‹ Irène et les ennuquesChapitre 8 sur 15 · IHKNK KT LKS KlNUOl'KS · texte numérisé non relu

IHKNK KT LKS KlNUOl'KS

m jiim;iis. (lonsohitrlrc. . . Liiinirif du (Ihrist, fille de la HîivoiHiînito Puirh'... J'ai péché contre ta confiance...

Lf silence lut liiouhre. Knsnite Marie poussa des cris iiiîMliciilés. i.a suivante pleurait devant Ticôn*?.

D'abord Marie la tint éloignée, puis elle se rapprocha et lui cria avec fureur dans le visage :

— Va... Va.. . reste loin... corrompue. .. lo mica tri ce... urne d'infamie... toi! Ah... Toi!... Ht je t'embrassais les yeux... tes yeux qui... oh !... Et je te caressais les mains... tes mains... tes mains de crime Ah ! souillée ! Honte du jour... Et je nouais tes tresses qu'il déliait, lui... Rt je chérissais ton visage... et... oh ! Pourquoi, pourquoi, as-tu fait cela... pourquoi? .. Je t'avais prise entre les pauvres et les humbles... Je t'avais élevée dans les pavillons de marbre, j'avais, avec toi, partagé mes joies... mes piétés... ma science... mon cœur... Pourquoi le crime, pourquoi?

La voix déchirante de Théodote s'éleva :

— Arrache mes cheveux. Piétine l'ordure de mon corps... Devance la mort qui menace... Va... j'ai tout mérité...

— Pourquoi? Je veux, tu m'entends,... je veux que tu dises pourquoi.

— Qui se taira si Ta vertu commande... Attends... Attends un peu que je réprime mon sanglot... Là... ta douleur m'étouffe... Oui, je dénoncerai l'abomination... Tu sais... Il est beau ; d'abord...

L'épouse l'empoignait au voile, la secouait.

— Oui... mais dis pourquoi ?

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— Tu sais... (et elle retenait l'étofFe contre son visage). il était 1(3 Maîlrr, le Havon du (Christ... Olui qu'on ne peut pas contredire... In s;us !

— Il t'a (Icinandé cchi, (lonshintin î (]\'st lui ([ni l'a de m and (3 .'...

La pécheresse douta in(*Mne.

— M'a-t-il demandé .'... Il riait... 11 jouait avec mes membres... Il me touchait comme on touche une émcraude en la lumière... Il vantait mon corps... Une lois il a pris ma bouche dans sa bouche.

Marie brûlait :

— Ah ! Il a pris ta bouche dans sa bouche... Kt tu ne t'es pas dérobée, et tu ne t'es pas arrachée de lui?... Et tu vis encore ?... Là... oh !...

Elle leva la main, et la battit lorcenément. Théodote se préservait :

— Ne me fais pas tuer... Ne me fais pns tuer... Attends encore...

Alors Marie interpella le Christ de Licone :

— O Théos ! c'est donc pour cette récompense que je porte ton image sur ma poitrine, et qu'un ciliée râpe mes reins!... Théos !... Théos!... Tu as menti... Christ!... Christ! tu as menti... Christ!

Et se ruant sur l'icône, elle la jeta contre terre, la brisa sous ses pieds. Théodote se releva, s'enfuit jusqu'à la baie ouverte sur l'espace :

— Oh!... oh! Ta Vertu l^lasphème... oh!... oh!... Le monde va s'entrouvrir... Le peuple huile... Encore un incendie!... Comme la rive Ilambe !... Ausfusta,

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Au^uslîi... Lunjièrc des Lumières, Hllc de lu Piirel<-... Ne (oiilc pas aux pieds la sainte image... ou le Palais s'écroulera... I^coute déjà comme le peuple hurle et comme mutait la mer !...

Marie délirait :

— Hurle, peuple! Et mugis, mer! Et toi, prostituée, meurs !... meurs donc !... Tonne, Théos... l'^crase-la... mais écrase-la. Justice des justices... Ou bien... tu as menti... Tu as menti sur la croix, Fils de ITIomme ! A bas, le cilice... A bas, l'effigie de ta face.

Elle arracha ses vêtements d'or, le cilice et la médaille qui volèrent aux quatre coins de la salle. Epouvantée, Théodote se signa :

— Oh... oh!...

L'épouse courut sur l'Ennemie, l'étrangla de ses mains hargneuses :

— Toi...

Le petit visage bleuit sur le collier des doigts vengeurs. Les beaux yeux saillirent comme des boules entre les cils recourbés.

— Ne me tue pas, Toute-Puissance Colonne divine... Tour de candeur... ne me tue pas... Il était si beau, Constantin!... si beau !

L'autre reconnut l'évidence de l'excuse, et relâcha son étreinte :

— C'est vrai. . Il est si beau, Constantin... Mais tu ne devais pas. Non... non ! non !...

L'enfant s'était réfugiée dans le coin de la baie :

— Ne souille pas tes mains pures avec du sang de

IRKNE KT LKS EUNUQUES oo^

pécheresse... Attends que les soldats d'Alexis entrent... Tiens... vois... Sainl-Manias aussi llanibe... maintenant... f/heure de ta vengeance approche. .. J^atientc... je t'en supplie !

Marie sanglotait :

— Je ne sais pas tuer... je ne sais pas... Si le Théos épargne ta vie... je l'épargnerai... Et puis, te frapper... non... C'est Christ qui a menti!...

Tlîéodote, vautrée, lui baisa la robe :

— Ne jette pas ton àme au (eu de l'iladès, en blasphémant... Je te plains avec mon cœur déchiré.

Elle releval'image et ralluma lalampe. Marie furieuse, blasphéma :

— 11 n'y a pas de feu dans l'IIadës. 11 n'y eut pas de Christ sur la croix. 11 n'est pas de vertu. 11 n'est pas de justice. Il n'est rien, rien... rien... rien... rien...

Elle alla jusqu'au vantail et regaida pélilh^- Tiiicendie.

— A la place de Byzancc, il n'y aura plus rien bientôt, rien... La mort efl'ace.

Théodote restait à terre étendue, parmi sa robe aux licornes écarlates; et la tète dans ses mains. Marie se laissa choir devant l'autre :

— Elle efTace. Voilà... 11 faut attendre la fin... sans savoir. Mieux vaut ne pas savoir, ne pas espérer, ne pas craindre... Eève-toi, prostituée ! Ferme le vantail... Je ne veux plus apercevoir la mer, ni Byzance... ni loi...

Docilement Théodote alla fermer le vantail, puis s'agenouilla devant l'icône, et d'une voix palpitante :

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— O Th(''()S.,. (lien loiif-puissîiiif. on liois livpostascs, (jiil contiens les siibst;mtlabilit<-s du /iKuide, cl les potentialités infiniment successives de IKsprit, (Valise (les Arcliancres et des lOons, (^onsubstantialité du Fils et du Père, de reflet et de Tontine ! Triple lumière (jui éclaire les mondes î Simultanéité des époques ; o J'héos, tu t'incarnes pour soufïrir en nous... pour soulï'rir en nous., en nous... en nous...

Marie montrait le poing au lésous :

— Tu souffres en nous, le menteur, l'injuste ; Christ... tu soulFres en nous !...

Et elle s'efFondra sous l'icône. Elle criait si fort qu'elle n'entendit pas arriver dans les vestibules Irène ni ses eunuques.

— Cependant... conseillait Staurakios, très calme... il vaudrait mieux que l'Autocrator allât, revêtu des insignes, au-devant des légions. Ce serait plus sûr. Alexis devra recevoir son empereur dans la posture d'un sujet; tandis que si le traître entre à Byzance, il s'affirmera seul maître.

A voix basse Irène répondit :

— N'appelle pas la mort sur mon fils par des paroles de mauvais présage.

— Toutes les galères nagent au-devant des usurpateurs vers la côte de Bithynie,... murmurait Jean... O vase fêlé, Byzance tu laisses fuir ton peuple jusqu'au nouveau pouvoir.

Irène implora le Christ de l'icône. A prévoir Constantin près de l'humiliation, delà déchéance, peut-être

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de la mort, Tamour maternel renaissait. Elle appréhendait comme pour sa propre chair et sa propre fortune. D'ailleurs n'élait-il pas la laison de leur double souveraineté ? Elle se prosterna :

— Le Théos est dur s'il ne sauve pas mon fils !

— Les péchés sont innombrables, aussi !... riposta Phares, cruel, tandis que des rumeurs de révolte grondaient au dehors et qu'ils se prosternaient tous.

— S'ils tuent mon fils !

L'ange fort, Aétios manifesta toute son énergie :

— Il faut qu'il se montre. Alors, ils n'oseront pas. Mais il faut qu'il se montre. Ta Piété le persuadera de prendre les insignes.

Humble et sinistre, Eutychès rendait compte :

— Comme Ta Piété l'avait prescrit, les eaux du Bosphore noient à cette heure les caves d'Eleuthérion. Le trésor de ton palais, ils ne le découvriiont pas.

Elle répondit dans une angoisse brusque :

— Mais ils peuvent le tuer celui en qui je reconnais mon sourire et ma voix.

Et cela lui parut alors plus injuste, plus atroce, plus insultant que tout, que la perte du tione, que l'anéantissement des espoirs, que la ruine de Byzance. La maternité reconcjuit Irène, la posséda, la tortura.

Du fond de ses voiles bleus, et dans sa posture abîmée, l'Arménienne gémit :

— Etait-il ton sourire ? Etait-il ta voix?

— Nous aussi pouvons mourir avertit Staurakios.

Irène répliqua :

'A-^O IMKNK KT l.KS I.IM()IKS

— Vous, vous!... \'<uis u Aies pns un (l;ingcr pour Alexis. Il ne vous cuiint plus. Mais il redoutera (^onstaulin.

A «genoux Mulyclii's réprtait en se ciainporininil a ^a canne bleue :

— Cojnme Ta Piété Tavait prescrit, les rej^isties des impôts sont noyés dans les caves d'I^lleuthérion.

Phares se signa coup sur coup :

— Du moins, ils ne pourront pas ruiner la chrétienté de tes peuples. Ils percevront injustement les dîmes.

— Et leur tyrannie excitera l'émeute dans les thèmes,... prophétisait Jean avec un espoir.

Couvert de ses habits patriarcaux, la crosse en main pour en imposer aux foules, prêt à tout héroïsme, Tarasios entrait :

— Alors nous te rappellerons, et le peuple te rapportera les insignes à genoux.

— Mais s'ils ont aveuglé mon fils, celui aux yeux de qui je contemple mon regard !

L'épouse protesta :

— Ce n'est pas son regard que Ta Piété reconnaît dans le sien

— Ils ne toucheront pas l'empereur revêtu de ses insignes,... promit Eutychès; et sa tète de vieille branlait.

— A-t-on préparé les insignes?... interrogea vivement Irène.

— Il est plus beau que les insignes,. .. pleura Marie... A quoi bon les insignes ?

Irène s'impatientait :

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— Que l'on se hâte donc

— Je vois appMielller la trirème impériale dans le

port!... dit Aétios.. Il faut que l'Autocrator sorte

Le peuple hurle... Les torches sautent de main en main...

Lamentablement, Théodote balbutia :

— Si nous pouvions être sauvées!

Alors Irène, alla baiser fiévreusement l'icône :

— O Théos, sauve mon fils, Constantin, fils de Léon,... miroir de ma vie....

Marie s'acharna :

— Ce n'est pas la Piété de ta vie dans ce miroir-lii. De toute son an^roisse Jean interrogeait le lésons de

l'icône :

— Sauvera-t-il notre œuvre de paix. Sauvera-t-il Byzance, joyau de paix sur le monde.'

— Le sang de mon fils ! Sera-t-il dit que j'en verrai la couleur?

L'Arménienne durement rappela :

— Le sang ne lave rien.

— A cette heure de désespoir,... demanda Staurakios, grave.... ([ue Ta Piété dise si nous l'avons trahie!

Irène se redressa :

— Les logothètes ne m'ont pas trahie. Les soldats m'ont trahie. Mais si : les eunuques m'ont trahie puis- ([u'ils livrent mon fils!

— Nous n'avons pas trahi,... objecta Jean... parce que les passions ont été retranchées de notre corps ; et que seules les idées allumèrent nos espérances. Nous

'.>.3si IKKNK Kl Ils KlM'orKS

soîiimcs (Irviml '\ ,[ l*i<'t<' (l(;s serviteurs diligents. Des rmies sans reproche;.

— I)(;s servit(;urs diligents 1... ric;»ri;iit In-ne,... Des àines sans reproche! Et vons laissez tuer mon fils!

Ol^sédée, l'épouse cria :

— L'Aulocralor a péché avec les femmes

— Devant Ta Piété, Irène d'Athènes,... dit Staurakios en redressant toute sa taille géante,. .. Basilissa des Romains, nous remettons nos pouvoirs, pour cjue la force des soldats les recueille.

Tarasios désespéra.

— Ils détruiront les icônes et les statues de La Pureté, et ils gratteront les Saintes sur les fresques.

La voix rauque de Marie, encore, accusa :

— Parce que l'Autocrator a péché !

— Nous avions rêvé pour lui un empire étendu,... gémit Staurakios, qui tendit ses bras dorés.

Assis sur ses talons, Aétios évoqua leur rêve fini :

— Un empire sans autre limite que Panneau du vieil Océan...

— Qui entoure d'un horizon glauque les pays bons pour les hommes dignes de prier,... poursuivit Tarasios.

Et B}thométrès continua :

— Qui borne la marche des soldats, les voyages des marins, l'expérience des philosophes.

— Où les peuples eussent été comme des troupeaux dociles et blancs.

Ainsi conclut Staurakios; et il haussa les épaules.

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Ensemble ils regardèrent la halustrade par-dessus quoi l'empire et Byzance apparaissaient tenant TEurope avec l'Asie en leurs cent mains qui étaient des citadelles et des villes, une flotte pavoisée, des cathédrales retentissantes.

Fervent de loi, le patriarche supplia le ciel :

— Pour la pensée du Théos dont tu es, Despoina, le rayon éblouissant; pour la pensée d'amour du Théos...

ÏjCS mains levées, Jean, invoqua l'Esprit :

— Pour rintoUigence la plus haute des Eons qui sont aussi les Nombres, par qui vit l'Harmonie universelle... Et tu aurais été le dernier Eon, sur l'échelle des Idées (jui remontent vers l'Origine.

Amer, Aétios, prétendit :

— Les guerres auraient fini de retentir. L'or aurait séché le sang. Les rebelles n'auraient pas menacé ton lils de mort.

Staurakios enraoreait :

— Moi, j'ai obtenu la pai\ des Sarrasins, la paix des l'rancs, la paix des Bulgares.

— Moi,... déclara l'orgueil d'Aétios,... j'ai réussi h ce c[ue le bruissement de fer de la guerre ne fût plus entendu. par delà la Cappadoce, ni sur la rive rocheuse du Danube, ni passé les tristes Ilots adriaticjues.

Et Tarasios :

— Du moins, j'ai rétabli le culte des images. Le lésons a souri de nouveau entre les pierreries des icônes pour consoler la douleur des femmes, pour réconforter le désespoir des vaincus. Le pape Adrien

se récoiH'iliii. l/lljrlisc (r()rifM»t et l'Kirlls»' ti'( )ceitient s'embrassent comnie les sieurs du 1 lu-os apaisé. Jean eompla ses (viivres :

— Moi, j'ai instruit l'ànie des nialelots. Nos f^alères ont iVanelîi leseolonnes il)('ri([ues. Mlles ont tourné vers le i\)nent. Klles ont déeouvert d'autres astres, des pierres nouvelles pour la gloire de ta couronne. Elles ont atteint le pays doré d'Ophir. Kllesrapportent 1 anihre et les teintures précieuses, et des fruits savoureux ii la bouche.

Irène sans indulorence les écarta :

— Byzanee a grandi par vous... Mais vous ne savez pas sauver mon fils! \ Ous avez nourri le corps, et vous laissez mourir la tète!

Cependant. Aétios, glorifia l'œuvre :

— Le vainqueur des Lombards, le vainqueur des Saxons, Karl le Franc, admire Bvzance et Ta Piété, Irène. Et vos mains, en s'unissant, eussent assemblé deux mondes.

— O Théos, ne diras-tu pas que tu veux sauver mon fils Constantin?

Résigné, Phares indi([ua la ville et l'espace :

— Or, voilà l'œuvre. Et voici la destruction.

Alors Bythométrès crut aimer parce qu'il vit Irène soufTrir. Il lit un pas vers la mère douloureuse :

— Nous t adorons, Despoïna. Lèvres de lEsprit, Eon sur terre, idée de paix.

— Comment les eunuques peuvent-ils dire qu'ils m'aiment. Ils ont fécondé mon esprit avec leur esprit, oui.

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Mais ils n'aiment pas la rliair dr ma chair, (loiishniliii mon fils.

l^^lle s'accusa d'èlrc une maiàlre punie par le Ciel. Le châtiment semblait le pire : la défaite de toutes les ambitions. Dans le désastre de Constantin, s'abimerait le prestige d'Irène. Sauver le fils c'eût été sauver les espoirs suprêmes de la mère.

Il devenait comme le symbole en vie de tout le bonheur encore possible, par miracle. Aimant son fils, elle ne cédait pas la chance dernière, elle ne cédait pas l'avenir.

Tarasios prêta l'oreille aux rumeurs du dehors :

— L'œuvre qui se brise ! La guerre va rougir le monde.

— S'ils tuent mon tils ! S'ils tuent mon fils! Phares tacha d'apaiser Irène :

— Derrière cette porte, il entend peut-être tapaiole, Dcspoina. Laisse-moi le prévenir de ta visite pour qu'il s'efl'raye moins. Après, nous mènerons vers lui les porteurs d'insignes

Kn ce moment le Préposite entra suivi de ceux qui disposent les ornements impériaux. Marie, tout à coup, poussa dehors Théodote en clamant :

— La prostituée doit sortir d'ici....

Et la chétive silhouette se laissa bousculer, inerte, pauvre chose tressaillante, emmaillotée de licornes écarlates. Alors tous se relevèrent devant licone inerte.

Phares ouvrit une porte latérale. Les pas retentirent dans une galerie de pierre grise. On chuchottait les mêmes choses. Des gardes, au signe de Phares, tirèrent

5t3f) IMKNK KT I.KS KUNIJOUKS

l<;s verrous (l'ini Imis. Constantin Ir poussa du dedans (;t, haifaid, païul, l(*s dévisagea tous. Il ('fait comme une ])At(' aux al)ois :

— (]es cris do fureur, Despoïna ?... C'est pour cela (jue tu machines ma délivrance?

Irène lui toucha les mains :

— Vois mon visage qui a souri devant ton premier regard de petit enfant, (Constantin, vois la tristesse de mon visage ....

Le fils recula :

— Je vois une larme en ton œil, o mère, qui jamais ne pleuras jusqu'à cette heure.... Me voici donc près du châtiment.

— Oui, oui, les Eons le veulent, le Théos accable ton destin

— Une lourde peine pour ta jeune autocratie,... annonça Staurakios avec une sincère compassion.

Et les autres d'ajouter en chœur :

— Une lourde peine, une peine....

— Une peine, en vérité.

— Qu'on ouvre ce vantail,... commandait Irène sans forces... Que du moins Byzance entière contemple l'empereur.

Phares marcha jusqu'au vantail. Constantin se précipita, et couvrit l'ouverture de son corps :

— ■ Arrête, Phares... Toute la nuit, j'ai entendu construire avec du bois; j'ai entendu tinter des armes et des outils. Par un pont, à cette baie sans doute, les travailleurs ont relié Téchafaud.

\/.y face ridée de Phares semblait ahurie :

— y\ucun échalaud ne lut construit.

— (^uel échalaud?... Les scholaires et les candidats, toute la milice du palais préparent un pavois pour ta dignité, mon fils.... Car tu es leur otage devant l'exigence de Tusurpateur.

Constantin, s'agrilVait aux vantaux :

— Mère, mère! On assure (jue du château de Strongyle on entendait les cris de mon aïeul agonisant sur la nef qui le ramena dans Byzance. On peut entendre les miens à cette heure...

— Tu m'accuses encore ! Tu m'accuses à l'heure où il ne convient plus d'accuser.

Indignés par cette vieille calomnie, les eunuques ensemble énuméraient les fautes des Isauriens qui avaient appelé les châtiments du Ciel.

(À)nstantin ne se laissait pas convaincre. Evidemment, il craignait, en dépit de toutes les objurgations, que les bourreaux ne l'attendissent sur l'ordre des eunuques, au moins pour lui crever les yeux. Et, toujours agriffé et adossé au vantail clos il résistait à Phares qui, doucement, essaya de lui faire lâcher prise :

— Cesse, Eutychès, d'insulter une mémoire d'empereur. Immonde!... proférait le prince... Je ne veux pas entendre déjà ce que ta bouche crachera sur mon

cadavre !

A deux mains, Irène contenait les sauts de son cœur. Cette accusation d'assassinat dirigée contre elle, par

SJ-'iS IHKNK I;T I.KS Kl'NLOt'ES

son (ils, décevail son nrnnui miih-i iicl, tout ii l'Iieurriui paroxysme. Mlle se reprit ii sa pitié :

— Tu penses :i mourir parce (jue lu crois avoir mérité la mort, o mon lils. Non, va, il n'en est rien. Et cependant cjui sait l'avenir prct derrière ce vantail. Qui sait : la mort, la vie?... Qui sait Mais

ce n'est pas, pour la mort, que nous sommes venus vers toi...

L'âme faible du jeune homme suppliait :

— Parle, mère. Tu as la puissance, la force, le glaive et la couronne. Le monde tourne dans ta main. Parle donc. Quel supplice attend, par delà

Elle permit à ses larmes de couler sur ses joues plates :

— Comment peux-tu supposer qu'un supplice t'attende, tant que je demeure celle qui signe, avec l'encre de pourpre, le Décret.

— Des supplices ne m'ont-ils pas atteint déjà? Ta Puissance m'a lait battre de verges; elle m'a enfermé dans cette chambre du Palais ; elle a envoyé pourrir, sans doute, dans les cachots de Nouméra, mes amis et mes stratèges.

Irène protesta :

— Tes amis ! Leur gloire flambe de village en village

sur la côte d'Asie. Alexis les mène Que peux-tu

redouter?

Constantin la regarda en face :

— Que tu les achètes N'as-tu pas acheté la paix

aux Francs, l'amitié du Pape, l'alliance des Sarrasins.

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la retraite du Bulgare?... L'épouse stérile, ton Arménienne, a bien pu acheter en son nom les armées d'Ar-

méniaques Me penses-tu sot au point de ne pas

entrevoir les desseins de tes eunuques?... Ah! mère Très Pieuse, le vieux Constantin est mort, Léon est mort, le nouveau Constantin doit mourir, puisque le Tlîéos entend ({uc tu mènes seule le destin des peuples... Je le sais, Constantin aussi doit périr... périr... Et les sanglots TétoufFèrent. Ses pieds battaient les dalles. Il écrasait ses joues avec ses poings serrés. Sa mère le méprisa :

— Pourquoi me répéter à cette heure, les propos abjects des boudons, des mimes, des courtisanes, tes amis! Pourquoi répéter ces accusations de la populace?...

Les rumeurs, au dehors grandirent.

— Mon clergé... dit Tarasios avec un geste pacifique,... te mènera tout à Theure devant le parvis de la Sainte-Sagesse, afin d'obéir aux vœux du peuple et des soldats qui t'appellent.

— Que le Protovestiaire pare le Basileus de ses insignes,... ordonna Staurakios aux paroles rapides... Il convient qu'il les revête.

Aussitôt Constantin trépigna, brama. Sa mère le voulut embrasser :

— Pourquoi pâlir? Est-ce de colère? Penses-tu aux vengeances à tirer de moi, penses-tu toujours à me reléguer en Sicile avec mes ministres. Ou bien de plus durs supplices me seraient-ils réservés, à moi? Ah!

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