporte sur son épaule le poids doré de TEnfant-Jésus, domine la borne effleurée par l'essor des quadriges. A l'autre bout, une statue non moins grande de la Théotokos recueille tout le soleil dans son auréole.

Tel est le lointain aperçu du pont en marbre qui réunit un étage des gradins h la tribune militaire du Pi et au ves-

bille du Cuthismn, loge impériale, dont la porte, entre deux groupes de colonnettes, découvre une perspective de murailles en porphyre. Sur ce pont, des privilégiés bavardent et circulent, entre les rangs des gardes. Ce sont des courtisanes en lobes étroites, en tuniques peintes de scènes pieuses. La marche d'une femme plisse son manteau violàtre où I On voit figurée la Madeleine lavant les pieds du CMirist. l*]lle sourit aux eunuques qui Tadmirenl, aux gardes coiffés de casques écailleux, au changeur arménien qui a une belle barbe bouclée, de grands yeux doux, une ceinture faite d'émaux ajustés, une tuni([ue bleue, des cnémides en cuir blanc, une petite calotte en feutre

xrris,

Voici (ju'nne cpierelle divise les marchandes de fruits et les bouquetières. Sous Temblème de ces commerces aimables, les hétaïres dissimulaient leur art lascif. De leurs bouches, s'épanche toute la vase des injures populaires.

— Poche à poison!... crie Zoé, dont se fripe le voile jaune.

— Pastèque pourrie!... riposte Eudoxie, et les franges bleues de sa robe entravent son clan.

— Le pain des prisons enfle encore tes joues!

— Rôdeuse d'hôtellerie, tu attires les pèlerins dans les embuscades sous prétexte d'amour.

— Manichéenne!...

— Fille de lépreux, tu perds ta peau par lanières ; ca se voit, malaré ton fard!...

I r)^ I H K N K i:t i,ks ku n lou ks

— Tu (h'Toljcs les liosties sjiintes, tu les réduis en p()U(.li(! ; lu casses les croix cw iwovv.tr.mx et tu les mêles il du sang de rat.

Sopliia s'approclic dans la majc.'sté de son cainail brodé (le chiens blancs. Klle interroge ironifjuement lludoxie :

— Tu composes des remèdes païens.'...

— Afin de soigner tes pustules sarrasines ?... renchérit INIaximo.

Eudoxiese tourne vers elles, les poings su ries hanches:

— Favorise-nous de ton silence, auberge i\ Bulgares. Une voix, celle de Pulchérie :

— Va, va vendre ailleurs tes melons et tes oranges. . .

N'empoisonne pas plus longtemps des chrétiennes

Ordure de Manès....

— Toi... hurle INIaximo, levant son chasse-mouches de plumes roses,... Christ te pulvérisera comme tu pulvérises son corps consacré î

— Tu peux sceller ta bouche, coiffeuse de juments... réplique Eudoxie, qui veut s'éloigner.

^laximo s'avance sur elle :

— Je te coifï'erai avec ta corbeille, moi

Très calme, intervient l'épistate du Cathisma :

— Là, là , Colombe de Patras. Recule. Les quadriges courent. Ils atteignent la borne. Tu jetteras en retard ta couronne.

— Toi, la marchande... dit Phares attiré par le bruit,... donne-moi une pastèque fraîche, une bien rose dans le cœur

Soplîia se prit à rire fçentiiiieiit :

— Tu veux donc t'empoisonner, père de... rien...

— Lui aussi est manichéen..., dit Ma.vimo... On Ta vu tourner dans rMippodrome, autour de la Spina, avec un diadème en boyaux d'à ne, tout (Vais. Le bourreau menait le cortège.

Pulchérie se tourna vers lui :

— Abjure, eunuque. Lt puis, Lu me rendras mère.

— Moi aussi, hein, tu me rendras mère, dis, figue fripée... Choisis entre nous la source de ta postérité.

Et Eudoxie d'ajouter :

— Tiens, Phares, prends celle pastèque VA\c

sai<Jfne, Ca te consolera

J^harès eut un sourire :

— A vous entendre, je me consolerais de n être pas mâle, si jamais le désir m'en était venu.

— Euh! euh! fit Eudoxie, tu craches sur les perles, parce que tu n'as pas d'oboles dans ta ceinture.

li'épistate Nicéphore détourna l'entretien :

— Vois plutôt. Damianos garde la tête de la course... Distingue les sabots écarlates de ses étalons

Tous, courant au parapet, se penchèrent. Sophia reconnut les coureurs :

— Damianos!... Pholios le suit Leurs chars se

frôlent : on dirait un bruit de flammes

— Damianos!.'.. Il est livide au bout des rênes. . il est plus bleu que sa tunique bleue.

Maximo coi\i manda :

— Lance la couronne.... il évite la borne....

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